Les réverbères : arts vivants

Il faut lire l’étiquette…

…Jusqu’au bout – Dolores, Amor – Adios mortal, de Violeta Hodgers, Collectif du feu de dieu, un spectacle de rue, c’était à voir jusqu’au 19 septembre 2016.

Décidément, la nature regagne ses droits dans les quartiers. Les arbres reprennent du pouvoir, les espaces reverdissent et l’on retrouve, entre les immeubles, le plaisir de flâner, de jouer, de converser. Dès lors, le théâtre de rue s’installe, profitant de cette riante embellie pour proposer un spectacle de clown bigrement sympa.

Du clown ? Allez savoir. Dolores, cette auguste hispanique, porte sur ses épaules et dans son cœur toute la détresse de ceux pour qui l’avenir n’en est plus un. Alors, elle utilise le burlesque pour nous envoyer son faire-part de décès de vive voix et, comme elle est plutôt accueillante dans sa cérémonie de suicide en direct, elle offre au public une douceur framboisière. Les sourires s’installent, tout comme le public venu en nombre.

L’art du clown, on le sait, est une cuirasse, un bouclier contre les agressions de la vie. Voilà pourquoi, sans doute, Dolores s’installe en extérieur et vient directement là où la vie se déroule. Avec elle, on rêve. Elle délire, on rit, on retombe en enfance. Celle des clowns au Knie !

C’est bien une cérémonie d’adieu qui se déroule devant le public. Avec ses trois actes, dont le dernier sera fatal. La raison ? Une chose très simple : la vie est trop dure. Alors, Dolores installe son univers plein de poésie, ce qui lui permet de transcender la réalité et de dire ce qu’elle a sur le cœur, dans la banalité d’une situation et l’extravagance de son déroulement. Le tout accompagné par un fort et irrésistible accent espagnol ; une source de drôlerie sans fin que ne renierait pas Garcimore.

Ainsi va la vie avec ses cohortes d’emmerdements. On s’aime, on ne s’aime plus. On se croit ceci ou cela, on ne l’est pas, les choses sont bêtes et méchantes… et elles le sont vraiment. Donc, on se dit : rien ne vaut mieux que rêver. L’idée de Dolores est de nous présenter tout ceci dans son rêve à elle. Alors, les choses volent, l’absurde virevolte, le grotesque s’invite et l’on comprend que cette authenticité enfantine n’est pas destinée qu’aux enfants. Dolores nous propose de réfléchir sur la vie en quittant la sienne.

Bien qu’ayant tout prévu – sa fin sur scène et son corps dans une malle –, l’inattendu débarque, faisant un croche-pied sur le plan initial. Un téléphone sonne, en ligne directe avec l’au-delà : « ¿Quién es ? – Mamita ! » Bon, le suicide est momentanément suspendu au profit – sur les ordres de sa mère – d’un plan d’assassinat d’un général de république bananière tout droit sorti d’un album de Tintin. Tout bascule, tout se renverse ; ne reste que la musique pour tenter de s’en sortir. Alors, voici du Luz Casal teinté de Piaf. C’est Milord dans un film d’Almodóvar, c’est de la surprise chimique pure. Bravo.

Alors, on assiste à l’hésitation dernière, à l’absorption d’un poison végétal à l’action imminente… et au coucher en bière. « L’effet est foudroyant », est-il écrit sur le flacon. Seulement, il faut lire, et jusqu’au bout, le mode d’emploi… car rien ne se passe ! Bon, rendez-vous demain. Dolores le promet : tout sera terminé en vingt minutes.

Le public reviendra, car il a été conquis par la gaieté de ce magnifique moment de théâtre dans la rue.

Jacques Sallin

Infos pratiques :

Dolores, Amor – Adios mortal – de Violeta Hodgers Aurélie Hubeau, en spectacle de rue, du 17 au 19 septembre 2026

Mise en scène : Sara Uslu

Avec Violeta Hodgers

http://www.dufeudedieu.ch/

Photo : © Greg Clément

Jacques Sallin

Formé à l'université de la ferme et à l'atelier du Victoria Hall, c'est avec cette double culture qu’il s'approprie le monde. Il tenté de conjuguer les choses en signant des textes et des mises en scènes. La main, le geste, la phrase, le mot, c'est pour lui toute l'intelligence de la scène.

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