Traurige Freiheit : Le grand départ raté / Ich gehe doch lieber nicht

Traurige Freiheit:

Le grand départ, raté / Ich gehe doch lieber nicht

Zwei Seelen wohnen, ach! in meiner Brust. Parce qu’il y a surement une présence germanique dans votre arbre généalogique, La Pépinière fusionne deux grandes régions linguistiques suisses et vous propose des articles culturels pour une (re)découverte de l’allemand.

Pour vous, l’allemand, c’est … et c’est à vous de jouer, dans les deux langues ! (Et qu’on ne se préoccupe pas des fautes !) Expliquez-nous votre choix en bref en allemand et ce qui vous a plu, en détail, en français !

Illustrez votre coup de cœur, parlez-nous d’un Renner, Knaller oder Kleinod, les pieds en éventail, confortablement posés sur le fauteuil d’Oma & Opa.

Notre pigeon de la Pépinière tient à son perchoir, mais non le crachoir !

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Traurige Freiheit:

Le grand départ, raté / Ich gehe doch lieber nicht

Warum Traurige Freiheit?

Fehlstart, harte Nuss mit weichem Kern, traurige Freiheit… Die Wörter, die auf Nuancen anspielen, und uns fern von einer schwarzweissen Perspektive halten, gefallen mir sehr. Und vielleicht beachtet man sie nicht genug… Warum sollte auch ein Start immer gelungen sein? Oder eine Freiheit uns den grossen Flug ermöglichen? Welchen Wert hat das Ungenaue, das Spontane – die improvisierte Transition? Der Debütroman von Friederike Gösweiner, der beim Droschl Verlag 2016 veröffentlicht wurde, zeigt uns die weitverbreitete Eigenschaft hin, sehr schnell – zu schnell – enttäuscht zu werden, wenn die Dinge nicht genau wie geplant laufen. Doch, der Reiz der Umwege, der kleinen Niederlagen, sowie der Enttäuschungen, der Reue über das Verpasste, brauchen wir diesen nicht als Gegenpol, damit wir die Zufriedenheit, ja den Erfolg erkennen?

Die Heldin Hannah wollte ihr ganzes Potential realisieren, nach Berlin ziehen, alles dafür aufgeben (das gemütliche Nest und den Freund Jakob) und versuchen, durch ein Volontariat, den Einstieg in eine journalistische Karriere zu schaffen. Die harten Opfer, welche diese zwei Monate ihr abverlangten, machten dem sanften Traum, es zu schaffen, Platz. Die starke Sehnsucht nach Neuem trieb sie an, wie es das Neon-Cover (des Buches) bereits andeutet. Neon leitet sich aus dem Griechischen néos, « neu» ab.

Die Leser können, dank des Erzähltons, schnell mit Hannah mitfühlen. Plötzlich 30, da hat sie den Eindruck, dass die grosse Freiheit vor ihren Augen steht und fragt sich: was nun? Sie kann wie gewohnt ihren Alltag weiterleben, sie kann diesen aber auch umgestalten und etwas aufpeppen! Mal wieder etwas Neues reinbringen und dann findet sie sich plötzlich in der berüchtigten Flucht nach vorn wieder und tendiert dazu, alles auf den Kopf zu stellen. Die Freiheit öffnet ihr den Weg, welcher in einem freien Fall in den Höhlenschlund endet: Immer neue Etappen, die leider nichts Gutes mit sich bringen.

«Das System basierte ja gerade auf dem Unterschied. Es musste also jemanden geben, der Pech hatte, jemanden, der verlor. Sie hatte nur nie gedacht, dass sie einmal zu den Verlierern zählen könnte. Alles war möglich, immer wieder hatte sie das gehört. Aber nie hatte sie daran gedacht, dass das auch das Scheitern implizierte.» (Traurige Freiheit, S. 45)

Am Ende hängt Hannahs Magen hinunter bis in die Kniekehlen. Hannah trifft ihre beste Freundin auf Skype, bekommt Nachrichten, als diskrete Erinnerungen an eine vergangene Liebe mit Jakob, eine Zeit in der sie noch einen festen Platz in der Welt hatte. Aber die Verführung, die Hypnose des freien Lebens im Prekariat hält an und treibt sie durch das Gefühl ihrer eigenen Nutzlosigkeit an. Selbstzweifel und -erniedrigung sitzen bei ihr fest im Sattel. Ihr freier Wille ist schon lange durch ihre Rolle des hoffenden Selbstoptimierers ersetzt, der sich auf den Bewerbungsbühnen der endlosen Kreativunternehmen der Hauptstadt den Traum eines freien Lebens hinüberzuretten versucht.

Der Roman absorbiert – und dafür denkt man unmittelbar an die Heldin Lol V. Stein von Marguerite Duras im Roman Die Verzückung der Lol V. Stein. Doch selbst in dieser Spirale ist an Nuancen zu denken, nicht? Fehlstart ist auch ein Grund zu feiern. Und wie.

Etwas länger/en détail… :

Fêter ses 30 ans et avoir la lourde impression que quelque chose n’est toujours, ne sera, n’a pu être atteint tant l’œil ne cesse d’être porté vers les manques, et qu’importe le domaine ! Bon sang ! L’on pourrait facilement se laisser happer par ces affres tortueuses à la lecture du premier livre de Friederike Gösweiner, Traurige Freiheit, paru aux Editions Droschl en 2016. Une triste liberté pourrait-on traduire littéralement, qui désigne cet état d’entre-deux, de transition lorsque l’on pensait – comme Hannah, cette jeune Allemande éprise de Jakob depuis quelques années – épouser la grandeur d’un nouveau départ dans une ville affriolante – Berlin – et que l’on se retrouve à porter des tasses de café d’un client à l’autre, avec la rage au ventre d’avoir loupé le coche, la bonne porte à laquelle il aurait fallu sonner, plus tôt ou ailleurs.

