Le banc : cinéma

Une enquête inattendue

Les Pistolets en plastique s’inspire très librement de faits réels, nous dit-on en préambule. Jean-Christophe Meurisse propose une comédie complètement décalée et loufoque sur fond d’enquête, dans une dimension grotesque totalement assumée.

Léa (Delphine Baril) et Christine (Charlotte Laemmel) sont deux enquêtrices amateures obsédées par l’affaire Paul Bernardin. Cet homme avait tué sa femme et ses deux enfants avant de les enterrer dans le jardin et de disparaître totalement de la circulation. Les deux comparses se rendent donc dans la maison familiale, abandonnée depuis, pour tenter d’en savoir plus et d’y trouver des indices. Mais alors qu’elles pensent avoir une piste pour retrouver le meurtrier en Argentine, elles entendent à la télévision qu’il aurait été arrêté au Danemark, sous le nom de Michel Uzès (Gaëtan Peau). Zapatta (Anthony Paliotti), l’indic qui a donné l’info à la police, est en passe de devenir un héros… ou de tomber totalement en disgrâce, s’il s’avère qu’il s’est trompé. Il va désormais falloir démêler le vrai du faux, et le rôle de nos deux enquêtrices amateures n’est sans doute pas terminé.

Un côté grotesque complètement assumé

Dès la scène d’ouverture, le ton est donné. Deux médecins légistes (Fred Tousch et Jonathan Cohen), alias John et Jhonny découpent un thorax tout en discutant de théories du complot et de l’idole qu’est pour eux Zavatta. L’histoire de cet homme si mystérieux est poussée à l’extrême – il aurait même remplacé Catherine Lara pendant un temps ! – alors que les deux compères manipulent les organes du cadavre qu’ils auscultent. On le comprend bien vite, ce film sera complètement absurde, avec un côté gore bien présent, rappelant certaines scènes de Tarantino… mais à la française. Cette première impression se confirme d’ailleurs par la suite, dans de nombreuses scènes. On peut par exemple évoquer l’interrogatoire du présumé Paul Bernardin par le fantasque Rasmus (Hector Manuel), puis par l’intransigeante Commissaire Hammer (Anne-Lise Heimburger), qui poussent l’art du gentil et du méchant flics à son paroxysme. Il y a aussi le monologue de la concierge de l’immeuble voisin de celui de Bernardin, qui devient totalement lunaire à force d’être réac. On est obligé de citer la visioconférence entre les policiers danois et leurs homologues français (Vincent Dedienne et Aymeric Lompret), qui ne maîtrisent ni l’anglais, ni la connexion internet. La liste pourrait s’allonger à l’infini tant les scènes loufoques s’enchaînent, comme celle de cette femme enceinte (Nora Hamzawi), qui raconte sa grossesse et ses précédents accouchements dans les moindres détails à un Michel Uzès qui n’en peut plus…

Pourtant, le sujet pouvait paraître sérieux de prime abord. Cet homme qui massacre sa famille en leur explosant la cervelle à l’aide de son fusil de chasse, qui disparaît ensuite refaire sa vie ailleurs, que l’on croit voir partout et qu’on ne retrouve pourtant jamais… cela nous rappelle une affaire célèbre et toujours pas résolue à ce jour. Même la trame pourrait faire penser à un polar : on a une enquête, même si les enquêtrices sont amateures, une arrestation par les Danois, réputés très sérieux, des informations qui fuitent dans la presse… On peut alors se demander pourquoi Jean-Christophe Meurisse a choisi cet angle ? Sans doute pour explorer une approche qui n’avait pas encore été abordée… mais aussi et surtout pour nous montrer qu’on peut rire de tout. Et force est de constater que, même si l’on peut être sceptique, cela fonctionne plutôt bien !

À ne surtout pas prendre au premier degré

Si on s’attend à un véritable polar, on ne peut évidemment qu’être déçu·e. Il ne s’agit ni d’un polar, ni d’un thriller. Il n’y a d’ailleurs pas véritablement de suspense, les réponses à nos questions nous étant rapidement données – sans que les personnages ne le sachent, en revanche. Les pistolets en plastique est véritablement une comédie poussée à l’extrême dans sa dimension absurde, mais aussi dans le côté gore – évoquera-t-on les yeux arrachés à la cuillère ? C’est un film à regarder entre amis, pour une soirée sans prise de tête, dans la lignée d’histoires comme La Cité de la Peur, Rrrrrr, ou encore C’est arrivé près de chez vous, ce faux documentaire à la sauce gore avec Benoît Poelvoorde. La dimension parodique est ainsi bien présente. On pense à Zapatta et son excès de charisme, façon super-enquêteur américain… mais qui se fait rapidement rabrouer par sa femme. On pourra aussi souligner la caricature de la police française, alors que les négociations pour rapatrier l’un des criminels les plus recherchés du pays sont confiées à deux incompétents notoires.

Les Pistolets en plastique s’empare ainsi des codes du polar et de l’actualité pour jouer avec, les tordre dans tous les sens et proposer un résultat tout à fait inattendu. On évoquera aussi la présence de jolies têtes d’affiche, dans de courtes apparitions à l’écran : François Rollin, Jonathan Cohen, Vincent Dedienne, Aymeric Lompret, Nora Hamzawi… Sans oublier le côté gore. En fait, la scène initiale que nous évoquions un peu plus tôt contient déjà tous les ingrédients du film. C’est là, véritablement, que réside la subtilité du grotesque : on ne peut pas dire qu’on n’était pas prévenu·e. Si on devait résumer notre pensée à propos de ce film, on pourrait dire que le trait est forcé un peu partout, mais que le ridicule ne tue pas.

Fabien Imhof

Référence :

Les Pistolets en plastique, réalisé par Jean-Christophe Meurisse, France, sortie en salles le 24 juillet 2024.

Avec Delphine Baril, Charlotte Laemel, Gaëtan Peau, Anthony Paliotti, Laurent Stocker, Juana Acosta…

Photos : ©DR

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

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