Les enfants ont beaucoup à nous apprendre

Être un héros, c’est quoi au juste ? En ouverture de sa saison, le Théâtre des Marionnettes tente de répondre à cette question, dans Comme sur des roulettes : trois historiettes d’enfants, qui ont changé leur quotidien, dans trois mises en scène différentes. À voir jusqu’au 11 octobre.

« Être un héros, c’est surtout un état d’esprit. » C’est par ces mots que Dany répond à la question initiale. Dany, c’est le héros de la première histoire. Lui qui rêve de devenir aviateur est complètement esseulé dans son école : les autres ne le voient pas. Alors, il construit un banc, au milieu de la cour. Depuis, chaque fois qu’un enfant est assis sur ce banc, les autres viennent le chercher pour jouer. Des bancs comme celui-là, il y en a aujourd’hui dans plein d’écoles partout dans le monde. Ariette, quant à elle, doit passer le week-end chez sa grand-mère avec ses cousines pour suivre une tradition ancestrale. Comprenant qu’elle va souffrir, elle se lève contre cet état des choses et parvient à mettre fin à l’étrange coutume, en faisant comprendre à sa grand-mère qu’elle n’est pas obligée de reproduire sur autrui quelque chose qu’elle n’a pas aimé subir. Nour, enfin, vit en Égypte. Quand on demande à son grand frère d’amener des galettes à leur grand-mère malade, elle enrage. Lui n’en a pas très envie, alors qu’elle rêve d’y aller avec son vélo. Oui mais voilà, on lui dit que c’est trop dangereux pour une fille. Vous vous en doutez, Nour n’en aura que faire…

Un mélange de techniques

Comme sur des roulettes emploie principalement des marionnettes de table. Principalement, oui, car il y a en réalité une multitude de techniques présentes dans le spectacle. Le décor se présente d’abord comme une sorte de maison, séparée en trois morceaux, modulables à souhait. Sur la façade sont affichés des visages dessinés : ceux d’enfants qui se sont comportés en héros. Les deux marionnettistes (Delphine Barut et Nadim Ahmed) semblent choisir quelles histoires ils vont raconter parmi celles-ci, donnant au spectateur le sentiment que ces choix ne sont pas anodins ni faits au hasard. Le décor se déplace à leur guise, certaines parties s’ouvrant pour montrer l’intérieur de la maison, alors que la cour d’école apparaît sur les pupitres. Un nombre infini de possibilités donc. Il n’y a pas vraiment de limites à ce décor, comme à l’esprit des enfants dont on nous parle. Mais revenons-en d’abord aux techniques.

Dany et Nour sont représentés par des marionnettes de tables, manipulées à vue par les deux comédien.ne.s. Dans le cas de Dany, cette technique permet de le mettre en avant par rapport à ses camarades d’école, représentés par des dessins en deux dimensions. Ceci provoque un effet de renversement : lui qui est effacé aux yeux de tous est montré comme quelqu’un de plus important. On ne s’y trompe pas : il changera le destin de nombreux enfants. Dans le cas de Nour, ce sont surtout les moments où elle est seule avec Psout, sa scarabée, qui sont représentés par ce type de marionnettes. Sinon, un subtil mélange de techniques permet de la confronter aux autres personnages. On citera la scène du dîner, où sa mère, son frère et elle voient leurs visages dessinés sur des assiettes. Lors de son périple qui l’emmènera jusqu’à sa grand-mère, ce sont d’abord les deux comédiens qui forment le vélo, portant une roue à l’avant et Nour sur eux. Elle est ensuite remplacée par une petite figurine sur un vélo, illustrant l’immensité de la ville qu’elle traverse et la peur que cela lui instigue d’abord, avant qu’elle ne reprenne courage.

Le cas d’Ariette est un peu différent : pas de marionnettes au sens classique du terme, mais de petites cloches. Les enfants sont de petites clochettes au son aigu, alors que la mère ne sonne plus. La grand-mère, enfin, est une immense cloche en bois immobile. Seule sa tête se meut, montée sur un long cou en accordéon. Ce choix s’accorde parfaitement avec la mystérieuse tradition : la grand-mère vante les mérites du silence que ses petites filles doivent apprendre. Dans la pièce au fond de chez elle où elle les emmène une à une, on trouve de petits ciseaux dorés. On comprend bien vite qu’elle va leur couper leur battant (la partie de la cloche qui tape sur les bords pour créer du son) pour leur apprendre la vertu du silence. Comment comprendre cet acte dans notre réalité ? Difficile d’y répondre, mais plusieurs pistes peuvent venir en tête, toutes sources de souffrance et de cruauté… On laissera à chacun le soin d’interpréter.

Des héros du quotidien

Chacun de ses enfants, à sa manière et de façon presque anodine, a changé le monde et son quotidien. Tirées d’histoires vraies, ces saynètes nous racontent que l’on peut faire évoluer les mentalités par des petits actes. Les enfants n’ont pas autant de filtres et d’expérience que les adultes : ils osent ainsi plus, convaincus de leurs idées et de leur capacité à les réaliser. Leur candeur est un atout bénéfique. Les bancs de l’amitié se sont répandus un peu partout dans le monde, permettant qu’il n’y ait plus d’enfant seul à la récréation. Ariette, cette petite trop bavarde a permis d’arrêter une tradition cruelle. Son impact est si important qu’elle est interviewée, avec sa grand-mère, à la radio, et que toutes les petites filles de sa famille l’écouteront. Enfin, Nour a permis, accompagnée de ses copines, de ne plus avoir peur de sortir et de se promener à vélo pour les filles. Pourquoi une fille devrait-elle avoir plus peur qu’un garçon ? N’est-ce pas simplement parce qu’on le lui a toujours dit ? À méditer…

Comme sur des roulettes, c’est donc un message en forme d’espoir. Sans utopie, sans en faire trop, en racontant simplement le quotidien d’enfants qui ont eu, un jour, le courage de faire changer les choses, ce spectacle nous rappelle qu’on en est tous capable. À nous de trouver la force nécessaire pour passer à l’acte. Nous devrions sans doute nous inspirer un peu plus des enfants : malgré les apparences, ils ont beaucoup à nous apprendre.

Fabien Imhof

Infos pratiques :

Comme sur des roulettes : Dany, Nour, Ariette de Aude Bourrier, Magali Mougel et Noëlle Revaz, du 26 septembre au 11 octobre au Théâtre des Marionnettes de Genève.

Mises en scène : Émilie Bender, Émilie Flacher et Isabelle Matter

Avec Delphine Barut et Nadim Ahmed

https://www.marionnettes.ch/spectacle/239/comme-sur-des-roulettes-dany-nour-ariette

Photos : © Carole Parodi

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

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