Mais, au fond, l’orthographe, ça sert à quoi ?

La conférence décalée de deux Belges qui se demandent ce qu’implique de « simplifier » l’orthographe française, et pourquoi elle est si compliquée : C’est La convivialité ou la faute de l’orthographe, à voir au douze dix-huit jusqu’au 3 avril, avec des supplémentaires les 19, 20 et 21 mai.

Avant d’entrer la salle, on distribue à chaque spectateur·trice un crayon, une feuille et une tablette en plastique verte d’un côté, rouge de l’autre. Première information : le spectacle sera participatif ! Mais rassurez-vous, rien de trop exigeant. Tout commence avec une dictée de quelques lignes, dont le véritable sens ne nous sera dévoilé qu’à la fin du spectacle. Quant à la tablette, elle nous servira à voter sur la nouvelle orthographe proposée pour certains mots. La convivialité ou la faute de l’orthographe, donc, c’est une sorte de conférence décalée – mais pas moins documentée – proposée par Arnaud Hoedt et Jérôme Piron. Tous deux enseignent, l’un le français, l’autre la religion. Durant un peu plus d’une heure, ils tentent de répondre à de nombreuses questions autour de l’orthographe : À quoi sert-elle ? Qui décide des règles et d’où viennent-elles, historiquement ? Pourquoi les usages sont-ils ceux-ci ? Simplifier l’orthographe, est-ce un nivellement par le bas ou une évolution de la langue ? Qu’on se le dise, ils ne parviennent pas toujours à y apporter une réponse claire…

Apprendre en s’amusant…

Tout commence donc comme une conférence : deux intervenants sur un plateau à peine habillé d’une petite table sur laquelle se dressent une carafe d’eau et deux verres. Derrière eux, un écran sur lequel sera projetée leur présentation. Ce n’est pas du théâtre, me direz-vous, et pourtant… Grand avantage vu par nos amis Belges : au théâtre, les gens se taisent et ne les interrompront donc pas ! Plus sérieusement, il y a tout du théâtre dans ce spectacle : un texte, des interactions avec le public quand le quatrième mur tombe, une situation de départ, qui évolue jusqu’à un climax, et une tentative de résolution.

Au programme de cette conférence, on commence par nous expliquer que l’orthographe n’est pas tout dans la langue française, juste un code, avec ses règles plus ou moins absurdes. L’orthographe turque, en comparaison, est bien plus simple : une lettre = un son. Par la suite, on nous présentera diverses règles, en tentant d’expliquer leur origine, lorsqu’elle est connue, on se questionnera sur les diverses orthographes possibles d’un mot. Et, même si tout le public a été à l’école, il apprend beaucoup. En riant des exemples tous plus hilarants les uns que les autres, mais on apprend !

… pour se questionner ensuite

Mais ce spectacle ne s’arrête pas à cela, et c’est là toute la force. L’un des questionnements centraux est sans doute celui de savoir si l’usage doit faire évoluer la langue, ou si ce sont les règles d’orthographe qui définissent l’usage. Si l’un alimente l’autre, on reste encore très attaché à d’anciennes règles, qui n’ont pour certains pas évolué depuis plus de 150 ans. Pourquoi ? Parce qu’on a appris ainsi, qu’on trouve cela plus beau et que c’est ce qui fait la richesse de notre langue. Ce qui, en soit, nous disent Arnaud et Jérôme, n’est pas faux, et résulte de motivations louables. Seulement voilà, la langue évolue, les autres langues modifient leurs règles, sauf le français, en grande partie à cause de l’opinion publique, qui refuse la plupart des réformes.

À travers le rire et les éléments apportés, La convivialité ou la faute de l’orthographe questionne notre paradigme et notre rapport à la langue. Et l’on ressort peut-être de ce spectacle avec moins de convictions qu’on n’en avait en entrant. Pour mieux ouvrir son esprit et accepter une simplification, qui serait tout sauf un appauvrissement de la langue ? Et de repartir en se disant que l’orthographe n’est au final qu’un apparat, comme la cravate à l’entretien d’embauche, et que le fait de ne pas la maîtriser comme l’édictent les codes ne nous empêche pas de penser et d’être bon en français. À méditer !

Fabien Imhof

Infos pratiques :

La convivialité ou la faute de l’orthographe, de Arnaud Hoedt et Jérôme Piron, du 1er au 3 avril 2022 au Théâtre le douze dix-huit. Supplémentaires du 19 au 21 mai 2022.

Mise en scène : Dominique Bréda, Arnaud Pirault et Clément Thirion

Avec Arnaud Hoest et Jérôme Piron

https://ledouzedixhuit.ch/spectacle/la-convivialite/

Photo : © DR

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

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