Quand les petits échecs déroutent

Dans le cadre de La Bâtie – Festival de Genève, Clara Delorme présentait Malgrés au Théâtre Saint-Gervais, un spectacle en duo entre danse et musique, où les imperfections et autres échecs s’enchaînent, comme pour nous enjoindre à accepter nos erreurs.

Échecs, chutes, ratages, imprécisions… la liste des synonymes pourrait s’allonger à l’envi. Sur la moquette verte et le module de même couleur qui la surmonte, Clara Delorme est accroupie. Derrière elle, on distingue les jambes de Claude Garcia-Gaucher, couché à-même le sol. Pendant quarante minutes, les mouvements vont s’enchaîner, allant de métamorphoses en maladresses, dans des jeux de regards et de musique qui décocheront quelques sourires et autres pouffements dans la salle.

Un spectacle déroutant

Pendant les quinze premières minutes, je dois bien l’avouer, j’ai été totalement dérouté. Si j’avais bien lu le résumé du spectacle, où il était question de traiter des échecs, dans une forme de lâcher-prise nous invitant à relativiser ces derniers, j’ai peiné à comprendre le lien entre les mouvements effectués et cette thématique. À se dandiner comme un ressort sur son module, Clara Delorme cherchait-elle à prendre son envol, sans y parvenir ? Était-elle à la recherche d’un geste qu’elle ne trouvait pas ? Avant d’enchaîner sur des mouvements répétés, au sol, comme un va-et-vient, se rapprochant peut-être de la chorégraphie idéale. Ou s’agissait-il d’un cercle vicieux d’échecs, duquel elle ne parvenait pas à sortir ?

Si cette première partie ne donne, loin s’en faut, pas toutes les clés de ce spectacle, on rit des mouvements incongrus, des yeux de Clara qui roulent comme des billes, ou encore des petites imperfections, comme ses oreilles trop grandes ou son costume pas vraiment bien taillé. On rit, mais attention, sans jamais se moquer. Car tout cela agit comme un miroir, des petites impuretés comme nous en avons toutes et tous quotidiennement et qui nous dérangent parfois tant. Avec cette forme d’autodérision qui la caractérise, Clara Delorme nous enjoint sans doute à relativiser sur nos petits défauts. Et cela nous amène à nous poser beaucoup de questions, qui trottent et trottent dans nos têtes, sans forcément y trouver de réponses convaincantes.

La musique éveille le corps

Petit à petit, nous entendons un son, comme si quelqu’un soufflait dans un tuyau en métal. Clara semble y réagir. Alors, Claude Garcia-Gaucher sort de sa cachette, un paquet de tuyaux sous le bras, avant d’en ramasser d’autres qu’il cale avec les premiers. Sur la scène, il se déplace en produisant des sons avec ceux-ci. C’est là que le côté poétique de Malgrés semble prendre sens. La musique et le corps, si maladroits soient-ils, se répondent. Si les sons ne sortent pas toujours bien, les gestes ne paraissent, eux non plus, pas toujours complètement assurés. Mais qu’importe, lorsque les deux communiquent ainsi ?

Jusqu’à la chute, dans un grand fracas de tuyaux qui s’entrechoquent et qu’on ne parvient pas à ramasser. Le clownesque débarque et les éclats de rire se font plus francs. Alors, il faut trouver un autre moyen de jouer. Place à la percussion, et le corps réagit à nouveau…

À la fin du spectacle, le public paraît divisé : entre celleux qui semblent ne pas avoir compris, ou à qui le propos n’est pas parvenu, et celleux qui sifflent d’approbation, enchanté·e·s de ce à quoi iels viennent d’assister. Je dois bien le reconnaître, j’ai d’abord fait partie de la première catégorie, tant j’ai peiné à comprendre de quoi il en retournait. Puis les questions ont commencé à tourner dans ma tête, des questions auxquelles j’ai tenté d’apporter des réponses. Sont-elles convaincantes ? Vont-elles dans le sens voulu par Clara Delorme ? Peu importe au final, car l’intérêt de cette performance est peut-être ailleurs, plus dans les questions que dans les réponses. Car si l’on échoue à trouver ces réponses, peut-être tout est-il réussi… Et on n’a plus qu’à aller à la question suivante, pour se relever et avancer. Malgrés serait-il, alors, un spectacle sur la persévérance qui suit les chutes et ratages ?

Fabien Imhof

Infos pratiques :

Malgrés de Clara Delorme, les 8 et 9 septembre 2022 au Théâtre Saint-Gervais, dans le cadre de La Bâtie – Festival de Genève.

Idée et chorégraphie : Clara Delorme

Avec Clara Delorme et Claude Garcia-Gaucher

https://saintgervais.ch/spectacle/malgres/

https://www.batie.ch/fr/programme/delorme-clara-malgres

Photo : © Cynthia Mai Ammann

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.