Spencer : la vie de princesse, rêve ou cauchemar ?

La vie de Lady Di est connue et bien connue. Pourtant, aujourd’hui encore, on s’y intéresse pour en explorer tous les méandres. Dans Spencer, le réalisateur Pablo Larraín se focalise sur le profond mal-être de la princesse qui tend à exploser pendant les fêtes de Noël, un moment symbolique et empreint d’une profonde tradition.

Le premier repas marquant les festivités de Noël approche, la brigade en cuisine est fin prête, tous les invités sont là. Ne manque plus que Diana, qui semble s’être perdue en chemin, avant de croiser le chef cuisinier devant un champ, à proximité de la maison de son enfance. La princesse le sait, son mari Charles en aime une autre et elle ne peut plus le supporter. Alors quand arrivent ces deux jours de fête, où les traditions si chères à la couronne s’enchaînent , il devient difficile de ne pas imploser. Pourtant, il faut continuer à faire bonne figure, pour que les tabloïds, toujours aussi avares de ragots, n’alimentent pas les rumeurs sur l’aliénation de l’esprit de la princesse…

Montrer l’oppression

Le premier élément qui saute aux yeux dans Spencer est la qualité de la photographie : des paysages étendus, un immense château vu du ciel, des plans larges qui s’enchaînent sur la campagne britannique. Tout donne une impression d’immensité, même la colonne de 4×4 militaires apportant la nourriture pour les repas de Noël, et qui se suivent à n’en plus finir. Tout ceci contraste fortement avec le sentiment d’enfermement de Diana. Les plans rapprochés sur son visage montrent toutes ses émotions, son regard qui semble scruter tout ce qui se passe autour d’elle, avec l’impression d’être constamment épiée, dans ses moindres faits et gestes. Tout le film ou presque se passe en focalisation interne autour de Lady Di. Tout est ainsi perçu à travers le prisme de sa pensée, comme si le réalisateur nous invitait à comprendre le monde à travers son regard à elle. Ainsi, le grain de l’image est travaillé de manière à donner une impression de film vieilli, comme si tout était un peu flou et les couleurs moins vives. Car le cœur de Diana, lui, est bien gris. La focalisation sur sa personne permet également au réalisateur de perdre son spectateur entre scènes réelles et scènes imaginées par la princesse. En témoigne le premier repas lors duquel elle casse son collier – le même que Charles à offert à sa maîtresse – dans sa soupe et en avale toutes les perles, avant d’aller se faire vomir. Si le moment, au vu de sa situation sentimentale, est hautement symbolique dans cette vie ultra-codifiée qui la répugne de plus en plus, , on ne peut s’empêcher de se demander dans un premier temps si la scène est réelle… Et c’est tout l’art du réalisateur, que de créer un sentiment de malaise chez les spectateur·trice·s, afin de faire ressentir au mieux ce que vivait Diana.

Des nouveautés dans une histoire connue

Le titre du film, Spencer, fait bien sûr référence au nom de jeune fille de Diana. Il symbolise toute la simplicité de la vie qu’elle n’a plus ; et sa constante envie de revoir la maison de son enfance, alors condamnée, ne fait que renforcer cette idée. Car ce sont bien deux mondes qui s’opposent : le faste de la vie de château, pourtant vide, puisqu’elle se retrouve souvent seule dans de grands espaces, et la simplicité de la vie d’une roturière. Les seuls moments où on la voit sourire sont ceux passés avec ses deux fils ou lorsqu’elle rencontre d’autres gens alors qu’elle est ne trouve plus sa route. Et il nous faut souligner ici la brillante performance de Kristen Stewart, une Lady Di plus vraie que nature, capable de faire passer toutes les émotions, à travers toutes les petites nuances nécessaires.

La symbolique est un élément très présent dans le film, on a déjà pu s’en rendre compte. Elle atteint son climax dans le rapport qu’entretient Diana avec Anne Boleyn. Grande amatrice de cette figure hautement historique, elle lit un ouvrage consacré à l’autrice durant tout le film. Et cela ne s’arrête pas là, puisqu’elle prend petit à petit conscience que leur histoire est tout à fait similaire : comme elle, elle a été trompée par le prince, avant d’être exécutée par ce dernier. C’est un peu ce que vit Diana qui, si elle n’a pas été tuée directement par Charles, a vu sa vie de princesse anéantie à cause de ce dernier. Il nous est d’ailleurs présenté comme un être manipulateur, proche de celui qu’on avait récemment vu au Théâtre du Loup dans Les sentiments du Prince Charles. Toutefois, le portrait qui est fait de lui apporte une certaine nuance : ce ne sont pas ses sentiments pour Camila qui sont mis en avant, mais plutôt le poids de la tradition. Tout au long de Spencer, les traditions reviennent comme un leitmotiv, renforcés encore par la période de Noël. On prend conscience de la façon dont il s’y plie lorsqu’il force son aîné à apprendre à chasser, bien que ce dernier n’en ait aucune envie. Parce que c’est ainsi, tout simplement. Et si Charles se pliait simplement à la tradition ? De là à faire un autre parallèle avec l’histoire d’Anne Boleyn…

Alors, vous rêvez toujours d’une vie de princesse ?

Fabien Imhof

Référence :

Spencer de Pablo Larraín, avec Kristen Stewart, Jack Farthing, Sally Hawkins, Amy Manson, Timothy Spall… sortie en salles le 26 janvier 2022.

Photos : © Neon / Courtey Everett Collection

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

*

code