Le banc : cinéma

H is for Hawk : métaphore de la dépression

Déjà lauréate de nombreux prix, Philippa Lowthorpe signe, avec H is for Hawk, un film intimiste et touchant, sur le deuil et la dépression qui peut en découler.

Lorsqu’Helen (Claire Foy) perd soudainement son père (Brendan Gleeson), elle ne parvient pas à s’en remettre. Les souvenirs sont omniprésents, entre balades en voiture et observation des oiseaux dans la nature. Pour faire face à cette situation compliquée, elle décide d’adopter un autour des palombes, tout en sachant que ces oiseaux sont particulièrement difficiles à apprivoiser et ne donnent aucune affection aux humains. C’est donc un immense défi qui s’offre à elle, pour tenir. Un grand projet auquel elle se consacre tout entière, quitte à se négliger complètement…

H is for Helen

Dans ce film, la focale se porte donc sur le personnage d’Helen. Au début, tout semble lui réussir : elle est une brillante doctorante à qui l’on propose une magnifique opportunité dans une université berlinoise ; elle vit une magnifique amitié avec Christina (Denise Gough) ; sa relation amoureuse avec Amar (Arty Froushan) démarre parfaitement ; elle parvient à voir les oiseaux rares dont elle rêvait ; les rapports avec sa famille sont au beau fixe… Pourtant, du jour au lendemain, tout s’écroule : son père meurt après s’être écroulé en pleine rue. Son pilier s’envole, et avec lui les couleurs de sa vie, qui deviennent plus ternes à l’écran. Son sourire s’efface et, petit à petit, Helen prendra moins soin d’elle-même. Mais nous y reviendrons.

Tout le paradoxe de cette histoire réside ici : au centre du propos se trouve Helen, omniprésente à l’écran. Pourtant, celle qui devrait le plus prendre soin d’elle, à savoir elle-même, ne le fait pas. Toute sa vie se centre désormais autour de Mable, son autour des palombes. Elle tente de l’apprivoiser, de lui apprendre à chasser puis revenir vers elle, de lui enseigner le contact avec les êtres humains. Il est intéressant de souligner ici le contraste entre les nombreux flashbacks mettant en scène les souvenirs avec le père, et les ellipses régulières de cette éducation de Mable. Ce choix montre comment cela s’effectue sur un temps long, avec des moments difficiles. Mais Helen n’abandonne jamais, et finit par atteindre son but avec Mable. En parallèle, il est intéressant d’observer le point de vue de son entourage. À commencer par Christina, qui la soutient en toutes circonstances, notamment en l’aidant à préparer ses cartons et ranger sa maison, pendant qu’elle écrit l’éloge funèbre en vue de la cérémonie en hommage à son père. Son frère James (Josh Dylan) et sa mère (Lindsay Duncan) se montrent en revanche très inquiet/ètes devant l’état déplorable de la maison. James a même peur pour sa fille lorsque celle-ci s’approche de Mable. Sans oublier qu’aucune démarche ne semble être entreprise pour trouver un logement à Berlin, alors que son entourage ne cesse de le lui rappeler.

H is for Hope

Une scène marque particulièrement, bien qu’arrivant presque à la fin du film : alors qu’Helen s’entretient avec une médecin, elle répond systématiquement, à toutes les questions posées : « plus de la moitié du temps ». Cet échange confirme l’intuition que l’on éprouve tout au long du film : Helen souffre de dépression, une maladie causée par la perte du père et le deuil qui s’ensuit. À rebours, on se dit alors que H is for Hawk est une longue métaphore de cette dépression. La tristesse persistante est symbolisée par les flashbacks récurrents, seuls moments heureux qu’elle partage avec le père. La perte de motivation et d’intérêt dans ses activités quotidiennes se retrouve dans les cartons qu’elle ne fait pas, l’absence de recherches en vue de son déménagement à Berlin, alors même que l’opportunité est unique. Surtout, on perçoit le vide qu’elle ressent, à chaque fois qu’elle se rend à des événements où du monde est présent. Elle reste constamment avec Mable, qu’elle emmène partout, et les échanges avec les êtres humains sont réduits et peu profonds. Son seul intérêt semble alors être son oiseau.

Malgré tout cela, c’est l’espoir que l’on retient de ce film. Cela peut paraître surprenant, mais la liberté symbolisée par Mable, alors même qu’elle est apprivoisée, est l’un des éléments phares de H is for Hawk. Elle vole, chasse et évolue dans de grands espaces, ceux-là même où Helen est présente physiquement, mais pas vraiment mentalement. Si elle semble redécouvrir la beauté du monde qui l’entoure auprès de son autour des palombes, il apparaît que cette relation agit davantage comme un effet placebo, en évitant la véritable cause de son malheur. Une autre scène nous marque alors fortement : l’éloge funèbre du père. Helen parvient enfin à mettre des mots sur les souvenirs, et les émotions sortent. Étonnamment, et alors que le moment est particulièrement émouvant, le portrait qu’elle délivre est plutôt joyeux. Elle décrit ses passions et son amour de la vie, qui semble changer son point de vue, et lui faire prendre conscience de son état. La transition immédiate avec l’entretien auprès de la médecin vient confirmer ce sentiment, comme un dernier symbole de cette longue et belle métaphore qu’est ce film brillamment réalisé par Philippa Lowthorpe.

Fabien Imhof

Référence :

H is for Hawk, réalisé par Philippa Lowthorpe, Royaume-Uni, sortie en salles le 22 juillet 2026.

Avec Claire Foy, Brendan Gleeson, Denise Gough, Arty Froushan, Josh Dylan, Lindsay Duncan…

Photos : ©H is for Hawk

Fabien Imhof

Co-fondateur de la Pépinière, il s’occupe principalement du pôle Réverbères. Spectateur et lecteur passionné, il vous fera voyager à travers les spectacles et mises en scène des théâtres de la région, et vous fera découvrir différentes œuvres cinématographiques et autres pépites littéraires.

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