Mondes Imaginaires : Antres de la Terre (2)

L’association Mondes Imaginaires, fondée en 2019, regroupe trois anciennes étudiantes en Lettres qui, au terme de leurs études, sont arrivées à une constatation : bien souvent (trop souvent), les littératures de l’imaginaire sont décriées et dévalorisées. Pourtant, l’histoire se construit sur un imaginaire, une conscience collective, et une transmission des mythes dits fondateurs. 

Mondes Imaginaires proposent donc des ateliers participatifs et créatifs aux enfants comme aux adultes, afin que les univers fictifs viennent nourrir le quotidien. User du pas de côté qu’offrent des moments de créativité permet d’enrichir la réflexion à travers des points de vue différents et des concepts innovants. Tous les mois, Mondes Imaginaires proposent un atelier d’écriture créative sur un thème différent. Ensemble, nous explorons diverses facettes de l’écriture et de l’imaginaire. Le but est avant tout d’oser écrire, dans un climat de bienveillance, tout en acquérant de la confiance en soi. Chaque thématique est présentée grâce à des ouvrages qui servent de référence (en science-fiction, fantasy ou fantastique), parfois avec un ancrage historique – ce qui permet de stimuler l’imaginaire. Les participants peuvent, s’ils le souhaitent, intégrer des éléments proposés par les animatrices dans leurs écrits. L’atelier se clôt par un partage volontaire des créations. Un seul mot d’ordre : imaginer !

Les textes que vous découvrirez au sein de cette rubrique sont tous issus de ces ateliers. Aujourd’hui, David Weber vous parle… d’écureuil. Bonne lecture !

* * *

Antres de la Terre (suite)

Enregistrement le 8 du 53ème décade 2976. Traduction.

° C’est bon, j’ai pu revenir. Z. tu es là ?

Oh mince tu ne pouvais pas forcément m’attendre pendant autant de cycles.

Écoute, je ne sais pas si on pourra reparler, car c’est difficile pour moi de venir jusqu’ici. Sache juste qu’on meurt de plus en plus vite ici, je ne sais pas ce qui se passe… je crois que je vais tenter une sortie. Je ne sais pas encore dans combien de temps. J’espère que même si c’est pour un bref instant, j’espère que je pourrais te voir.

Enregistrement du 26 du 1er décade 2977. Traduction.

° Ça y est j’enregistre pour qu’on sache ce que j’ai vu en sortant. Je suis arrivée à faire une sorte de sas vers un point de sortie. On dirait qu’il y a eu une inondation à cet endroit et le bois est gonflé et à l’air de vouloir imploser. Donc, je vais l’aider un peu, mais j’ai colmaté derrière moi. Quoiqu’il se passe, ça ne devrait plus mettre quiconque en danger et de toute façon, on est maintenant tous malade, même moi.

Je veux connaitre l’extérieur, de toute façon je suis déjà condamnée. Je commence à avoir de la fièvre et à tousser.

Allez, c’est parti.

*Bruit de coups, puis un grand BOUM*

° J’ai réussi, qu’est-ce que… cette lumière… ça chauffe… le soleil, et cet air… oh mon dieu, j’ai l’impression de pouvoir enfin respirer… comme si je n’avais jamais connu ça… toutes ces nuances de couleurs, je ne sais même pas… si ça, ça doit être du vert, du brun, des fleurs ? Du rouge, du jaune et – mais c’est Z ?!

Z est là, je crois que c’est lui, il est bizarre, il est… il a des jambes, des bras, une tête, mais toute sa peau est écailleuse et sa tête est… on dirait qu’elle est humaine, mais avec quelque chose de profondément reptilien. Il y a plein de livres à côté de lui.

Il est grand, il s’approche avec une sorte d’énorme sac en peau et dedans, il y a pleins de choses, des champignons des… ce qui a l’air d’être des fruits… et il a une sorte de pagne de feuilles autour des hanches, des espèces de coques sur ce qui serait pour nous une poitrine, et un collier de fleurs autour du cou. Il porte un livre à la main.

Il s’arrête à une certaine distance, me tend le livre où une illustration d’une fillette humaine bronzée a l’air de danser dans le même déguisement que lui et d’inviter les gens. Un rituel de bienvenue peut être, de mes ancêtres.

Il essaie maladroitement de prendre la pose de la fillette, il s’approche doucement de moi et me tend une main-patte griffue – je me rends compte que je ne suis même pas encore totalement sortie.

Ces écailles changent de couleur au contact de ma main et deviennent blanches comme ma peau. Je sors à l’air libre et suis prise d’un vertige devant ce ciel bleu, cette étendue sans fin qu’est le monde de l’extérieur… je suis encore en vie, je respire mieux. J’éclate de rire.

Z a un mouvement de recul, mais comprend que je ne suis pas menaçante.

Je le prends par ses deux mains-pattes et commence à danser avec lui. Il est tout pataud et ne sais pas quoi faire. J’ai envie de revenir à l’intérieur et de dire aux miens qu’on peut sortir, peut-être même que cela nous guérirait. Mais d’un coup, Z s’arrête, main sur son cœur, il se plie en deux et commence à tousser, à tousser à n’en plus finir…

Jessica Vonlanthen

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