Les réverbères : arts vivants

P. et B. : métamorphoser le quartier ou soi-même

Le premier chapitre de la création in situ de la Filiale fantôme – collectif CCC, Métamorphose, a pris place dans le quartier du PAV, autour du Théâtre du Loup. L’occasion de rencontrer P. et B., deux protagonistes bien différent-es l’un-e de l’autre, mais haut-es en couleurs tou-tes deux !

La soirée commence en nous faisant traverser la salle vide du Théâtre, pour sortir dans la petite rue attenante, entre ce lieu et le centre sportif de la Queue-d’Arve. B. (Barbara Baker) nous y attend. C’est à un personnage inattendu, qu’on pourrait qualifier de lunaire, que nous faisons face. Après nous avoir souhaité la bienvenue en passant par nombre de méandres, elle en vient à l’essentiel : plusieurs semaines durant, on a déposé devant chez elle différentes plantes, avant qu’une lettre de sa voisine ne l’invite à entamer une apocalypse verte. Autrement dit, planter, planter, et planter encore, dans tous les recoins possibles, pour que la nature puisse reprendre le dessus et nous apporter quelques oasis de fraîcheur. C’est à cette mission qu’elle nous invite à participer. Une fois ses adieux effectués, avec la promesse de nous retrouver dans trois ans, elle laisse place à P. (Pierre Mifsud), un drôle d’homme qui aime entrer partout, dans toutes les portes, pour explorer la ville, découvrir, s’imaginer les vies des spectres qui habitent chaque lieu… Son plus grand rêve est de pouvoir fusionner avec ce qui l’entoure, pour ne faire plus qu’un avec la ville. Deux personnages, donc, pour deux visions d’un monde à venir, dans un quartier en pleine mutation : le PAV, qui sera, pour les 25 prochaines années, le plus gros chantier d’Europe.

Apocalypse verte

Le premier parcours que nous suivons est donc celui de B. Barbara Baker nous avait habitué-es à des personnages plutôt mystérieux, voire un peu mystiques, mais toujours très apaisés. Ici, il n’en est rien. Enfin presque, car le côté mystérieux est bien présent, mais quelle énergie ! Elle semble d’abord perdue, s’embrouillant dans ses salutations, jouant avec les mots et les sonorités de la langue. On soulignera ici le talent d’écriture de Lara Khattabi, qui signe le texte de cette première partie : jeux de mots virevoltants, liens incongrus entre les phrases, déclenchement de chansons sorties on ne sait d’où… B. entonne Barbara, Dalida, Barbara Streisand, pour nous emmener dans son univers. Elle s’interroge sur son nom, B., et ce qu’il peut bien signifier. On rit beaucoup, dans un premier temps, jusqu’à ce qu’elle nous emmène un peu plus loin, où pelles, brouettes, gants et graines nous attendent…

C’est à ce moment-là que nous entrons dans le vif du sujet. Mathias Brossard l’accompagne pour incarner, littéralement et dans un magnifique costume végétal, la lettre transmise par sa voisine, pour l’enjoindre à lancer cette apocalypse verte. Par apocalypse verte, on entend tout l’inverse de ce que ce mot signifie habituellement : il ne s’agit pas de détruire le monde, bien au contraire. B. veut le faire revivre, redonner à la nature ses droits, s’immiscer au cœur du béton, créer des îlots de fraîcheur, ramener de la verdure. Pour ce faire, elle propose de nouvelles significations à l’acronyme PAV, qu’on vous laissera le soin de découvrir. Enthousiasmé-es que nous sommes par son discours, elle nous invite enfin à l’accompagner, à prendre avec nous des petites bombes d’argile contenant des graines, à creuser, arroser, faire pousser. Un véritable message d’espoir, pour réfléchir à la place des végétaux dans ce nouveau quartier.

Entrer où l’on n’entre pas

P., en débarquant, porte son casque de moto sur la tête. Démarche assurée, sac sur le dos, il nous salue et entre immédiatement dans le vif du sujet : quelle différence entre espace public et privé ? Lui a envie de s’introduire dans l’espace privé. Il nous montre comment crocheter une serrure, pirater un digicode ou infiltrer des bureaux pour les explorer la nuit. Ce qui l’intéresse, ce ne sont pas les personnes qui y travaillent au quotidien, mais bien les spectres de celles-ci. C’est-à-dire tout ce qu’il projette sur elle, en s’imaginant à leur place. P., donc, veut pouvoir entrer partout, entrer en contact avec tout le monde, toute forme de vie et même d’objet. Car son projet va en réalité bien plus loin.

Nous emmenant suivre les traces d’un groupe de joggeurs, il nous conduit au bord de l’Arve, et nous invite à respirer, entrer en introspection, pour nous rapprocher, voire fusionner avec le monde qui nous entoure. Pierre Mifsud incarne un être doux, toujours un peu décalé, comme il en a l’habitude, et surtout plein d’espoir, voire un peu utopiste. Il tente d’envisager le rapport avec le monde qui nous entoure différemment, sans rien nous imposer. On se demande alors ce qui se passera quand P. et B. se rencontreront, comment leurs univers pourront entrer en résonance, ou au contraire se confronter. Mais pour cela, il faudra attendre un an, voire plus, avec le chapitre 2 de cette Métamorphose. Après cette mise en bouche, avec un ton plus comique que ce à quoi on s’attendait – et ce n’est pas pour nous déplaire – nous nous réjouissons de découvrir les futures pérégrinations au sein du PAV.

Fabien Imhof

Infos pratiques :

Métamorphose – Chapitre 1 : P. et B., de La Filiale Fantôme – Collectif CCC, du 30 mai au 13 juin 2026, création in situ dans le quartier du PAV, soutenue par le Théâtre du Loup.

Textes :
B. de Lara Khattabi

– P. de Loïc Le Manac’h, librement inspiré de La Conjuration de Philippe Vasset

Co-mises en scène : Mathias Brossard, Mélina Martin et Arnaud Huguenin

Avec Barbara Baker et Pierre Mifsud

https://theatreduloup.ch/spectacle/metamorphose-chapitre-1-p-et-b/

Photos : ©Arnaud Huguenin

Fabien Imhof

Co-fondateur de la Pépinière, il s’occupe principalement du pôle Réverbères. Spectateur et lecteur passionné, il vous fera voyager à travers les spectacles et mises en scène des théâtres de la région, et vous fera découvrir différentes œuvres cinématographiques et autres pépites littéraires.

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