Un duo façon Dalton

Du jeudi au samedi, jusqu’au 26 mars, Le P’tit Music Hohl accueille Christian Savary et Jessie Kobel dans Une cellule grise pour deux, où l’histoire de deux braqueurs ratés aux caractères contradictoires. Un duo comique qui fonctionne très bien !

C’est l’histoire, banale, de deux braqueurs qui se font attraper alors qu’ils cambriolaient une maison. Michel (Christian Savary) est un gros dur au caractère bien trempé, du haut de ses vingt ans d’expérience sans jamais être arrêté. Quant à son complice, Serge (Jessie Kobel), on le surnomme « La Hyène » parce qu’il rit tout le temps. Un peu benêt, son plus grand fait d’armes est le braquage d’un kebab, en pleine journée, où tous les policiers du poste d’en face étaient en train de manger. Voilà qui en dit long… Sur la scène, on suit donc leur cambriolage raté, leur arrestation, l’interrogatoire et tout ce qui s’en suit, jusqu’à leur séjour de 4 ans en prison.

Un duo qui fonctionne

Les codes du duo comique sont bien respectés : un leader charismatique en forme de gros dur au cœur finalement plus tendre qu’il n’y paraissait ; un comparse un peu stupide auquel on finit par s’attacher. On pourrait les comparer à Joe et Averell Dalton : le premier a des plans millimétrés, alors que le second ne fait que suivre, sans vraiment écouter tout ce qu’on lui dit. Il faut dire que son manque de vocabulaire ne l’aide pas… Et Michel passera son temps à s’arracher les cheveux qu’il n’a plus pour tenter de lui faire comprendre des choses. On retrouve le décalage propre aux grands duos, tels Chevallier et Laspalès, bien que le personnage campé par Christian Savary ait un peu moins de patience que son illustre collègue…

Bref, le duo fonctionne, parce que les comédiens sont très complices – bien plus que leurs deux personnages. C’est le décalage entre leurs personnalités et leurs compétences respective qui crée l’effet comique. On a en tête le Tais-toi ! de Francis Veber, où Jean Reno (Ruby) n’est animé que par la vengeance et l’envie de meurtre, alors que Gérard Depardieu (Quentin) fait tout pour le rendre plus gentil, avec ses capacités intellectuelles quelque peu limitées…

De nombreuses références

Outre ces références bien connues, Christian Savary, qui signe également le texte du spectacle, fait appel à un nombre incalculable de références – dont certaines nous ont sans doute échappé. Sa tentative de plaidoyer pour sa défense se transforme ainsi en une suite de citations de discours célèbres, du I have a dream (devenu I am a dream) de Martin Luther King au Je vous ai compris ! du Général de Gaulle qui n’obtiendra pas l’effet escompté…

Une cellule grise pour deux, c’est aussi, comme on pouvait s’en douter en lisant le titre, une succession de jeux de mots et autres calembours autour de la prison, du métier de braqueur et de tant d’autres choses. Certains sont d’ailleurs parfois tellement douteux que les deux comédiens eux-mêmes peinent à se retenir d’en rire…

Mais c’est aussi cela qu’on aime : cette autodérision et cette capacité de jouer avec le public quand certaines vannes fonctionnent moins bien, ou sont un peu trop alambiquées. On perçoit d’ailleurs l’admiration de Christian Savary pour le travail d’Alexandre Astier avec quelques formules empruntées aux personnages de Kaamelott et une attitude qui n’est pas sans rappeler celle de Lédoagan, roi de Carmélide : un personnage dur, en charge de la défense du royaume et donc très porté sur la condition militaire et la torture. Les détails donnés par Michel lorsqu’il menace Serge de le démembrer nous rappellent bien certaines attitudes de ce personnage…

Avec toutes ces références, on sort quelque peu d’une pièce de boulevard classique, tout en gardant les codes du duo comique qui font que ce spectacle fonctionne. Loin d’être un spectacle grandiloquent qui amène à une réflexion sur la société, Une cellule grise pour deux n’en demeure pas moins un excellent divertissement, où l’on rit beaucoup. Et cela fait du bien en ce moment !

Fabien Imhof

Infos pratiques :

Une cellule grise pour deux, de Christian Savary, les jeudis, vendredis et samedis, du 3 au 26 mars 2022 au P’tit Music Hohl.

Mise en scène : Christian Savary, avec la collaboration artistique de Laurent Deshusses

Avec Christian Savary et Jessie Kobel

http://musichohl.ch/spectacles/

Photo : © P’tit Music Hohl

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *