Les réverbères : arts vivants

Le Monique : un lieu pour les arts alternatifs

Avant l’ouverture officielle de la saison, les 2 et 3 octobre prochains à l’occasion du Grand Cabaret, nous avons pu rencontrer la direction bicéphale du Monique, composée d’Aurelia Loriol et Karel Matousek. Le duo nous a raconté comment cette aventure a débuté en 2025, et quelle est sa ligne directrice pour la saison à venir.

Tout a donc commencé un soir, à l’entracte de La Revue, quand Frédéric Hohl propose à Aurelia Loriol de reprendre la direction du P’tit Music’Hohl. Elle y avait joué Le Secret et connaissait donc déjà bien les lieux. Motivée par cette idée, elle propose rapidement à Karel Matousek, avec qui elle jouait un spectacle à La Bretelle à ce moment-là, de la rejoindre dans cette aventure. Une fois le dossier monté et présenté au propriétaire des lieux, les voilà donc qui prennent la tête de ce lieu qui s’appellera désormais « Le Monique ». Au cœur du projet, il y a cette volonté de proposer un lieu pour les arts dits alternatifs, comme le drag, le burlesque, le cabaret, la claquette, ou certaines formes d’humour, de musique, ou d’improvisation. Habitué-es à jouer dans des situations compliquées, ces artistes peuvent ainsi se sentir davantage légitimes, accueilli-es dans un lieu qui leur est dédié.

Redonner leurs lettres de noblesse à ces arts

Les arts dits alternatifs sont souvent définis par la négative, au sens où ce terme englobe toutes les disciplines qui ne sont pas invitées à jouer sur les scènes institutionnelles. L’objectif du duo est donc de (re)valoriser ces formes, en proposant à ces artistes qui ont l’habitude de jouer dans des conditions précaires, un véritable accompagnement. Celui-ci se développe tant au niveau des subventions que dans des aspects administratifs et de professionnalisation. Il s’agit ainsi d’élever les standards, en proposant notamment un cachet fixe plutôt que de fonctionner au chapeau. Pour ce faire, un prix d’entrée doit être fixé, tout en restant attractif pour le public, qu’il faut trouver et attirer. Durant la première saison, le duo a donc proposé de nombreuses collaborations, pour un total de 140 dates ! En se jetant ainsi dans le vide, Aurelia et Karel ont pu rencontrer des habitudes de travail très variées, tant au niveau de l’organisation que des connaissances formelles. Ceci a évidemment nécessité de mettre en place des dispositifs administratifs pour pouvoir proposer un accompagnement ciblé et adéquat à tout le monde.

Cette saison, la voilure sera un peu réduite, l’équipe du Monique ayant aussi trouvé ce qui lui convenait le mieux, et souhaitant se préserver, après une saison où 4 spectacles par semaine étaient au programme. On retrouvera donc quatre Grands cabarets, en octobre, janvier, mars et juin, avec des artistes confirmés, voire des célébrités ! En parallèle, un Petit cabaret chaque mois, avec un cachet – et un prix d’entrée ! – moins élevé, des cartes blanches, la possibilité d’expérimenter, avec comme but d’éviter l’entre-soi et créer un réseau plus large et inédit. En parallèle, deux auditions seront organisées dans l’année, précisément dans ce but, pour découvrir de nouveaux talents. Car Le Monique souhaite véritablement créer des liens entre les artistes, et devenir, entre autres, un lieu incubateur de talents. Aurelia et Karel nous précisent d’ailleurs qu’ils proposent également, trois fois par année, une résidence à des artistes, qui peuvent ainsi profiter des lieux pour travailler, créer et expérimenter, sans nécessité de présenter un spectacle ou une étape de travail à la fin.

Une structure qui fonctionne aussi grâce aux bénévoles

Pour accompagner le duo, une grande équipe de bénévoles s’active aussi dans l’ombre. Aurelia nous dit même qu’ils leur ont « sauvé la vie ». Et on sait combien ils et elles sont importants dans un fonctionnement associatif, avec la volonté, à terme, de pouvoir rémunérer certains postes. Tout cela permet aussi de construire une véritable structure, qui permet d’organiser ces cabarets, avec la possibilité de faire se rencontrer différents milieux qui ne le feraient pas forcément sans un tel lieu. Également, grâce à cela, il s’agit d’enlever le poids de la charge administrative des artistes.

Avec cette nouvelle saison, il s’agit de faire « moins mais mieux ». Pour cela, Aurelia et Karel ont senti le besoin de tout tester, d’où une première saison particulièrement chargée. En parallèle des cabarets, des plateaux de stand-up seront également proposés, avec notamment la présence de Jules Robin ou Tristan Pierre, et des contacts créés avec des productions parisiennes. Le Monique tentera aussi de profiter du passage en tournée de certain-es artistes pour leur proposer des dates ponctuelles, intitulées les « off du Monique ». En plus de cela, Le Monique est disponible à la location, avec un accompagnement moindre, permettant à certaines productions de disposer des lieux.

Une saison pour tous les portefeuilles

Les prix des spectacles varient de 10CHF pour les Petits cabarets à 35CHF pour les Grands cabarets. Cela doit permettre à tout un chacun, selon ses moyens, de pouvoir accéder aux représentations. En sachant que le cabaret est un format en plein essor à Genève, mais aussi à Lausanne, avec des projets comme le Cabaret B.E.T. à La Gravière, le Cabarepic à La Traverse, mais aussi le Festival des Cabarets Genevois en avril dernier. L’idée, contrairement à une salle de théâtre dite classique, est de pouvoir consommer à l’intérieur, mais aussi de rire et réagir : ce dont les artistes ont besoin pour nourrir leur énergie.

La billetterie pour l’ouverture de la saison, les 2 et 3 octobres prochains, est d’ores et déjà ouverte. Aurelia et Karel nous ont même livré le line-up en avant-première. On retrouvera Rasmata Kouraogo, une artiste ayant déjà une belle carrière au Burkina Faso, arrivée récemment en Suisse, et qui mêle danse et théâtre, avec des numéros engagés politiquement, en abordant des thématiques complexes, comme l’excision. Le tout avec poésie et une certaine légèreté, ce qui n’est pas une mince affaire ! On pourra également voir Daniel Leveillé, multiple champion du monde de claquettes ; ou encore Nicole Schoefel, qui avait fait l’ouverture du P’tit Music’Hohl et continue d’être coach vocal pour la Revue. L’une des plus grandes artistes romandes de comédie musicale ! Marion Agoston, « blaguiste professionnelle », viendra présenter son stand-up acerbe et bien à elle. On retrouvera également le guitariste jazz Ravi Ramsahye, qui vient de sortir son troisième album, avec des compositions originales. Enfin, pour faire honneur à l’un des arts qui ont lancé Le Monique, Fiona De Vil, célèbre dragqueen genevoise et humoriste, sera là, elle qui est très active sur la scène alternative de la région.

Alors, il ne reste plus qu’à prendre vos places pour l’ouverture le 2 octobre prochain !

Fabien Imhof

La programmation complète et les détails de chaque spectacle sont à retrouver sur le site du Monique.

Photos : ©Benoît Wyss-Chodat

Fabien Imhof

Co-fondateur de la Pépinière, il s’occupe principalement du pôle Réverbères. Spectateur et lecteur passionné, il vous fera voyager à travers les spectacles et mises en scène des théâtres de la région, et vous fera découvrir différentes œuvres cinématographiques et autres pépites littéraires.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *