La table de Mendeleïev – Présentation de saison de l’Abri 2021 -2022

Ils sont douze, jeunes, étonnants de vie et plein de gourmandise artistique. Ils sont l’expression d’une promesse de création et possèdent déjà les qualités des titres qu’ils déclarent. Photographe, danseuse, écrivaine, réalisatrice, comédienne, compositeur, metteur en scène… Tel qu’ils se présentent, ils sont la table de Mendeleïev des éléments de la création artistique.

Héritier du Bateau Lavoir, enfoui dans les entrailles de la ville comme l’Abri le déclare, l’endroit culturel accueil chaque saison depuis 2018, une dizaine d’artistes. Ici, le phalanstère est organisé, structuré et financé de façon à ce que « tous » les possibles puissent émerger. Un endroit rare.

L’image est bien loin de l’artiste solitaire écrivant son roman sous un quinquet, peignant sa toile sous les combles ou travaillant seul sur son chef-d’œuvre. L’Abri rejoint les brasseries chères à Renoir, Georges Sand, Picasso, Hemingway, Cocteau, et le salon de Gertrud Stein. L’amitié y était forte alors, les engueulades tout autant. Il y a fort à parier que les douze n’échapperont pas aux coups de gueule qui permettent de penser contre soi, ni encore une fois à l’amitié aux mille et un visages.

Face au public curieux, après un chœur brouhaha de la parole commune – un effet de mise en scène dont on sent le sens sans surprise, les douze ont exprimé leurs divers crédos : « Ultra émotionel », « Transformation de soi », « Monde parallèle pour survire », « Réappropriation », « Parole de soi », Tire larmes… avec ça et là, l’idée devenue commune « d’urgence artistique ». Un propos que soulignait déjà Pierre Brasseur dans les Enfants du Paradis : « La nouveauté, c’est vieux comme le monde ! ».

Certes, mais c’est de la nouveauté tout de même. À l’exemple de la très belle signature graphique de Sabrina Vega qui se décline multiforme. C’est de l’extrait d’essence de pure création qui place haut le « La ».

Rares Donca, directeur de L’Abri et dénicheur d’imaginaire présente la saison, après un léger couac informatique comme tout le monde. « On est toujours trahi par la technique » disait le metteur en scène André Steiger. Un adage qui accompagnera le futur pour encore longtemps. Quoi qu’il en soit, la première partie de saison est riche de diversité, de collaboration et c’est là sa grande qualité et toute sa force.

Ils sont beaux comme un grand cri disait André Gide. Leurs promesses et leurs projets mis en commun donneront une saison qui répandra un nouveau « nouveau souffle » sur le monde dans lequel les douze trouvent déjà pleinement leurs places.

Jacques Sallin

Tous les détails et infos sont à retrouver sur le site de l’Abri.

L’Abri Madeleine :  Place de la Madeleine 1

L’Abri–Carouge : 10, Rue Jacques-Dalphin

Les douze : Sabrina Vega, Lorena Stadelmann, Nelson Schaub, Manon Reith, Timour Nogolian, Anouk Maupu, Fatou Dravé, Laura Den Hondt, Karine Dahouindji, Roman Chabrol, Eloi Calame, Stefan Botez

Direction de l’Abri : Rares Donca

Photo : © Laurent Guiraud

Jacques Sallin

Metteur en scène, directeur de théâtre et dramaturge – Acteur de la vie culturelle genevoise depuis quarante ans – Tombé dans l'univers du théâtre comme en alcoolisme… petit à petit.

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