Survivre au Mont-Blanc grâce à l’humour

L’Ultra Trail du Mont-Blanc est une des courses les plus exigeantes qui soient. Yohann Métay y a participé, alors que rien ne l’y prédestinait. Dans La Tragédie du dossard 512, il raconte son histoire, seul en scène, de son inscription jusqu’à l’arrivée. Avec humour et énergie !

Tout commence comme dans un film : une voix-off – qui est en fait celle de Yohann Métay, qu’on distingue à peine dans la pénombre – évoque l’exploit de l’homme qui se tiendra face à nous ce soir : avoir terminé l’Ultra Trail du Mont-Blanc. Autrement dit, une boucle de 170km, durant trois jours et deux nuits, autour du Mont-Blanc et en partant de Chamonix pour y revenir. Avant de s’inscrire, Yohann Métay n’avait jamais fait de sport et était même, selon ses dire, en surpoids. Comment en est-il arrivé là ? Un soir d’ivresse, dans un bar, où son orgueil a été piqué… Après cela, le voilà qui nous raconte toute sa préparation, ses galères, jusqu’au moment de la course. Les hauts et les bas, la faim, le froid, la soif, les hallucinations causées par les conditions difficiles… mais aussi comment il a géré son corps, jusqu’à l’arrivée à Chamonix.  Il relate certes son odyssée en lui donnant un côté décalé, mais tout est vrai (ou presque), !

Une énergie débordante

Quand on voit Yohann Métay sur scène, on se dit que son énergie a bien besoin d’être canalisée. La course est sans aucun doute un excellent moyen d’y parvenir ! Dans son spectacle, il n’hésite ainsi pas à donner de sa personne, avec une énergie d’abord corporelle. À grands renforts de mime, il nous fait vivre sa course, dans les moments les plus enivrants comme les plus difficiles. On aperçoit ainsi l’évolution de sa technique de course, les rendez-vous chez l’ostéopathe, la démarche compliquée par les ampoules au pied ou encore les passages en file indienne et en montée (allez, on vous demande un petit effort d’imagination…). Le comédien donne ainsi à voir, en lycra de course, à quoi peuvent ressembler les différentes étapes de ce trail.

Mais son énergie ne se limite pas à son corps. C’est aussi dans les mots qu’on la retrouve. Avec un impressionnant débit de paroles par moments, il enchaîne de nombreuses imitations : les marmottes devenues aguicheuses sous l’effet de la fatigue, les bénévoles qui pensent plus au bien-être de leur région qu’à celui des coureur·se·s, l’ostéopathe à la voix grave si apaisante… mais aussi l’orgueil, personnifié façon Nicolas Sarkozy et son célèbre mouvement d’épaule, ou encore le cœur qui joue du djembé. Bref, c’est toute une galerie de personnages que propose le comédien à travers ce seul en scène. Et le plus beau, c’est qu’il parvient à mélanger ces deux énergies dans des moments chantés, durant lesquels il revisite certains classiques à sa sauce. Un moment des plus marquants est sans aucun doute la réinterprétation du générique de Rémi sans famille, façon coureur solitaire et sans amis…

Un spectacle bien rodé

À la fin de la représentation, Yohann Métay nous explique qu’il joue ce spectacle depuis maintenant douze ans ! On comprend mieux l’aisance qu’il a face à ce texte diablement complexe. Le comédien se permet ainsi de jouer avec son public, commentant les réactions de ce dernier, interrogeant certaines personnes… Le tout pour récupérer des informations et en créer de redoutables running-gags – une petite pensée pour le professeur à la retraite et pour la directrice d’un collège français présent·e·s dans la salle ce soir-là, mais aussi à tous nos compatriotes suisses, auxquels la rivalité avec nos voisins a été bien répétée ! Loin d’être un texte figé, La tragédie du dossard 512 évolue d’ailleurs avec son temps, avec quelques mots bien sentis à l’égard de la politique française : si Sarkozy était largement parodié à travers l’orgueil – et sans doute dans le spectacle d’origine –, les allusions au pouvoir en place fonctionnent elles aussi très bien. Sans pour autant tomber dans un spectacle dénonciateur et engagé, Yohann Métay parvient à ancrer son histoire dans une réalité plus large.

Loin d’un spectacle élitiste ou réservé aux seul·e·s adeptes de course à pied, La tragédie du dossard 512 parle à tout le monde. Au-delà de parler d’une course, si difficile soit-elle, c’est aussi une leçon de résilience et d’autodérision que propose Yoann Métay. L’ovation finale était bien méritée.

Fabien Imhof

Infos pratiques :

La tragédie du dossard 512, de Yoann Métay, du 10 au 12 novembre 2022 au douze dix-huit.

Mise en scène : Yoann Métay

Avec Yoann Métay

https://ledouzedixhuit.ch/spectacle/dossard-512/

Photo : © le douze dix-huit

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

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