Nadim Kayne : l’aisance des contradictions

Dans le cadre de l’after du Festival du rire de Genève, Nadim Kayne était au douze dix-huit du Grand-Saconnex pour présenter son one-man-show, avant de partir en tournée à travers la Suisse romande. Retour sur ce spectacle tout en énergie !

Nadim Kayne est un personnage à part dans le milieu du stand-up romand. Alors qu’il anime les scènes depuis 2015, d’abord après ses journées de travail, il lui vient une idée de génie : quitter son job dans une multinationale pour se lancer à plein temps dans sa carrière d’humoriste. Génial, oui, mais le timing n’était pas idéal : c’était à peine trois mois avant le Covid… on peut dire qu’il a eu du nez ! Sur la scène, il en rit et en fait tout un sketch, qui donne une bonne vision d’ensemble du reste de son spectacle : beaucoup d’autodérision, des caricatures de certains traits de notre société (notre envie de voyager loin, l’impression que nous ne vivons pas tou·te·s dans le même monde…) et beaucoup de contradictions qui apparaissent au fil de son histoire et de sa personnalité. Le ton est donné.

Des thèmes variés (et bien locaux)

Avec ses parents venus d’Algérie qui l’obligent à retourner « au bled » tous les étés, même au milieu des explosions, alors qu’il aimerait bien faire comme les autres et aller, au moins une fois, au Club Med, Nadim Kayne est à l’image de la société genevoise dont il parle : plein de contradictions. Durant son heure de stand-up, il se moque, toujours avec bienveillance, des traits de cette société dont il fait partie – ce dont il est fier !

Ainsi, et dans le désordre, il nous parle de son passage en école privée au milieu d’enfants de célébrités ; des grandes familles sud-américaines qui vont faire des barbecues au bord du lac le dimanche, mais se trouvent désormais bien empruntées avec la nouvelle plage des Eaux-Vives ; des expatrié·e·s installé·e·s ici et de leurs parcours parfois rocambolesques ; des vacances à Genève et du manque d’activités ; du fait qu’on est détesté par le reste de la Suisse… S’appuyant sur certains clichés, il parvient à dresser un portrait de nos mentalités avec la douceur et la bienveillance qui caractérisent un être qui se définit lui-même comme « trop gentil ». Et s’il a un mot à dire sur tout, il ne tombe pas dans les stéréotypes, avec des vannes plutôt inattendues et rafraîchissantes : on citera par exemple les merguez grillées à la Coop, les barbecues étant interdits à la plage…

Mais ce n’est pas tout, car Nadim Kayne ne parle pas que de Genève. Son humour vient bien d’ici, pas de doute, et il rend ainsi hommage à ses racines – lui qui est né et a grandi à Genève –, mais il n’oublie pas d’ouvrir son propos sur d’autres sujets, comme les multinationales – dont il possède une certaine expérience – et ce monde complètement décalé de la réalité, avec ses open spaces, son argent qui défile à une vitesse incroyable, les achats de produits improbables… Il évoque également ses vacances en Algérie et les récits à peine exagérés de ses parents sur leur périple jusqu’à Genève… ça, ce n’est qu’un petit échantillon. Le mieux est encore d’assister à son spectacle pour tout comprendre.

On apprécie l’aisance

On le sait, pour performer dans un seul-en-scène, il faut être à l’aise avec son public. À ce propos, mention spéciale pour Nadim qui interagit énormément, se moquant des réponses parfois farfelues de certain·e·s spectateur·trice·s, pour le plus grand plaisir des autres. Il parvient surtout à se nourrir de ce qu’on peut lui apporter, pour faire rebondir son spectacle en passant d’un sketch à l’autre avec des transitions tout en douceur. Il parvient ainsi toujours à retomber sur ses pattes et nous emmener là où il le souhaitait, sans trop dévier de sa ligne directrice. Le public n’est jamais perdu, comme cela peut être le cas lorsqu’un humoriste ne parvient pas à rediriger la conversation vers son propos.

Et on ne doute pas que son spectacle va encore se roder et s’affiner au fil des dates. Car rassurez-vous, Nadim Kayne entame une tournée dans toute la Suisse romande. N’hésitez pas à le suivre sur ses réseaux sociaux pour en savoir plus. Et si vous souhaitez des blagues inédites, rendez-vous au Café Jules Verne où il se rend une fois par mois en compagnie de Thibaud Agoston et de plusieurs invités surprise, avec qui il teste de nouvelles vannes !

Fabien Imhof

Infos pratiques :

One-man-show de Nadim Kayne, le 16 septembre 2022 au Théâtre le douze dix-huit, dans le cadre de l’After du Festival du rire de Genève.

https://ledouzedixhuit.ch/spectacle/festival-rire-geneve-les-afters/

Photo : © Sébastien Monachon

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

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