Comment élaborer un puzzle idéal réunissant êtres, sentiments et matière ?

Le Théâtre Forum Meyrin a accueilli mercredi, la Compagnie catalane de Cirque eia avec sa création in Tarsi, une chorégraphie à voir en famille. Ces artistes mêlent danse, portée acrobatique, théâtre de geste.

L’estrade sécable sur laquelle les acrobates ont virevolté pendant une heure, est composée de pièces de différentes tailles et de différentes formes. Pour la Compagnie de Cirque eia, in Tarsi symbolise le puzzle de la vie et leur spectacle nous parle des relations humaines, des rencontres, des incompréhensions, de la complicité, de la solitude et de la transformation des sentiments.

La pièce débute dans une semi-pénombre. Un des quatre équilibristes réalise différentes figures, se tenant à un mât chinois et un de ses compères accoudé à une table, s’amuse avec des plots en bois, qu’il superpose les uns aux autres. Puis, il les pose sur la scène, les deux hommes interagissent et font tomber les bouts de bois. Le coup d’envoi est donné par ce bruit, les trois autres acrobates prennent alors possession de l’espace. Ils déplacent les formes, des rectangles, des demi-lunes, leurs gestes regorgent d’énergie. Il se poussent, se bousculent avec délicatesse, glissent, montent les uns sur les autres, dansent, tout en jouant sur le principe de l’équilibre, notamment créant une balançoire. Cela donne l’impression d’un jeu géant, comme un puzzle de bois et métal. La Compagnie de Cirque eia fait référence aux bouts de bois précieux qu’on utilise en marqueterie car intarsi signifie la marqueterie en catalan. Tout est métamorphose, la vie est métamorphose et nous humains, sommes en quête de la configuration idéale. Le tout est très esthétique comme un tableau.

Pas de deux sur une musique arabe accompagnée de lumière bleutée. De toute beauté, poétique à souhait. Changement de rythme, un des acrobates joue de la corde à sauter, et la musique est désormais un morceau dynamique à plein volume, le public accompagne les sauts en frappant des mains, ensemble. Puis un second pas de deux, où les protagonistes glissent sur le corps de l’un puis sur le corps de l’autre. Equilibre entre deux corps. Une sonate de piano célèbre accompagne une pirouette à un puis en duo, un trampoline entre en scène, les artistes réalisent des mimiques loufoques, pleines d’humour, tendres et les enfants dans la salle rigolent. C’est jubilatoire.

Un autre jeu rythmé commence, celui du pieds-mains-doigts. Le but est que les mouvements des membres doivent suivre le son à sa vitesse. Et cela va plutôt vite.  Une musique folklorique accompagne un pas de danse à trois. La fraternité, l’isolement, la rencontre, la séparation sont des thèmes représentés dans la chorégraphie. Puis un des acrobates se retrouve seul et en caleçon sur l’estrade. Il joue avec son ventre et danse. On sent de la souffrance de par ses mouvements, de la douleur, de la tristesse. Une danse presque androgyne. Ici nous  découvrons un cirque humain capable d’évoquer la complexité des relations humaines.

Les quatre artistes se retrouvent sur scène et dansent en jouant avec l’espace qui leur est donné. Leurs corps d’homme paraissent d’une incroyable légèreté. Sur les estrades assemblées les unes sur les autres, ils montent au somment et ainsi forment avec leurs corps posés l’un sur l’autre plus qu’un, une unité. Quel beau voyage.

La Compagnie de Cirque eia a voulu mettre en parallèle la constante transformation des relations humaines avec la transformation continue de l’art du cirque, les émotions qui explosent à chaque saut et à chaque équilibre impossible.

Ces quatre acrobates se demandent de quelle manière la technique de cirque conditionne la création artistique et de quelle manière la création artistique transforme-t-elle la technique du cirque. En effet, quels sont les possibles réalisables du point de vue technique, jusqu’où un acrobate peut-il aller avec ses supports et, comment au niveau création artistique, la Compagnie eia décide-t-elle de ne pas être limitée, afin de faire passer son message au public.

Valérie Drechsler

Infos pratiques :

In Tarsi , de la Compagnie de Cirque eia, le 29 septembre 2021 au Théâtre Forum Meyrin,.

Mise en scène : Jordi Aspa

Scénographie : Compagnie de Cirque eia et El Taller del Lagarto

Chorégraphie : Michelle Mann

Avec Armando Rabanera Muro, Fabio Nicolini, Fabrizio Giannini, Manel Rosés Moreto

https://www.forum-meyrin.ch/spectacle/intarsi-1

Photos : © Ben Hopper

Valérie Drechsler

Le cœur et l’esprit de Valérie vibrent au rythme des découvertes de créations artistiques ; théâtre, danse, musique, cinéma, beaux-arts. Née dans le monde culturel, elle a étudié les arts, y travaille et cultive cette richesse qui sans cesse appelle à être renouvelée.

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