À Las Vegas pour le meilleur ou pour le pire ?

Showgirls du cinéaste Verhoeven revisité par Marlène Saldana et Jonathan Drillet est présenté au Théâtre St-Gervais en coréalisation avec La Bâtie-Festival de Genève. Ce monologue frénétique porte sur les planches, le nom de Showgirl.

Les auteurs présentent ici une composition qui s’apparente davantage à une performance qu’à une pièce de théâtre. Nous y retrouvons de la danse, du chant, et une partition textuelle poussée à son extrême, sur un arrière fond de musique techno. Bienvenue à Las Vegas !

Marlène Saldana apparaît dans un espace mi-obscur, portant une robe noire sur laquelle un corps de profil est dessiné. Une prédominance ronde et rouge, sur le haut, représente son téton.

Nomi, campée par Marlène Saldana raconte son amitié avec Molly, une autre danseuse, et son arrivée à Las Vegas avec une simple valise. C’est l’histoire d’une jeune femme qui quitte la Californie car elle ambitionne de devenir riche et célèbre à Las Vegas. La comédienne prend position dans son texte et fera une allusion à la pédophilie en citant Woody Allen. Le thème de la prostitution sera également évoqué au cours du monologue car dans ce haut lieu de dévergondage où règne le sexe et l’argent, tout s’achète. On est amené à se poser la question : à Las Vegas uniquement ou dans le monde entier ? Le sexe et l’argent ont toujours été ce qui fait tourner le monde, non ?

Sur scène, un volcan – caverne et sa décoration kitsch en rose et blanc brillant, un rocher, un luminaire gigantesque en cristal sous forme  de pénis nous fait sous-entendre que le pénis régente le monde. Le volcan entrera en éruption à un moment donné, faisant allusion à une éjaculation. Dans ce contexte scénographique, la lave, le sang, le justaucorps de Molly fait de rouge et d’or sont liés. Les costumes de Jean-Biche dans la verve de ceux des drag-queens, intensifient l’image de la misère humaine. Les fonds de lumière rouge, la fumée, le volume de la musique nous portent dans l’univers de ces shows.Le thème du goût ou plutôt du mauvais goût apparaît très clairement dans les personnages que joue Marlène Saldana. Tant dans un rôle d’homme pour le directeur artistique cynique qui interviewe les danseuses, tant en tant que femme et danseuse suave de Las Vegas. On remarque notamment sa déambulation maladroite, ses pas de danse par secousses, ses cris et ses miaulements, ses mimiques du visage, ses blagues d’un goût douteux qui expriment l’extravagance, le grotesque. Le côté malsain de cet environnement superficiel ressort par le biais des paroles de Marlène, qui exprime les souffrances imposées aux personnes défavorisées essayant de survivre. Le pénis-lustre illuminé d’une taille imposante, que la comédienne viendra lécher est également synonyme de la démesure que représente un lieu comme Las Vegas. Plus spécifiquement, il est le symbole lubrique que Monsieur Moos, qui a élu Nomi pour faire partie de son show, représente.

Difficile d’être convaincu du lien que souhaitent démontrer les deux auteurs entre Paul Verhoeven et le théâtre de Beckett. Si ce n’est le torrent de mots de la comédienne qui parfois sont inaudibles, tant la musique prend le dessus. Une manière de prouver que pour beaucoup la vie est faite de vacuité ? Alors qu’elle a tant à nous procurer. La musique techno-punk de Julia Lanoë fait partie intégrante de ce monologue, parfois elle le porte parfois, elle le couvre. Elle s’intègre absolument bien dans ce contexte car elle évoque des thèmes liés au sexe, à la violence et aux problèmes sociétaux.

Showgirls de Verhoeven et Showgirl de Saldana et Drillet bien qu’abordant la même histoire, les mêmes problématiques, sont deux œuvres bien différentes sous tous leurs aspects. On pourra aimer le film et ne pas aimer la performance et vice-versa. Le film est plus sombre, plus triste et la performance elle, est plus critique, moins violente, plus actuelle, elle nous questionne davantage mais aussi nous guide vers des réponses qui somme toute sont évidentes.

Valérie Drechsler

Infos pratiques :

Showgirl, un monologue signé Jonathan Drillet et Marlène Saldana, d’après Showgirls de Paul Verhoeven (1995). Création en coréalisation avec la Bâtie-Festival de Genève, au Théâtre Saint-Gervais, du 4 au 6 septembre 2021.

Mise en scène : Jonathan Drillet et Marlène Saldana

Décor : Sophie Perez / Stylisme : Jean-Biche

Avec Marlène Saldana

Photos : © Jerôme Pique

Valérie Drechsler

Le cœur et l’esprit de Valérie vibrent au rythme des découvertes de créations artistiques ; théâtre, danse, musique, cinéma, beaux-arts. Née dans le monde culturel, elle a étudié les arts, y travaille et cultive cette richesse qui sans cesse appelle à être renouvelée.

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