Les traducteurs de Régis Roinsard : L’argent comme seul leitmotiv

Les livres embrasés d’une librairie en perdition présument d’un voyage qui pourrait être fatal à l’art de l’écriture. À travers Les traducteurs, Régis Roinsard nous livre une vision de celui-ci, puissant et fragile mais surtout en proie à toutes les cruautés.

Une impatience maîtrisée

Les traducteurs débute par une présentation très rythmée des neufs personnes qui seront chargées de traduire le troisième opus d’un des plus grands best-sellers français du moment. Les protagonistes sont alors confinés dans un bunker durant l’exécution de leur travail, tout ceci sous la direction avisée d’un certain Monsieur Angstrom. Un éditeur quelque peu exigeant. Les neuf pays les plus vendeurs de cet ouvrage sont ainsi représentés et Régis Roinsard évite de justesse les clichés nationaux tout en dotant ses personnages d’une remarquable spécificité. Leurs différents accents et personnalités poussent à la découverte de ceux-ci avec attention et c’est ainsi que les trente premières minutes du film s’évaporent en un instant. La traduction se déroule dans la plus extrême des confidentialités jusqu’à ce que Monsieur Angstrom reçoive le message d’un  hacker ayant pris pour cible son ouvrage. Les dix premières pages sont alors dévoilées sur la toile et un chantage financier débute. Le réalisateur mise sur un montage alterné entre la panique qui règne dans le bunker et la résolution lente de l’énigme qui se présente sous la forme d’un dialogue haletant entre l’éditeur et le hacker. Cette construction parvient, avec brio, à nourrir le désir d’en savoir plus. La suite consiste en une chasse à l’homme au sein de ce quasi huis-clos qui poussera plus d’un protagoniste à dévoiler sa part d’ombre.  Un choix qui porte ses fruits en ce qui concerne l’immersion du spectateur.

Régis Roinsard s’amuse à perdre le téléspectateur à l’aide de fausses pistes et de gros plans plus ou moins flous qui se marient bien avec l’avancement de l’enquête. Ce traitement de l’image durant la première moitié du film provoque une impatience qui se manifeste aussi bien chez les traducteurs, prêts à tout pour démasquer le coupable, que chez les téléspectateurs. Le jeu d’acteur de Lambert Wilson, qui incarne parfaitement l’éditeur au caractère abject, y est également pour quelque chose.

Le réalisateur parvient à nous tenir en haleine malgré l’absence d’une véritable dimension angoissante digne d’un thriller de haut vol. Les rares scènes qui définissent le sous-genre de l’œuvre sont accompagnées d’instruments minimalistes qui ne parviennent pas totalement à provoquer la nervosité. Néanmoins, la qualité globale de la bande-son sur la totalité du film (1h45) est agréable.

Par la suite, l’impatience du téléspectateur est soulagée par un dernier tiers riche en rebondissements et très rythmé. Si l’amorce du dénouement peut donner l’impression d’un choc difficile à supporter, ce n’est en fait qu’un subterfuge pour apprécier la fin à sa juste valeur. Ne vous prenez donc pas la tête, l’attente constitue votre seul pilier stabilisateur dans ce flou artistique qu’est Les traducteurs.

Un air de révolte

En 2012, avec Populaire, Régis Roinsard avait également choisi le thème de l’écriture. Cette fois-ci, l’angle d’approche est totalement différent et aucune place n’est laissée à l’amour si ce n’est l’amour de l’art. La concurrence et l’avidité des personnages sont des éléments récurrents au travers de sa courte filmographie. Le propos principal de ce long-métrage réside toutefois dans la critique très sévère du grand capital et de ses effets pervers sur l’art et les maisons d’édition. En effet, à travers les traducteurs qui dénoncent tour à tour les conditions de travail et la hiérarchie sociale ou bien encore l’obnubilation matérielle de l’éditeur, le réalisateur dresse un portrait peu flatteur de l’art littéraire. Censure, motivation financière et nécessité de s’en préserver sont au rendez-vous de manière récurrente. Si le message principal peut sembler banal et traité de manière superficielle, il serait toutefois judicieux de juger par soi-même car ce long-métrage recèle son lot de surprises et de satisfactions.

Louis Mèche

Référence:

 Les traducteurs de Régis Roinsard (sortie en salle le 29 janvier 2020)

Photo (affiche du film) : https://media.services.cinergy.ch/media/box1600/27d414da86efe9b75affbfd21ae4ac0f08d27a8a.jpg

 

Louis Mèche

Étudiant en sociologie obsédé par la compréhension du monde qui l’entoure. Amateur de sport et d’arts en tout genre, Louis Mèche est sans cesse à la recherche d’émotions contrastées.

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