Sur les murs intimes de Xavier Michel

« Ma vie est une longue course poursuite contre moi-même. Et contre la mort. Chaque fois que je crois me comprendre, chaque fois que j’ai l’audace de penser me connaître, le sol devient mouvant. Je m’enfonce, je patauge à la recherche d’un moi-même qui toujours me reste étranger. – Qui es-tu ? – Je suis l’étranger. » (p. 11)

Xavier Michel est avant tout connu pour être un membre du duo Aliose. En parallèle de sa carrière de chanteur, il est aussi écrivain. Son ouvrage, Tu liras sur mes murs, paru aux éditions Slatkine cette année, est un texte personnel, écrit comme une pensée qui se délie. Il couche ses mots sur le papier, comme les murs de son intimité. Son style se définit « à mi-chemin en prose poétique et poésie en prose[1]. » S’il est difficile de donner une définition précise à ce style, à la lecture de ses textes, on comprend pourtant bien vite que c’est l’expression juste.

« Chaque kilomètre parcouru m’apprend un peu mieux qui je suis. Je vois des silences, des plaines, des vallées suspendues. Et des lacs où je n’ose regarder mon image. Rien à faire. Même dans la pluie, dont chaque goutte sur mon corps me fait me sentir vivant.

Je suis au monde. » (p. 18)

Construit comme une série de petites histoires, de pensées – on ne peut pas dire « nouvelles » – dont on sait où elles commencent, mais jamais quand elles se termineront, Tu liras sur mes murs propose une langue fluide, qui coule. On se laisse porter par les mots de Xavier Michel, même si on n’en saisit pas toujours le sens exact. La poésie est présente, dans la mélodie de sa langue, dans les effets qu’il lui donne, à travers les nombreuses synesthésies et autres métaphores qu’il s’est parfaitement approprié.

« J’écris mon père sans pouls, mon père sans souffle, ma vie de merde, mon ineptie, je dors dedans, retourne la tête et tient entre mes deux pouces des chiures sans visage, mots invariables que je caresse. Que j’éjacule. Ils s’accumulent, se tordent, se disloquent, ils se baisent, se respirent le cul, à six, à douze […] » (p. 27)

Certains passages sont puissants, ils prennent aux tripes, avec des mots crus, qui décrivent on ne peut mieux ce qu’il ressent. On perçoit la rage, la colère, mais aussi le désir ou l’envie, comme dans la pensée où il est question de sexualité, racontée avec une rare sensualité :

« J’attrape ton regard concentré, tes absences, ta tête qui bascule, tes lèvres pincées, ta bouche entrouverte. Tu résistes. J’insiste. Tu t’agites. Je sers. Tu respires fort. […] Chaque centimètre de peau me renvoie à des paysages silencieux, une musique intérieure qui m’enivre. Je parcours à bas vol ta silhouette délicieuse, l’arrondi de tes hanches, la courbe de tes fesses qui se rejoignent, je remonte le delta, les fossettes, la colonne vertébrale, vertèbre après vertèbre, en un fil d’air. La vue se mêle au goût, le goût de ton corps nu, son parfum salé. » (p. 58-59)

Sachant jouer avec les mots avec beaucoup de finesse, le jeune auteur les prend, les tourne et les retourne, pour parvenir à un résultat qui m’a rappelé Philippe Delerm, lui aussi capable d’écrire en prose dans une langue toujours poétique. Ainsi, dans « Entre deux rives », Xavier Michel écrit :

« Je t’écris sur un pont. Pour te dire l’indicible. L’incertain. Le relatif. Je t’écris la guimauve, le changeant. J’ouvre des tiroirs dont les poussières s’échappent en silence. J’écris entre deux rives. » (p. 49)

Dans ce texte intime, Xavier Michel se livre donc, évoquant une facette de lui très personnelle, différente de celle de ses chansons. Poète, écrivain, il met les mots au service de sa pensée, parfois romantique, parfois plus crue. Je vous laisserai donc, en guise de conclusion, sur un magnifique passage autour de la femme :

« Elle traîne des épaves derrière elle. Malgré elle. Je sais qu’en plongeant trop profond dans son œil je pourrais perdre pied. J’aime cet équilibre dangereux. Je sais que je m’y perdrai mais je plonge.

Elle est aimant. Aimant trop l’humain.

Sur sa joue lisse passent des mirages comme sur le bitume brûlant. Tout l’univers tient dans sa main. » (p. 35)

Fabien Imhof

Référence :

Xavier Michel, Tu liras sur mes murs, Genève, Éditions Slatkine, 2019, 76 p.

Photo : © Fabien Imhof

[1] C’est ainsi indiqué sur le quatrième de couverture.

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *