Quand nos petites histoires croisent la grande – partie 1

La Cie Cyparis Circus présentera la nouvelle création de Stéphane Michaud, Point radiant, dès le 28 octobre au Théâtricul. Huit personnages se retrouvent, sans forcément se connaître, dans un bistrot, le soir du 28 juin 2021, et la victoire historique de la Suisse face à la France à l’Euro. Rencontre avec l’équipe pour en savoir un peu plus…

La Pépinière : Bonjour à toute l’équipe, merci de me recevoir ! Point radiant est donc un texte où il est question de rencontres, d’histoires personnelles qui se frottent à la grande, ce fameux soir de juin… Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ces personnages qui se rencontrent ?

Stéphane Michaud (auteur) : Après le match, il y a eu une énergie inédite, même pour des gens qui, comme moi, ne sont pas fans de foot. Je trouve que c’est un empan temporel intéressant. Le spectacle raconte ce qui se passe pendant ces deux heures de match, qui est l’unité de temps, dans ce bistrot qui représente l’unité de lieu. Et dans ce bistrot, il y a la vie, en vrac, avec des thématiques existentielles qui se croisent : l’amour, les rêves, la maladie, la quête identitaire, la mort, … L’idée est de dire de manière légère des choses plus profondes, en trouvant un équilibre entre comédie et drame, en ouvrant des questions plutôt qu’en donnant des réponses… Pour le choix des comédien·ne·s, j’avais envie de retrouver des ami·e·s du théâtre de longue date. Mais je vais laisser chacun et chacune parler de son personnage et comment il/elle le voit.

Elisabeth Ossola (Marie-Ange) : Moi, dans la pièce, je suis prof de philo et je viens d’apprendre que je suis atteinte d’une maladie. Je viens ici pour boire et oublier ce diagnostic. Je me questionne sur la suite de ma vie, d’un point de vue plutôt philosophique, par rapport au parcours de mon personnage. Et je me demande comment utiliser ces valeurs que j’ai apprises pour faire face à la finitude. Au fur et à mesure du match va se tisser une sorte d’alliance avec Monsieur Harry, le vieil habitué du bistrot.

Pierre Nicole (M. Harry) : Je viens donc depuis longtemps dans ce bistrot, où j’ai mes petites habitudes (mots croisés, verres de vin, discussions…), et j’ai une bonne relation avec la patronne, que je considère un peu comme ma fille. Je suis à peu près le seul à être là pour le match, d’ailleurs ! En lisant le texte, j’ai tout de suite senti que Stéphane avait déjà en tête les comédien·ne·s qui allaient interpréter chacun des personnages.

Roseline Bals (Amélie) : J’interprète la tenancière du bar, enfin heureuse dans sa vie après avoir vécu dans la mode avec tout le côté artificiel et stressant de ce monde-là. Mon personnage avait besoin de cette part d’humanité qu’elle vit en étant en contact avec tous les clients de son petit bistrot qu’elle a appelé « Au cœur sur la mousse ».

Séverine Mutter (Dorine) : Donc moi je suis là avec mon mari André, dans le but de lui proposer un nouveau projet, après le départ de notre dernier fils pour un Erasmus. On se questionne en fait sur notre existence en tant que couple maintenant que tous nos enfants ont quitté la maison, et il faut trouver une nouvelle raison de continuer dans cette terrible chance d’exister que représente notre société.

Pierre Hauser (André) : Moi je suis donc le mari de Dorine. Je me trouve dans une forme de déprime, nos enfants sont partis de la maison et, avec le temps, j’ai perdu mes idéaux, principalement par rapport à la situation de la planète. Mon personnage et sa femme étaient des activistes du climat étant plus jeunes, des précurseurs… Et d’ailleurs, c’est drôle, parce qu’au départ, nos rôles devaient être inversés, mais on trouvait plus intéressant que ce soit la femme qui propose un nouveau projet pour relancer le couple.

Alexandre Buhler (Zack) : Moi je me balade un peu entre l’amour et l’amitié. Zack a été élevé seul par sa maman, il a un profond respect pour les femmes. Il a toujours vécu un peu dans l’ombre de son meilleur ami Éric, avec un complexe d’infériorité. Petit à petit, je vais donc me détacher de ça, devenir plus fort, et tomber amoureux de Lou. Mais Éric va me la piquer et on va rejouer un triangle amoureux classique avec une issue… moderne.

Dorian Giauque (Éric) : J’interprète le petit facho de la pièce, d’où mon prénom, on aura compris la référence… Je vis sous le joug de mon père, très autoritaire, voire maltraitant. J’ai grandi là-dedans et donc pris de ça. J’essaie de m’en détacher, notamment grâce à Zack. Mon personnage est finalement assez nuancé, avec des réflexions très à droite, mais plutôt intéressantes… et je laisse même aussi parfois passer un peu de tendresse.

Elsa Anzules (Lou) : Lou a grandi avec son père omniprésent, elle a été éduquée dans l’optique d’une vie bien rangée, avec un mari, des enfants, une maison… Dans la pièce, j’aime bien mes deux prétendants, et je remets un peu en question l’idée du couple, pour tenter d’imposer ce que je veux vraiment moi : qui je suis, quelles sont mes priorités, en rejetant les injonctions. Je suis dans une sorte de quête identitaire.

La Pépinière : En écrivant, tu avais déjà en tête les comédien·ne·s qui allaient interpréter les rôles. Comment a germé le texte ?

Stéphane Michaud : Je ne saurais pas vraiment dire, je crois que le rapport entre les personnages et les comédien·ne·s n’était pas toujours super conscient au départ, même s’il y a des liens qui se sont faits dans ma tête. Par exemple, j’associe mon amie Roseline à Amélie Poulain (d’où le prénom) depuis que je la connais alors c’est clair que j’ai écrit ce rôle en pensant à elle. Pour M. Harry et Marie-Ange, la question de la finitude s’est posée : lui est veuf, elle malade, à quoi ça va mener ? André, lui, tient son prénom d’André Gorz, qui était un philosophe écologiste visionnaire. Sa femme Doreen et lui ont d’ailleurs décidé volontairement de quitter ce monde… Et puis il y a ce trio de jeunes, qui résume les histoires d’amitié d’une vie qui s’ouvre, les amours, les rêves, les passions et le positionnement politique avec toute la tension dialectique entre patriotisme et nationalisme. M. Harry va d’ailleurs les aider à comprendre ce à quoi ces idéologies ont conduit… Toutes ces personnalités vont se rencontrer dans ce bistrot qui est le point radiant (l’origine) du titre du spectacle. Ils se trouvent à un carrefour qu’ils n’ont pas vu venir et repartiront chacun dans leur direction. J’aime bien utiliser la métaphore astrologique du clinamen, un changement de trajectoire infime qui modifie tout, sans qu’on s’en rende compte… Et j’espère que tout le monde s’y retrouvera un peu par résonance, les émotions vécues par les personnages appartenant à tout le monde, je pense.

Propos recueillis par Fabien Imhof

Suite de l’interview par ici ! 

Infos pratiques :

Point radiant, de Stéphane Michaud, du 28 octobre au 13 novembre 2022 au Théâtricul.

Mise en scène : Stéphane Michaud

Avec Roseline Bals, Pierre Nicole, Séverine Mutter, Pierre Hauser, Elisabeth Ossola, Alexandre Buhler, Dorian Giauque et Elsa Anzules.

https://theatricul.net/12732-2/

Photo : © Cie Cyparis Circus

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

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