Une ode à la vie en faveur de l’humanisme

C’est devant une salle comble que Denis Maillefer, co-directeur de la Comédie de Genève nous reçoit, en langue italienne, pour nous présenter La Gioia, de Pippo Delbono. Le lyrisme  s’inscrit comme étant le fil rouge de la pièce, rythmé par sa poésie et ses silences. Cette pièce a été présentée du 20 au 24 novembre 2019.

L’auteur de La Gioia nous convie, à travers son texte, à un voyage, la traversée d’une vie empreinte d’angoisses, de douleur, de bonheur et d’enthousiasme, une invitation à expérimenter ce chemin, à nous dépasser et à vivre avec humanité.

La chanson de Bobby Mc Ferry, Don’t worry be happy, accompagne le premier tableau, qui s’ouvre sur un tapis de verdure qui fleuri petit à petit, arrosé par un homme en imperméable rouge. Pippo Delbono joue son propre rôle, il entre en scène avec ce bout de phrase  « un chemin vers la joie » et nous présente les protagonistes de sa pièce, des acteurs/performeurs extraordinaires. La danse se déploie alors : un solo de tango. On apprend que Pippo a des amis, Nicola et Bobò ; l’un est fou, l’autre, sdf. Apparaissent ensuite différents personnages, dans des costumes noir ou blanc savamment originaux, qui dansent et miment, sur une musique de ballet. Tout au long de la découverte des tableaux qui s’enchainent, nous pénétrons dans l’univers de Delbono, qui nous livre sa vie au quotidien, ses ressentis.

La folie est un des thèmes avec lequel Pippo cohabite, auprès de ses amis. Avec pour fond sonore un air d’opéra, il nous fait part de la vie d’un homme qui a tout pour lui, tout pour vivre pleinement heureux, qui ne ressent rien, mais est dans une grande souffrance. Les tableaux s’enchaînent : un texte poétique sur Bouddha, une comédienne qui danse une bossa nova. Et à Pippo de s’écrier : « Dov’è la gioia ?  (Où est la joie ?) La scène suivante est jouée sur de la musique moderne ; un chanteur déguisé en femme vêtue de bleu, Gianluca chante une chanson d’amour. Accrochée au plafond, une boule à facette scintille : la misère humaine. L’aliénation est inhérente, elle habite chacun des personnages, chacun est fou à sa manière, évolue avec et en souffre.

S’ensuit une histoire de chamane, où l’auteur nous parle de son ami Bobò, âme de son théâtre, décédé, qui était sourd et muet. Pippo l’avait kidnappé pour qu’ils puissent vivre ensemble, alors qu’il végétait dans un établissement psychiatrique. Moment de silence requis en l’honneur du disparu.

La vie est cyclique, nous remémore l’auteur, la naissance, la mort, la tristesse, la peur, la joie, traverser des moments heureux et d’autres moins heureux et ainsi de suite sont des parties intrinsèques à la mise en scène. En effet, cette œuvre lyrique est composée de musique, de danse, de couleurs, de compositions florales. Au fil du récit de Delbono ressortent des sentiments décrits dans son texte, des questionnements sur le cours de la vie et de ce dont elle est composée. Ces sentiments nous touchent au plus profond de nous-même, ils nous projettent dans notre propre vie.

Les protagonistes sont alors vêtus de costumes féériques, colorés, plus originaux les uns que les autres. En cortège, ils posent en groupe, clin d’œil à Fellini. L’univers sur scène est à présent un plateau qu’un des comédiens couvre de feuilles, puis orne de gerbes de fleurs. Le contexte change à nouveau, nous avançons dans le voyage, et passons de la tristesse à la joie. Pippo conte un poème sur les fleurs puis répète : « Siamo contenti , siamo contenti, siamo contenti », (nous sommes contents ») dans l’espoir que le public se joigne à lui. Le public, lui trop absorbé et contemplatif n’a pas réagi, contrairement aux attentes de l’auteur.

Pippo Delbono n’est pas lui-même sur scène ; cela va au-delà  dit-il, sa manière de nous expliquer son intervention, sa création ; il témoigne de quelques chose qui est plus grand que lui-même. Tout au long, sa voix accompagne le voyage, laissant apparaître force et tendresse. Il donne et il reçoit. Il aime à travailler avec des gens différents, des gens qui croisent son chemin, et pas uniquement s’entourer de comédiens, il s’agit là de personnes qui sont dans la souffrance, la maladie, de vraies personnes. Cet auteur met en scène la variété de gens dont est composée la vie, sa vie, notre vie. Il cherche avec son œuvre à nous questionner sur nos fondements, nos choix, notre chemin, il nous émeut et c’est réussi. Pour lui le spectacle lyrique est un rituel de communication, « on fait le spectacle ensemble, mes amis, le public et moi ». Pari gagné !

 Valérie Drechsler

 Infos pratiques :

La Gioia, de Pippo Delbono à la Comédie de Genève du 20 au 24 novembre 2019.

Mise en scène : Pippo Delbono

Avec Dolly Albertin, Gianluca Ballarè, Margherita Clemente, Pippo Delbono, Ilaria Distante, Simone Gaggiano, Mario Intruglio, Nelson Lariccia, Gianni Parenti, Pepe Robledo, Zakria Safi, Grazia Spinella

Photos : © Luca del Pia

Valérie Drechsler

Le cœur et l’esprit de Valérie vibrent au rythme des découvertes de créations artistiques ; théâtre, danse, musique, cinéma, beaux-arts. Née dans le monde culturel, elle a étudié les arts, y travaille et cultive cette richesse qui sans cesse appelle à être renouvelée.

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