Le Siège de Montfureur : piégés dans un château huguenot !!!

Ahah ! Tremblez, saucissons et beaux litrons ! Revoici le chevalier Alphagor Bourbier de Montcon et son fidèle Gobert Luret, le forgeron. Ils auront force à faire pour déjouer une sinistre machination, en compagnie du meunier Alcyde Petitpont : le château de Montfureur est assailli… sus, sus donc !

Un château assiégé

Rien ne va plus, dans le château de Montfureur : voilà des jours que la forteresse du marquis Dalibert est la proie du redoutable Prauctère Hégemble et de ses hommes aux dents longues… Leur but ? Faire tomber Montfureur pour rafler le butin qui s’y cache – car ne dit-on pas que ces économes de Huguenots amassent des trésors dans leurs coffres, à force de ne rien dépenser ? Au désespoir, le marquis dépêche un de ses fils trouver le duc de Minnetoy-Corbières : bien qu’il soit catholique, le duc lui est redevable d’une dette de sang…

« Nous manquons d’hommes et de matériel, Messire le Duc. Notre seul espoir, c’est l’épaisseur des murs de notre château. Mais archers, arbalestiers et canonniers ne suffiront pas. Nous tiendrons, nous tiendrons jusqu’à notre dernier souffle, mais si renforts ne nous sont pas promptement offerts, nous succomberons. » (p. 16)

Pour s’en acquitter, ce dernier n’hésite pas à envoyer son plus vaillant chevalier : Alphagor Bourbier de Montcon (dit Braquemart d’Airain), un héros des croisades rempli de rodomontades, qui ne dédaigne ni la gueuse, ni la chopine. À l’instar de Don Quichotte, Alphagor est accompagné d’un fidèle compagnon, Gobert Luret. Rappelez-vous : nous avons suivi leurs aventures dans les deux précédents volets de cette série romanesque publiée chez Cousu Mouche, Ceux de Corneauduc (2015) et L’Héritier de Minnetoy-Corbières (2016). Revoilà donc héros lancés à la rescousse des Huguenots. Ils tomberont dans de sombres machinations : un traître ourdit des complots au cœur de Montfureur, renseignant les ennemis sur la situation des assiégés… Qui est-il ? Un des fils du marquis ? Un de ses proches conseillers ? Un serviteur, peut-être ? Alphagor aura bien à faire pour démêler cet écheveau d’intrigues de cour – d’autant plus que le temps presse, que la nièce du marquis (la belle Luthéria) est avide d’avoir le chevalier dans sa couche… et qu’il n’y a rien, strictement RIEN à boire dans ce château protestant ! Quel drame pour Alphagor et Gobert, piliers de taverne bien entraînés !

Heureusement, le meunier Alcyde Petitpont a plus d’une manigance derrière la tête afin de sauver la mise de tout ce beau monde…

Un huis-clos à sec

Pour ce troisième volet des aventures médiévalo-invraisemblables d’Alphagor de Montcon, Sébastien G. Couture et Michaël Perruchoud nous convient à un huis clos médiéval, aussi haletant que caricatural. Dans Le Siège de Montfureur, nous retrouvons avec plaisir des héros qui tiennent à la fois des personnages de Rabelais et des protagonistes de la série Les Visiteurs : il y a du géant affamé et du Jacquouille assoiffé là-derrière…

Rien de nouveau, donc, au niveau des ficelles narratives : la verve irrévérencieuse des deux auteurs-compères nous emporte facilement sur les pas de leurs héros, et on se replonge avec force d’éclats de rire dans des retournements narratifs pas piqués des vers !

« Le repas fut servi aussi tôt que de coutume, et les convives, la main à la fourchette, attendaient leur plat sans impatience ni espoir. La ration d’aujourd’hui serait aussi insipide et un poil moins fournie que celle d’hier. » (p. 109)

Seulement, il y a un hic. Tandis qu’auparavant, Alphagor et Gobert écumaient les tavernes pour vider chopines et tonnelets, ils se retrouvent dans Le Siège de Montfureur face à une situation inédite pour eux. Dans un château protestant, on ne boit QUE DE L’EAU et on ne mange QUE DES RADIS ! Exit, donc, les réunions arrosées et les banquets bien garnis. C’est là que les murs du huis clos se resserrent : incapables de sortir sous peine de finir embrochés par des volées de flèches, les prisonniers de Montfureur tournent en rond, à la merci d’un traître et incertains de ce qui se passent à l’extérieur. Si, pour les auteurs, cette situation permet de tisser autrement les fils mis en place depuis le début de la série, en confrontant leurs personnages à des événements inhabituels pour eux, ce choix narratif s’éclaire pour le lecteur de ce printemps 2020, d’une toute autre couleur : car comment, en lisant les aventures d’Alphagor et Gobert prisonniers d’une forteresse prise d’assaut, ne pas songer à notre propre situation – face au COVID-19, aux attaques qu’il mène et au confinement qu’il impose ? Bon, d’accord, la version médiévale est quand même BEAUCOUP plus drôle ! (mais avec moins à manger… et moins à boire !)

Évidemment, ni Sébastien G. Couture, ni Michaël Perruchoud n’avaient cette épidémie en tête en écrivant Le Siège de Montfureur – n’empêche. Leur roman rocambolesque s’avère un excellent remède contre la morosité ambiante : on s’esclaffe, on frémit, on échafaude des théories… et ça fait du bien !

Magali Bossi

Référence :

Sébastien G. Couture, Michaël Perruchoud, Le Siège de Montfureur, Genève, Cousumouche, 2017, 291 p.

Photo : ©Magali Bossi

Magali Bossi

Magali Bossi est née à la fin du millénaire passé - ce qui fait déjà un bout de temps. Elle aime le thé aux épices et les orages, déteste les endives et a une passion pour les petits bols japonais. Elle partage son temps entre une thèse de doctorat, un accordéon, un livre et beaucoup, beaucoup d’écriture.

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