Anti-félonie à l’ADC

Sur scène, des briques éparses puis un mur solide, sur lequel des mots, jetés, donnent vie à une colère sourde. Katerina Andreou traite dans Mourn Baby Mourn des énergies qui circulent en nous et tout ce qui, aussi, se fixe lourdement et empêche de se projeter, en avant. Du 9 au 11 juin au Pavillon ADC.

Le poids des choses

Une image forte de la performance de la danseuse Katerina Andreou me reste à l’esprit : l’on voit, projeté sur un mur de briques grises, haut d’un bon mètre, un chemin constitué de pavés branlants, en rose, plutôt harmonieux, accompagné d’une musique entraînante. Hé oui, ces pavés ou les épaves de nos espoirs, rêves ou ambitions sont bien là au fond de nous, grondent, mais, une fois agencées les unes à côté des autres, elles constituent une base et l’on y danse et avance, même.

Le mur n’était pas là tout au début, le mur est créé par étapes dans un univers éclairé par néons blancs et oranges disposés en carré – une atmosphère partagée entre colère, froideur et espoir. La danseuse couvre tout l’espace, elle soulève et déplace les briques de chantier avec une certaine légèreté que l’on retrouve dans son short, avec des palmiers, une promesse de vacances, des vacances de soi-même, peut-être. Et tandis que l’on voit les muscles se gonfler au contact du poids des pierres, l’on comprend qu’elle traverse une passe douloureuse : celle de se confronter à ce qui la heurte, en elle, le mourn (faire le deuil) dans baby mourn. Elle reconnaît sa douleur.

L’image d’une cloison opaque en nous a beau être souvent utilisée pour évoquer nos murs de silence, l’univers de Katerina Andreou n’est pas redondant pour les spectateurs – on y entre facilement comme si le but absolu était la complicité avec son public. La complicité opposée à la douleur de se sentir si lourde, parfois.

Se défaire des tensions

Qu’est-ce qui anime Katerina Andreou ? C’est un Ha ! Un Ha qu’elle tague de ci, de là, en ville comme elle le raconte par bribes, par brefs récits écrits dans un français ou franglais facile et comme téléporté du comptoir d’un bar sur l’écran de la scène.

Le mur s’interpose entre l’écran et le projecteur : le mur signifie cette première embûche pour une communication fluide avec soi-même. La danseuse cherche les origines du trouble qui bouillonne en elle. C’est un Ha d’interrogations lorsqu’elle ne le comprend pas, c’est un Ha de haine et de révolte ou un Ha de nostalgie après les 90’s : son Ha est multiple et en cela, la danseuse réussit à présenter une performance légère, dynamique et ce bien qu’elle évoque les lamentations de la trentaine. Les couleurs passent du rouge au rose, du rose au noir, les pavés de la route deviennent dauphins : une rébellion, plus forte, aurait été la bienvenue puisque la danseuse a su aborder le mourn avec une touche d’autodérision. Les diverses pistes musicales entre électro africaine et pop qui sous-tendent la pièce évoquent, elles-aussi, les différentes portes de sortie, peut-être, qui se présentent à tout un chacun en cas de difficulté. La danseuse savait épouser les sons avec son corps et montrer comment résister aux affres par mouvements joyeux. Oui, les choses peuvent être faciles.

Laure-Elie Hoegen

Infos pratiques :

Mourn Baby Mourn de Katerina Andreou du 9 au 11 juin 2022 au Pavillon ADC.

https://pavillon-adc.ch/spectacle/katerina-andreou-mourn-baby-mourn/

Chorégraphie : Katerina Andreou

Avec Katerina Andreou

Photos : © Hélène Robert

Laure-Elie Hoegen

Nourrir l’imaginaire comme s’il était toujours avide de détours, de retournements, de connaissances. Voici ce qui nourrit Laure-Elie parallèlement à son parcours partagé entre germanistique, dramaturgie et pédagogie. Vite, croisons-nous et causons!

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