The Northman : à la conquête de son destin

Pour son troisième long-métrage au casting exceptionnel, Robert Eggers livre un récit épique sidérant dont la précision historique lui permet d’échapper aux eaux troubles du cinéma grand public. The Northman (2022) situe un scénario fictionnel marqué par la violence et la brutalité dans un cadre historique recréé avec une attention extrême au détail.

Situé aux alentours du Xe siècle, The Northman (2022) suit Amleth, un jeune prince viking tenace et sanguinaire, dans sa quête pour venger son père. Depuis le moment où son monde s’effondre devant ses yeux jusqu’à son dernier voyage aux portes du Valhalla, le guerrier, poussé par une rage viscérale, ne répond qu’à une devise : « I will save you, mother ; I will kill you, Fjölnir ; I will avenge you, father » (Je te sauverai, maman ; je te tuerai, Fjölnir ; je te vengerai, papa). Cette devise est une consigne dictée par les trois Nornes du destin ; il est donc impossible de s’y soustraire. Cependant, à différence du Hamlet shakespearien, d’ailleurs issu de la légende nordique mise en scène par Eggers, Amleth n’est pas un prince torturé par les subtilités du doute. Dans l’univers hyper-masculin recréé par le réalisateur, où la décapitation et l’éviscération sont des activités ordinaires, il n’est pas question de « to be or not to be » (être ou ne pas être), mais d’ « être » suffisamment longtemps pour faire payer ses ennemis.

Trois personnages féminins se détachent sur cette toile de fond, formée de sang, de testostérone et de boue : la reine Gudrún, mère d’Amleth, Olga, sa complice et amante, et Seeress, une sorcière qui lui rappelle son inéluctable destin. D’une manière ou d’une autre, la triade – représentation terrestre des trois déesses du destin ?– accompagne et guide le héros jusqu’à ce qu’il parvienne à ses fins. Détentrices de pouvoirs surnaturels, les trois femmes viennent ainsi renforcer la veine fantastique de The Northman, un film qui retrace par ailleurs avec une extrême précision des éléments du folklore nordique. Ainsi, le film oscille constamment entre le monde intérieur et la spiritualité très riches des vikings et la vengeance, le meurtre et la torture comme moyens de se mouvoir dans le monde.

Même si la trame de The Northman vous semble familière, cela vaut quand même la peine d’aller le voir au cinéma, car en plus de sa précision historique, le grand mérite du nouveau long-métrage d’Eggers est qu’il est tout sauf ennuyant. Bien qu’impuissant face à son destin, Amleth reste libre en ce qu’il peut vivre sans peur. C’est à vous de découvrir la manière dont les rouages de son sort s’engrainent pour le mener à une fin qu’il assume complètement, une fin digne d’un téméraire guerrier du Valhalla.

Abril Trujillo

Référence : The Northman de Robert Eggers, États-Unis, 2022, 2 heures et 17 minutes.

Photo : © DR

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