Livresuisse : un magazine littéraire vient de naître !

En ce mois de mai, il flotte un air de printemps sur le monde du livre romand. Et pour cause ! LivreSuisse, l’association des métiers du livre vient de lancer une revue éponyme, disponible gratuitement dans les librairies. Petit tour d’horizon.

Vous ne connaissez pas l’association Livresuisse ? Œuvrant en faveur du livre francophone en Suisse, elle regroupe trois pôles de métiers du livre (librairies, éditeurs et diffuseurs) et compte actuellement quelques 120 membres. Sa mission ? « Promouvoir en Suisse comme à l’étranger la scène littéraire et la production éditoriale suisses dans toute leur diversité »[1]. Malgré de nombreuses actions, tant sur le territoire qu’à l’étranger (actions à présent un peu ralenties, il est vrai, par un certain virus …), un constat s’est imposé à LivreSuisse ces dernières années : « la production éditoriale de nos maisons d’éditions manque encore de visibilité, en librairie, forcément – car 80% des livres qui y sont vendus sont importés – et dans la presse et les médias où les pages consacrées à la critique de livres n’ont cessé de perdre du terrain[2] ».

Un nouveau magazine !

Qu’à cela ne tienne ! C’est pour y remédier que LivreSuisse a lancé, il y a peu, le tout premier numéro de son magazine éponyme, dont la conception a été mise en place à la fin de l’été 2020. Disponible deux fois par an (printemps-été et automne-hiver), le magazine Livresuisse se veut à la fois pratique, dynamique et moderne, un véritable « compagnon de lecture, avec des interviews, des dossiers, des chroniques, des découvertes et de nombreuses pages dédiées à la critique et à la présentation des nouveautés[3] ». Son design coloré et joyeux, sur un papier à la fois mat et épais, assure une lecture agréable et un rendu sans ostentation inutile. Ah oui, j’allais oublier ! Il est aussi gratuit et distribué en Romandie à 3’500 exemplaires.

De quoi ça cause ?

Côté contenu, on est tout aussi ravis ! Après l’éditorial, les premières pages s’ouvrent sur une enquête, dédiée pour ce premier numéro au « Printemps des femmes de l’édition romande » : on y découvre celles grâce à qui l’édition vit dans notre coin de Suisse, éditrices, libraires ou critiques, directrices de festivals ou d’institutions littéraires, amoureuses des mots qui n’ont pas froid aux yeux. On s’y questionne sur les rapports entre les genres dans l’édition romande, sur les formations à développer pour donner davantage la place aux jeunes femmes dans cet univers compétitif et – cerise sur le gâteau  – on clôture l’enquête avec des conseils de lecture, avec plusieurs ouvrages consacrés à l’histoire des femmes – en général ou en particulier.

Plusieurs pages « Actu » font ensuite le point sur le petit monde du livre romand : événements, prix littéraires, autrices et auteurs, maisons d’éditions, librairies, web… en un clin d’œil, on sait tout ce qu’il y a à savoir ! Un poster des nouveautés, à déplier dans les pages centrales, offre d’ailleurs un point de vue encore plus schématique. C’est, ensuite, le récipiendaire du Grand Prix Suisse de Littérature, Frédéric Pajak, qui a la parole, pour « L’Interview » de ce premier numéro. Une sorte de questionnaire de Proust, auquel l’auteur répond à bâtons rompus. Le dossier central est consacré à la Foire du livre de Bruxelles (une des plus grandes au niveau mondial), qui devait recevoir la Suisse cette année… mais qui a dû repenser son événement en le basculant en ligne. Ainsi se clôt cette première partie.

Une place pour la critique

Mais la particularité du magazine Livresuisse, celle qu’il faut souligner, celle qui fait (à mon avis) sa valeur principale, c’est la place laissée à la critique littéraire – qu’elle soit de fond (sans prise de risque excessif, il faut bien le remarquer…) ou plus de surface, qu’elle cherche à titiller les œuvres fraîchement sorties ou à simplement les présenter. Une vingtaine de pages font ainsi la part belle à cet exercice hélas aujourd’hui trop peu présent dans la presse papier ou numérique. Si le roman y a la préséance, en tant que genre dominant dans le panorama éditorial, les autres formes parallèles à la fiction ne sont pour autant pas oubliées : témoignages, polars, sciences / pédagogies, arts / beaux livres, essais, histoire / patrimoine, nature / voyage, santé /spiritualité et même littérature jeunesse : c’est toute la richesse de ce printemps-été littéraire 2021 qui se dévoile ! Vous y retrouverez même quelques présentations, rédigées par les rédacteurs et rédactrices de La Pépinière.

Livresuisse n’oublie pas que la critique égratigne et picote, aussi… c’est pourquoi, insérée entre deux présentations étayées de romans (Journal de l’oubli de Silvia Häri, chez Bernard Campiche, et Roman de gares de Jean-Pierre Rochat, aux Éditions d’autre part), une malicieuse « Feuille volante » est insérée[4]. Sous-titrée « Volée de bois vert sur nos lettres romandes », cette page se révèle être un florilège de citations caustiques, qui lève un peu le voile sur les mystères entourant souvent le monde des lettres. Allez, on vous quitte sur quelques perles :

Écrivant aux libraires, le directeur de l’Aire Michel Moret se réjouit de la traduction des ouvrages d’Alice Rivaz en « langue espagnole, arabe et farcie ». Savoureux.

L’AJAR continue de ne rien publier, mais ensemble.

Après avoir fait le ménage sur Espace 2, la Radio télévision suisse (RTS) a lancé son nouveau « grand rendez-vous littéraire » sur La Première, animé par Manuella Maury. Sur l’heure d’émission, le premier invité Blaise Hofmann a pu parler 9 minutes. Dont 8 de son chasselas.

Joël Dicker s’autoéditera dorénavant. Plus d’excuses.

À bon entendeur et bonne(s) lecture(s) !

Magali Bossi

Référence : Livresuisse, le magazine semestriel de l’actualité du livre en Suisse romande, printemps-été 2021, n°1, 62p. Disponible gratuitement en librairie.

https://www.livresuisse.ch/

Photo : © Magali Bossi

[1] Éditorial du magazine Livresuisse n°1 (p. 5), signé par le secrétaire général de LivreSuisse, Olivier Babel.

[2] Id.

[3] Id.

[4] Ibid., p. 40.

Magali Bossi

Magali Bossi est née à la fin du millénaire passé - ce qui fait déjà un bout de temps. Elle aime le thé aux épices et les orages, déteste les endives et a une passion pour les petits bols japonais. Elle partage son temps entre une thèse de doctorat, un accordéon, un livre et beaucoup, beaucoup d’écriture.

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