Voguer, dans son propre corps

Au temps des réouvertures, le Galpon se mouille ! Dans Tropique, qui n’est ni un spectacle, ni un spectacle facile d’ailleurs, cinq danseuses illustrent ce que pourrait être un voyage… rien qu’avec soi, autour de soi, en soi. Prêt·e·s pour une heure de poésie en live ?

Des forces immuables

La metteuse en scène Marion Baeriswyl nous aura concocté un bon petit nid douillet, afin que la transition entre le chez-soi et le monde du théâtre se fasse en douceur. Spectatrices et spectateurs encerclent la scène – un dispositif quadri-frontal intéressant -, ils se regardent. Se re-regardent, puisqu’il y avait longtemps que l’on ne se côtoyait plus si rapprochés. Quelques rayons de lumière pour que l’on rejoigne son coin de nid puis la pénombre – qui appelle une musique à la frontière entre électro et wave-music d’une fin de soirée berlinoise. Elles, les danseuses sont déjà là avant nous comme si elles l’avaient toujours été. Parce qu’il s’agit entre autres de ce sentiment de pérennité mais aussi d’impermanence durant cette performance d’une heure : Là-bas, en dehors de la scène, on nous interdit les déplacements, d’accord… mais se mouvoir avec son corps, agiter les bras, être immobiles, s’agenouiller – tous ces micro-mouvements ne nous auront jamais quittés. Et ils nous permettent également de changer de réalité, de se sentir différent et ailleurs. Hop, les danseuses bougent les pieds, touchent l’air d’une ouverture de bras soudaine… Elles n’ont jamais cessé de le faire. Pérennité et impermanence, donc.

L’ukiyo-e

Les couleurs pour encadrer la danse sont d’une douceur absolue, vous verrez ! Teintes roses, bleutées ou vert d’eau, couplées à des motifs sélectionnés et finement ajustés aux différentes morphologies de ces cinq corps féminins – Nous n’observons pas, je dirais plutôt que notre regard est absorbé par les pastels et les formes.

Et bien que la simplicité de la chorégraphie et du procédé puisse d’abord effrayer – oui, car il n’y rien à attendre au-delà des vibrations des danseuses –, elle conquiert, elle fait planer. Vous savez planer, de planeur, loin dans l’air et pourtant, les voilà toutes les cinq sur le sol. Cela dure une heure, la mesure est bonne pour ne pas tomber dans le déjà-vu. Cette profondeur derrière la simplicité rappelle l’ukiyo-e, période artistique dans le Japon des XVII et XVIIIe siècle, durant laquelle fleurissent les estampes japonaises sur bois. On y retrouve un attrait pour les motifs bariolés dans un fond calme, une petite somme de couleurs autorisée par la censure et des scènes de la vie. L’ukiyo-e, signifiant « images du monde flottant », défend l’idée d’un art accessible et à la portée de tous. Tropique, c’est aussi ça : montrer que l’on est tou·te·s à même de devenir paysage et de se promener chez soi, enfin, tout de même en faisant quelque effort !

Laure-Elie Hoegen

Infos pratiques :

Tropique, de Marion Baeriswyl, du 20 au 30 mai au Galpon, Maison pour le travail des arts de la scène.

Chroégraphie : Marion Baeriswyl

Avec Noémi Alberganti, Aïcha El Fishawy, Bérénice Fischer, Erin O’Reilly et Luisa Schöfer

https://galpon.ch/saison/tropique/

Photos : © Elisa Murcia Artengo

Laure-Elie Hoegen

Laure-Elie H. souhaite contempler, observer puis archiver et causer de la vie des scènes romandes. Voici ce qui la nourrit parallèlement à son parcours partagé entre germanistique, dramaturgie et pédagogie. Vite, elle vous attend au café des Planches ou pour une lecture inattendue !

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