Algorithme
Du théâtre en liberté – Jeux de Planches, de Jean-Claude Alègre – par l’atelier-théâtre Algorithme – Au Domaine de Roche à Dardagny, c’était à voir du 12 au 14 juin 2026.
Du théâtre qui parle de lui-même avec fraîcheur et justesse. On ne saurait mieux qualifier cette suite de scènes qui nous délivre des pièces jonglant avec les éternelles situations conjugales, gavées comme des oies de maris cocus et de femmes trompées. Ici, l’’on retrouve les planches dans tous les sens du terme : un espace scénique libéré et des comédiens qui avancent dans leur travail.
Une cour de ferme, quelques outils agricoles et un paysage enchanteur dévoilant la campagne genevoise composent l’écrin du spectacle. Un rideau rouge dans l’’embrasure d’’une porte de grange, une scène sur terre battue, quelques bancs : c’’est la magie du théâtre en liberté.
Un atelier est un lieu où l’’on travaille. Originellement le bois ; ici, le théâtre. À partir de là, Michel Cavagna, dont on connaît le parcours, utilise les armes de l’’art de Thalie, dont la première est la simplicité. Et c’est précisément cette simplicité qui révèle au spectateur toute la richesse de l’’apprentissage de celles et ceux qui ont choisi de se former. Voilà qui est réjouissant.

Depuis l’’Impromptu de Versailles de Molière jusqu’au Roman d’’un acteur de Philippe Caubère, le théâtre se raconte lui-même. Dans Jeux de planches, nous sommes sur le théâtre et autour du théâtre. S’’invitent ainsi sur scène la critique, les subventions, les auteurs, des comédiens en quête d’’un texte achevé, d’’un metteur en scène, ainsi que toute une farandole d’’emmerdements théâtraux. C’’est drôle, piquant, acerbe et moqueur.
Tous vêtus de noir et de rouge, avec quelques touches de blanc, les interprètes jouent joyeusement des scènes de comédie, c’est-à-dire forcées… mais pas tant que cela. La vérité des choses affleure en filigrane, portée par des interprétations si justes qu’’on les pense tirées du réel, et nous n’aurions pas tort. Si le résultat convainc, c’’est parce que le souci de la mise en scène demeure constamment au service des interprètes. Michel Cavagna leur laisse une part de liberté par laquelle passent l’émotion et la spontanéité. Le spectacle trouve ainsi sa mesure et son équilibre.
C’est un véritable travail d’atelier qui nous est donné à voir. Un peu comme lorsque l’on passe devant la vitrine d’un luthier et que l’on observe, avec curiosité et respect, tout le travail de l’esprit et de la main. Car il est vrai que l’on reçoit souvent un spectacle comme une musique. Mesure, équilibre et élégance. Avec ici – comme il est dit en clin d’œil dans le film Amadeus – peut-être un peu trop de mots. La gomme demeure l’un des outils du metteur en scène, parfois oublié.
L’Atelier Théâtre Algorithme montre qu’avec le travail des mots, du corps et du regard, il est possible de déposer sur les planches des jeux de comédie aussi épatants qu’attachants.
Jacques Sallin
Infos pratiques :
Jeux de planches de Jean-Paul Alègre, Cour du Domaine de Roche, Dardagny c’était à voir du 12 au 14 juin 2026
Mise en scène : Michel Cavagna
Avec Barbara Marquis, Léa Heiniger, Sybil Schaller, Nathalie Studli, Serge Dussex, Luis Canellas, Michel Cavagna
https://www.cie-algorithme.ch/ateliers/atelier-theatre-algorithme
Photos : ©Sandra Heyn
