Rébecca Balestra fait son Olympia et illumine l’ouverture de la Comédie

Le premier spectacle joué dans la grande salle de la nouvelle Comédie de Genève est estampillé La Bâtie et interprété par Rébecca Balestra, accompagnée d’un piano et de huit violoncelles. Dans Olympia, elle prend un rôle de grande diva, pour raconter avec dérision les cœurs brisés et la solitude. Un bijou en forme de concert qui mène de l’émotion au rire.

Sur la scène couverte de moquette blanche Hornbach (du nom du célèbre compositeur, nous dira-t-elle), se dressent d’abord un piano et un pied de micro. Grégory Régis est assis derrière l’instrument, bien vite rejoint par Rébecca Balestra, sa chevelure léonine et sa robe à paillettes, telle une diva des grandes années. Dès la première chanson, intitulé sobrement Gérard, on comprend qu’on n’assistera pas à un concert comme on en a l’habitude. Après avoir parlé de ce grand séducteur et de ses regrets, elle nous invitera à manger des filets de perches à Rolle ou nous évoquera encore Le manque de fer… Dans ce concert subversif, la comédienne joue avec les codes, sur un ton qui oscille entre mélancolie et dérision. Un spectacle où elle jongle entre les éléments à la perfection.

De doux et surprenants mélanges

Le titre du spectacle, Olympia, fait immédiatement penser à la célèbre salle de concert parisienne. Dans son récital poétique, la comédienne évoque ses inspirations, comme Dalida ou la Callas, mais Rébecca Balestra met surtout beaucoup d’elle, en chantant / parlant ses textes sur la grande scène. Si bien qu’on ne sait plus trop si on assiste à un concert ou à une forme de one-woman-show… sans doute un peu des deux ! Car là où le spectacle excelle, c’est dans le jonglage entre l’émotion brute et le rire. Grégory Régis – quand il ne fait pas « son con » en oubliant une partition – transmet un côté tragique, digne des plus grandes « brokenhearts songs », rapidement cassé par les paroles souvent crues de Rébecca Balestra. On évoquera par exemple cette déclaration d’amour, au milieu d’une invitation à Rolle, dans laquelle, loin de promettre de décrocher la lune, elle s’engagera à descendre les poubelles, faire une jolie table, ou encore ramasser ses slips sales. Notons ici que les personnages évoqués dans ses chansons peuvent être tant des hommes que des femmes. La grande finesse de sa prose permet ainsi d’inclure l’ensemble du public dans les propos énoncés.

C’est bien là l’une des forces d’Olympia : parler de choses qui nous touchent toutes et tous au quotidien, en insérant quelques belles envolées lyriques. En s’adressant aux cœurs brisés, elle ne fait pas de grandes promesses, mais ramène l’amour à son essence et aux petits gestes quotidiens qui permettent de l’entretenir. Elle n’oublie pas non plus de parler de son dégoût pour les gens – est-il réel ou feint ? Chacun·e se fera sa propre idée – de cette envie qui nous prend tou·te·s parfois d’être seul·e et ne plus avoir à sociabiliser. Le contraste entre ses costumes flamboyants et ce franc-parler très cru accentue l’effet comique du spectacle.

Il faut bien le dire, rarement on aura entendu un public rire aussi franchement devant un spectacle-récital. Les effets comiques fusent et s’enchaînent. Il y a bien sûr les mots chantés par Rébecca Balestra, qui surprennent souvent, avec de nombreuses références proches de nous, de Visilab à Versoix en passant par cette chanson interprétée dans nos quatre langues nationales. Il y a aussi une manière de parler qui lui est propre, et qui colle si bien à ses propos. On citera encore les gestes, dans ce moment où elle tente avec beaucoup de difficulté de monter sur le piano, ou encore ses jeux de regards avec Grégory Régis, qui en disent long sur l’agacement de la diva qui est devant nous. L’attente créée par ses trois changements de tenue – elle s’était promis de ne pas porter la même robe plus de 20 minutes sur scène – durant lesquels les musiciens doivent meubler créent aussi un certain décalage avec ce qu’on attendrait d’un concert flamboyant. On évoquera enfin le jeu des musiciens, notamment quand les violoncellistes (alors qu’elle raconte ses malencontreuses aventures survenues lors d’une soirée trop arrosée) se mettent à jouer l’introduction de Porque te vas, qu’elle aurait chantée à tue-tête durant la soirée…

Olympia, c’est donc une partition millimétrée, qui jongle parfaitement entre le rire et la mélancolie pour envoûter le public. Ce dernier ne s’y est pas trompé, et les applaudissements nourris pendant de longues minutes ne sont qu’une preuve supplémentaire du talent de la comédienne et du besoin que nous avons, toutes et tous, de partager ce genre de moments. Voilà une bien belle manière d’inaugurer une scène qui ne demande qu’à accueillir de nombreux spectacles ces prochains mois et années !

Fabien Imhof

Infos pratiques :

Olympia, de Rébecca Balestra, du 3 au 5 septembre 2021 à la Comédie de Genève, dans le cadre de La Bâtie – Festival de Genève.

Mise en scène : Rébecca Balestra

Avec Rébecca Balestra, accompagnée de Grégory Régis au piano et de huit violoncellistes de la HEM – Haute École de Musique de Genève.

https://www.comedie.ch/fr/olympia-productions

https://www.batie.ch/fr/programme/balestra-rebecca-olympia

Photo : © Magali Dougados

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

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