«Das System basierte ja gerade auf dem Unterschied. Es musste also jemanden geben, der Pech hatte, jemanden, der verlor. Sie hatte nur nie gedacht, dass sie einmal zu den Verlierern zählen könnte. Alles war möglich, immer wieder hatte sie das gehört. Aber nie hatte sie daran gedacht, dass das auch das Scheitern implizierte.» (Traurige Freiheit, S. 45)

« Le système reposait justement sur cette différence. Quelqu’un devait avait la poisse, quelqu’un devait perdre. Simplement, elle n’avait jamais pensé qu’elle pourrait faire partie des perdants. Tout était possible, c’est ce qu’elle avait entendu sans cesse. Mais elle n’avait jamais pensé que cela incluait les échecs. »[1]

La couverture néon m’a sauté aux yeux dans une petite librairie d’Innsbruck, pour les couleurs pétillantes dont elle était parée et pour la discrète allusion à une ouverture, un élan qu’implique le néon, du grec néos, “nouveau”. Le néon brille, une fois titillé par des décharges électriques, d’un bel orange-rouge qui caractérisait, à mes yeux, le peps de la jeune héroïne. Hé bien que nenni, il n’y aura pas d’ascension couronnée de frais succès !

Hannah a décidé de quitter le couple cocon casé dans les basses Alpes d’Allemagne – tout ce qui était acquis (peut-être trop simplement ?) – dans l’espoir de débuter une carrière de journaliste à Berlin, en ne refusant pas l’option du stage ou du volontariat. On ne l’attend pas et elle a, fort heureusement, l’appartement de sa grande amie Myriam pour reposer son âme d’aventurière. Le narrateur la suit de près, on apprécie la grande porte ouverte sur tous ses questionnements, ses attentes et c’est ce qui nourrit notre lecture. Partir à l’inconnu, d’accord, mais être juché sur l’oreille de l’héroïne, c’est une façon de comprendre ce qui motive tant de jeunes à partir au moindre appel. A la lecture de l’ouvrage, on aimerait chuchoter à l’oreille d’Hannah qu’il est aussi possible de vivre l’aventure en ne changeant pas de paillasson chaque année – Le changement n’implique donc pas le seul déplacement et l’effort est de mise.

L’échec d’Hannah s’installe petit à petit dans le fil du récit et émeut. Elle tente, teste tous azimut, puis retombe. L’auteure ne concentre toutefois pas uniquement sur le personnage féminin et ne raye pas – à la façon d’Hannah – Jakob de la carte. Ce dernier envoie des « ? » à son ex-dulcinée, lui donnant ainsi tout l’espace libre qu’elle souhaitait tout en lui montrant, quand même, qu’il tient à elle. Cette communication un peu télégraphique ne semblait pas gagnée d’avance… et les dessins d’Anne Pélissier le rendent bien.

„Ich möchte doch nur sehen, ob ich überhaupt gut genug bin. Ob ich eine Chance habe in Berlin. Ein halbes Jahr oder ein ganzes. Mehr nicht. Ist das so viel verlangt?“, fuhr sie fort, suchte Jakobs Blick, seine Augen. Aber er sah jetzt an ihr vorbei, sah zum Fenster hinaus, schluckte, schwieg, er schwieg lange, und sie schwieg auch. (…) Immer wieder hatten sie die gleiche Diskussion geführt in den letzten Wochen, seit Hannah die Zusage bekommen hatte für das Volontariat bei der Zeitung in Berlin.» (Traurige Freiheit, S. 8)

« J’aimerais juste voir une bonne fois pour toutes si je suis assez bonne. Si j’ai une chance à Berlin. Une demi-année ou toute une année. Pas plus. Est-ce trop exiger ? », poursuivit-elle, en cherchant le regard, les yeux de Jakob. Mais il ne la regardait plus, il fixait la fenêtre, ravalait sa salive, se taisait, il se tut pendant longtemps, et elle se tut aussi. (…) Ils avaient eu, au cours des dernières semaines, la même discussion à plusieurs reprises, depuis qu’Hannah avait reçu le feu vert pour un volontariat dans un journal à Berlin. »

La traduction en français devrait arriver sous peu – mais la langue autrichienne de Gösweiner est simple, sans tournures de langue inaccessibles. L’écriture est fine, le rôle donné aux relations travaillé et sensible. Et bien lorsque l’on voit ce gros nuage d’espoirs venir au loin et menacer, on se prend à penser que les débuts professionnels sont une période de troubles à traverser, avec peut-être la nécessité de développer d’autres projets parallèlement, comme des bouées de sauvetage quand la tête déraille. Il y a, en effet, tellement d’autres évènements à fêter qu’un mauvais départ.

Laure-Elie Hoegen

Repères temporels : Où tomber sur Friederike Gösweiner, par hasard ? Ce sera sûrement du côté du Tirol, entre vaux et vallées enneigées – une terre ravissante, pourtant clouée au pilori par l’auteur Thomas Bernhard dans plusieurs de ses ouvrages. L’auteure contemporaine Gösweiner travaille comme critique pour plusieurs journaux autrichiens et débute son activité d’écrivaine avec Traurige Freiheit.

Références : 

Pour son livre.

Dessins : Anne Pélissier

[1] Les traductions sont gracieusement proposées par Lucille Badaire Soustelle !

Laure-Elie Hoegen

Nourrir l’imaginaire comme s’il était toujours avide de détours, de retournements, de connaissances. Voici ce qui nourrit Laure-Elie parallèlement à son parcours partagé entre germanistique, dramaturgie et pédagogie. Vite, croisons-nous et causons!

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