Les réverbères : arts vivants

Trois spectacles pour vagabonder

Le Scène Vagabonde Festival revient pour une septième édition. C’est encore le magnifique écrin du Théâtre Caecilia qui a été choisi cette saison. Du 27 août au 18 octobre, trois spectacles nous feront vivre, vibrer et rire ensemble.

C’est à une saison contradictoire que nous convie le Scène Vagabonde Festival : émouvoir, faire rire et pleurer, pour mieux appréhender le monde qui nous entoure. Il sera question de bousculer les certitudes et la morale, pour enrichir la réflexion. On y parlera politique, journalisme et harcèlement, mais il sera aussi question de droit, et notamment celui d’être défendu-e, quel que soit l’acte commis. Des sujets forts, d’actualité, mais terriblement nécessaires. Ou quand le théâtre joue à fond son rôle cathartique.

Dynamique de la démocratie et du pouvoir

Mathieu Delaporte et Alexandre de la Patellière sont surtout connus pour leur chef-d’œuvre Le Prénom. Dans Par le bout du nez, ils nous proposent un huis clos entre un président fraîchement élu et un psy. Le premier doit prononcer son discours d’investiture, mais à chaque fois qu’il répète, une terrible démangeaison le prend au bout de son nez. Si bien qu’il grimace et ne parvient plus à s’exprimer. Les meilleurs médecins du pays n’ont pas trouvé de solution, et il se pourrait bien qu’elle soit d’ordre psychologique. D’où l’intervention de ce spécialiste. Mais rien ne se passe comme prévu, entre un professionnel faisant preuve d’un cynisme à toute épreuve et un patient qui peine à se livrer et veut une solution rapide. Le duo Valentin Rossier – Mauro Bellucci fonctionne particulièrement bien : les rapports de force s’inversent, les egos s’entrechoquent, et c’est un véritable bijou d’humour et d’ironie qui nous est proposé. À (re)déguster sans modération, pour celles et ceux qui l’auraient manquée au Crève-Cœur ou souhaiteraient la revoir.

Va-et-vient amoureux sur fond de harcèlement

C’est ensuite une autre pièce présentée au Crève-Cœur – en 2017 cette fois – qui sera au programme, du 15 au 27 septembre. Quadrille, cela définit à l’origine une danse du XIXe siècle, qui se joue à quatre. Dans la pièce éponyme écrite par Sacha Guitry, c’est un quadrilatère amoureux qui nous est proposé. Si le texte semble ne pas avoir pris une ride, la réflexion qu’il instigue est toute autre. Mais parlons d’abord du propos : un jeune comédien tombe amoureux d’une autre jeune comédienne. Mais celle-ci lui a donné le nom de sa meilleure amie, journaliste. Et quand le premier finir par revoir l’actrice, et que l’amour est réciproque, le rédacteur en chef de la seconde, alors en relation avec la première, veut se venger, et propose à sa collègue de partager son lit. Vous suivez toujours ? En gros, l’amant trompé, par ego, va voir ailleurs, alors que son amante batifole avec légèreté. En 2026, notre regard sur ce type de relations a bien évolué, et on pourrait y voir une forme de harcèlement, ou de mise en avant du plaisir de la chair, sans sentiments. Comme quoi, si les mots n’ont pas pris une ride, notre regard dessus évolue. Et cela pourrait bien s’avérer très intéressant…

Immense performance, justesse et injustice

C’est avec notre grand coup de cœur de la saison 24-25 que se conclura cette édition du Scène Vagabonde Festival. Présenté en avril 2025 aux Amis musiquethéâtre, Prima Facie consacre l’impressionnante Anna Budde, dans une mise en scène sobre et terriblement efficace d’Elidan Arzoni. Le titre du spectacle évoque, en droit, une preuve permettant d’établir des faits, jusqu’à être réfutée. En éthique, cela désigne des devoirs moraux évidents, qui vont de soi. Sauf que c’est tout le contraire qui se déroule sous nos yeux. Tessa, jeune et brillante avocate, est spécialisée dans la défense d’hommes accusés d’agressions sexuelles. Elle soutient bec et ongles que tout le monde a le droit d’être défendu, quitte à jouer sur les failles de la loi. Jusqu’au jour où tout bascule… Prima Facie, c’est un texte bouleversant, puissant, pour une interprétation d’une justesse rare. La justice y est analysée grâce à la fine écriture de Suzie Miller. 1h40 qui laisse sans voix, et où seuls cinq mots résonnent encore : « Il faut que ça change. »

Au Théâtre Caecilia, on va donc rire, être ému-es, sans doute aux larmes. Mais on va aussi et surtout réfléchir à notre société, à ses grands principes, à celles et ceux qui nous dirigent, aux mécaniques du pouvoir, du patriarcat, des relations humaines tout simplement.

Fabien Imhof

La programmation complète et les détails de chaque spectacle sont à retrouver sur le site du Scène Vagabonde Festival.

Photo : © Scène Vagabonde Festival

Fabien Imhof

Co-fondateur de la Pépinière, il s’occupe principalement du pôle Réverbères. Spectateur et lecteur passionné, il vous fera voyager à travers les spectacles et mises en scène des théâtres de la région, et vous fera découvrir différentes œuvres cinématographiques et autres pépites littéraires.

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