Mondes imaginaires : transhumanisme

L’association Mondes Imaginaires, fondée en 2019, regroupe trois anciennes étudiantes en Lettres qui, au terme de leurs études, sont arrivées à une constatation : bien souvent (trop souvent), les littératures de l’imaginaire sont décriées et dévalorisées. Pourtant, l’histoire se construit sur un imaginaire, une conscience collective, et une transmission des mythes dits fondateurs. 

Mondes Imaginaires proposent donc des ateliers participatifs et créatifs aux enfants comme aux adultes, afin que les univers fictifs viennent nourrir le quotidien. User du pas de côté qu’offrent des moments de créativité permet d’enrichir la réflexion à travers des points de vue différents et des concepts innovants. Tous les mois, Mondes Imaginaires proposent un atelier d’écriture créative sur un thème différent. Ensemble, nous explorons diverses facettes de l’écriture et de l’imaginaire. Le but est avant tout d’oser écrire, dans un climat de bienveillance, tout en acquérant de la confiance en soi. Chaque thématique est présentée grâce à des ouvrages qui servent de référence (en science-fiction, fantasy ou fantastique), parfois avec un ancrage historique – ce qui permet de stimuler l’imaginaire. Les participants peuvent, s’ils le souhaitent, intégrer des éléments proposés par les animatrices dans leurs écrits. L’atelier se clôt par un partage volontaire des créations. Un seul mot d’ordre : imaginer !

Les textes que vous découvrirez au sein de cette rubrique sont tous issus de ces ateliers. Aujourd’hui, David Weber vous parle… d’écureuil. Bonne lecture !

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Transhumanisme, Différence Corporelle

Un jour, un homme tout ce qu’il y avait de plus normal se baladait… quand tout à coup, il fut frappé par la foudre.

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Six ans plus tard, il se réveilla dans un hôpital. Sa femme était dans la pièce, mais pas auprès de lui. Son fils était là également, et l’homme voyait dans son regard quelque chose qu’il n’avait jamais vu – de la peur et du dégoût. Le docteur annonça soudain que c’était un véritable miracle.

L’homme voulut répondre, mais n’arriva pas à ouvrir la bouche… et pourtant, ses pensées résonnèrent brusquement dans la pièce. Comment était-ce possible ?! Ce n’était pas sa voix, ça, il en était sûr. Dans un geste de peur, il dirigea ses mains vers sa bouche.

Elle n’était plus là.

Il se rendit compte, au bout de quelques secondes, que son regard était légèrement décalé par rapport à sa position dans le lit. Il voulut alors toucher ses yeux… mais là encore, il ne les trouva pas. Le docteur demanda à la femme et au fils de bien vouloir sortir de la pièce. Puis se tourna en direction du patient et joignit les mains l’une contre l’autre :

      • Vous avez eu un très sévère accident, nous avons fait un boulot incroyable pour récupérer ce que nous avons pu et pour vous fournir un moyen de substitution pour le reste.
      • Le reste ?! Mais… combien de parties de mon corps avez-vous pu sauver ?
      • Nous avons pu sauver 10% de votre corps ; pour le reste nous allons vous donner un exosquelette.

*

Trois mois passèrent. Quand l’homme put enfin rentrer à la maison, son fils avait peur de lui. C’était normal, après tout, alors il prit un long moment pour lui expliquer que papa était toujours là et que ce changement ne devait pas l’effrayer. Il dut ensuite retourner au travail, mais tout le monde dans la rue le regardait avec peur ou dégoût.

Pour eux, il était devenu une abomination.

*

Un jour, alors qu’il se rendait au travail, il fut bousculé par une jeune femme magnifique : grande, élancée – le cliché de la femme parfaite.

Il vit cette femme assise dans un bus en pleine nuit, il pleuvait des cordes dehors, le bus s’arrêta et quand elle descendit, elle fut agressée au couteau.

Il secoua la tête. Tout d’un coup, tout redevint comme normal : c’était midi, il faisait beau et aucun bus à l’horizon. Alors il continua son bout de chemin. Mais ces images l’obsédaient quand même : sans l’aide de l’exosquelette, il ne pouvait pas voir par lui-même. Comment pouvait-il avoir aperçu ces images ?!

Le reste de la journée passa normalement – mais le soir venu, au moment d’aller se coucher, il revit cette femme, elle était toujours dans le bus, il pleuvait toujours des cordes, mais l’agression se passa cette fois dans le bus. Qu’est-ce qui avait changé ? Il se remémora toute la scène et analysa chaque moment. Comment cela se faisait-il qu’il voyait cette femme ? Elle l’obsédait, c’était indéniable.

*

Le jour suivant, il revit cette femme. Prenant son courage à deux mains, il lui demanda si elle voulait bien aller boire un café avec lui. Elle accepta et au fil de la conversation, il lui demanda si elle avait eu un accident – disons une agression. Elle s’offusqua : elle avait accepté de boire un café pour être gentille avec un handicapé, et non pour se faire poser des questions aussi indiscrètes.

Elle partit en claquant la porte.

L’homme resta seul. Son regard fut attiré par un évènement intéressant à la télévision, accrochée dans un coin du café : on annonçait de la pluie pour le soir même. Il décida donc de suivre discrètement la jeune femme.

La journée fut monotone et ennuyeuse. Arriva enfin le soir tant attendu. La femme monta dans le bus et il pleuvait des cordes. Aucun agresseur à l’horizon, mais l’homme était prêt, sur le qui-vive. Elle se leva et appuya sur le bouton pour signaler au chauffeur qu’elle voulait descendre. Le bus s’arrêta et les portes s’ouvrirent. Elle descendit – et puis rien.

Il ne comprenait pas : tout était comme dans ses visions… alors qu’est-ce qui avait changé ?! Et là, brusquement, elle se retourna et maladroitement, elle s’empala sur le couteau qu’il tenait fermement à la main.

Elle s’écroula, le poignard toujours planté dans son flan. Elle était en train de se vider de son sang. Il se mit à genou et appuya fermement sur la plaie. Il s’adressa à une personne qui passait par là et lui demande d’appeler les secours. Les urgences mirent une bonne vingtaine de minutes pour arriver, mais purent quand même la sauver.

*

L’homme passa tous les jours des trois mois qui suivirent auprès de cette femme en convalescence. Il ne parvenait toujours pas à expliquer ce qui s’était passé et elle-même n’en avait pas la moindre idée. Au fur et à mesure qu’ils discutèrent, ils se trouvèrent de plus en plus de points communs. Il se sentait plus proche d’elle que de sa propre femme ou de son fils. Finalement, il demanda le divorce. Cette jeune femme était celle qui lui convenait.

Au bout de quelques mois, il lui demanda sa main et elle accepta. Il sut bien plus tard que son ex-femme ne lui avait rien dit, mais que durant son coma, elle était tombée amoureux de quelqu’un d’autre (du médecin, en fait). Tout était mieux dans le meilleur des mondes.

David Weber

Photo : ©Free-Photos

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