Les réverbères : arts vivants

Rébecca Balestra : devenir le mur pour casser les codes

Après avoir presque tout joué sur des scènes de théâtre, Rébecca Balestra s’essaie à un tout autre exercice : le stand-up. Dans son spectacle sobrement éponyme, celle qui donne son nom à son œuvre réfléchit sur cet art si particulier du seul·e en scène et en questionne les codes…

On l’a connue sur les scènes romandes, diva dans son Olympia, obèse morbide au POCHE/GVE, maman démissionnaire dans la saga Vous êtes ici, ou encore chevalier moustachu dans La fausse suivante La voici désormais dans un exercice tout nouveau pour elle : le stand-up. Durant une heure, et ce deux fois tous les jeudis au bar club abc de Lausanne, elle monte sur la scène – si on peut l’appeler ainsi, de ses propres dires – et apporte son expérience du théâtre, tout en la reniant, à cet art si singulier.

Du « méta-stand-up »

Sous les clameurs du public venu nombreux, Rébecca Balestra débarque dans un costume trois pièces aux motifs murs de briques pailletées – il fallait bien ajouter un peu de Swarovski pour le côté diva. À défaut d’avoir le traditionnel mur de briques des comedy clubs, elle est devenue elle-même ce mur de briques. Le ton est rapidement donné : tout en faisant son stand-up, elle réfléchit au stand-up et tente d’en appliquer les codes pour mieux les comprendre. C’est ainsi qu’elle explique certaines dynamiques, comme l’utilisation d’une boucle de blagues. Si la vanne ne paraît pas très drôle dans un premier temps, c’est tout simplement pour mieux revenir et surprendre le public, façon comique de répétition, en plus subtil. Outre les manières d’envisager son texte, ce sont aussi les façons de faire des plateaux d’humour qu’elle interroge. Enlevant sa veste après une vingtaine de minutes, elle nous annonce ainsi avoir terminé sa première partie, jouant sur le fait qu’il ne s’agissait pas du même personnage, et que tout ce qu’elle avait dit jusque-là, ce n’était pas ce qu’elle pensait elle, mais bien sa première partie. Vous suivez toujours ? Au milieu de tout cela, elle envoie quelques piques bien senties – mais toujours décalées, comme elle sait si bien le faire – à d’autres humoristes, comme Alexandre Kominek et son humour salace, ou Thomas Wiesel et sa manière bien à lui de tenir son pied de micro. De quoi réfléchir sur le stand-up et l’envisager d’une autre manière. Je vous promets qu’après ce spectacle, l’image de Thomas Wiesel vous paraîtra un peu moins lise…

De l’originalité

Mais là où Rébecca Balestra excelle, c’est dans sa manière de casser les codes, tout en les suivant. À l’image de Kominek, dont on a déjà parlé, ou de Jean-Marie Bigard, elle propose ainsi une certaine forme de vulgarité dans son texte, en parlant de son vagin et autres expériences sexuelles comme ces messieurs de leurs pénis. D’aucuns s’en offusqueraient sans doute, mais pourquoi ? Sans en avoir l’air, elle sous-entend ainsi que le regard porté sur une femme humoriste n’est pas le même que sur un homme. Ou est-ce seulement moi qui me suis posé cette question ? Quoiqu’il en soit, elle dévie rapidement le sujet en expliquant bien que la vulgarité n’est pas dans le fait d’évoquer ces thématiques, somme tout bien admises dans le milieu désormais. Non, encore une fois, Rébecca Balestra surprend en évoquant des actions quotidiennes, que nous pratiquons toutes et tous, comme bien plus vulgaires. Et de faire un parallèle entre les paparazzis, Instagram et les peintres de l’époque… Pour mieux comprendre tout cela, le plus simple est encore d’assister au spectacle.

Plus surprenant encore, Rébecca Balestra choisit des thématiques qu’on n’a pas l’habitude de traiter dans le stand-up : Jésus et son drôle de slip, le surréalisme, la peinture figurative et bien d’autres, la philosophie, entre Diogène et Nietzsche… Les références peuvent paraîtres poussées évoquées ainsi, mais elles sont pourtant abordées de manière extrêmement simple, et surtout toujours décalée, avec le franc-parler dont Rébecca Balestra a le secret. Sans oublier la touche d’autodérision et le petit peu d’improvisation façon interactions avec le public nécessaires à tout bon stand-up. Mais soyez avertis, elle ne ménage pas son public, et fait tout sauf du « lèche-cul ».

Rébecca Balestra dans Rébecca Balestra, à découvrir pour rire et repenser le stand-up, tous les jeudis jusqu’au 6 octobre, à 19h et 21h au bar club abc de Lausanne !

Fabien Imhof

Infos pratiques :

Rébecca Balestra, de Rébecca Balestra, du 15 septembre au 6 octobre 2022, tous les jeudis au bar club abc, en collaboration avec l’Arsenic et le Théâtre Boulimie, et du 28 septembre au 1er octobre 2023 au Théâtre Saint-Gervais.

Conception : Rébecca Balestra

Regards extérieurs : Agathe Hazard Raboud et Marina Rollman

Avec Rébecca Balestra

https://arsenic.ch/spectacle/rebecca-balestra/

https://saintgervais.ch/spectacle/rebecca-balestra/

Photo : © Sandra Pointet

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

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