Derrière le rideau #5 : Théâtre le Crève-Cœur

Alors que Genève est à nouveau semi-confinée, les lieux de culture doivent prendre leur mal en patience. Fermés, ne pouvant plus accueillir spectacle et public, les voilà à nouveau dans une situation difficile.

Face à ce contexte, La Pépinière a décidé de donner la parole à celles et ceux qui font habituellement vivre la vie culturelle de la Cité, au travers de trois questions types. L’idée ? Leur permettre de s’exprimer sur la façon dont ils et elles vivent cette période, connaître leurs projets et imaginer avec eux le monde (culturel) d’après.

Dans ce cinquième volet de Derrière le rideau, c’est le Théâtre le Crève-Cœur qui s’exprime, par le biais de sa directrice, Aline Gampert.

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Le Conseil d’État a annoncé la fermeture, entre autres, des lieux culturels tels que le vôtre, comment réagissez-vous à cette situation, comment le Crève-Cœur vit-il cela ?

Cette deuxième vague et la fermeture entre autres des lieux culturels est un véritable choc.

Au Crève-Cœur, la saison 2020-2021 a démarré le 22 septembre dernier. Nous avons mis en place un plan de protection efficace qui nous a permis de jouer 4 semaines à raison de 6 soirs par semaine, devant des salles combles (jauge maximale grâce au port du masque obligatoire). Cette première expérience a permis de constater qu’aucun cas positif au Covid-19 n’avait été détecté au Crève-Coeur par le médecin cantonal. Cela démontre, surtout dans une petite salle comme la nôtre, que ce n’est pas là forcément que la contamination a lieu.

Même si je comprends les décisions prises par le Conseil Fédéral et le Conseil d’Etat, vue la situation sanitaire devenue à nouveau très inquiétante, ces nouvelles fermetures sont particulièrement préoccupantes pour tous les acteurs culturels déjà extrêmement fragilisés en temps normal. Pour la plupart, nous n’avons aucun garde-fou. La culture est clairement en danger et traverse une période bien sombre. Il faut absolument mettre en place des mesures de soutien efficaces, en prenant en compte les problématiques inhérentes à nos métiers.

Suite au premier confinement, nous avons pu relever le caractère essentiel que la culture tient au sein d’une collectivité. Cette coupure a permis à beaucoup d’en prendre conscience.

On a vu, pendant la première vague, des théâtres proposer diverses choses, comme des diffusions de captations de pièce, ou des lives, envisagez-vous de mettre quelque chose en place pour cette période de transition avant la reprise qu’on espère la plus rapide possible ?

Au Crève-Cœur, au-delà du spectacle présenté, il y a cet esprit de convivialité, de partage, de chaleur qui fait partie de la soirée.

C’est pourquoi aussi, je me suis battue pour maintenir le bar ouvert (avec les mesures de protection en vigueur). C’est un espace où les spectateurs ont la possibilité de se retrouver avant et/ou après la représentation. La petitesse du Crève-Coeur créé l’échange (même masqué).

L’acte théâtral c’est aussi tout ça. J’ai beaucoup de peine à le concevoir sur un écran. Notre quotidien en est tellement rempli que d’aller au théâtre est un acte fort qu’il faut maintenir intact à tout prix.

Comment imaginez-vous le monde d’après, au niveau de la culture surtout ?

Ce que j’ai pu constater de formidable lors de Encore une fois par la Cie Comiqu’opéra du 22 septembre au 18 octobre dernier (notre spectacle d’ouverture de saison), c’est que le public était bien présent au Crève-Cœur. Et je dirai même qu’ils avaient soif de théâtre !

Dans ce sens, je ne suis pas inquiète. « Le monde d’après » aura encore un plus grand appétit pour l’art en général. Cette nécessité absolue de partager ensemble et non pas chacun derrière un écran seul chez soi.

Depuis la nuit des temps, l’être humain a ce besoin viscéral qui lui permet de s’évader, ressentir, rêver, réfléchir. Cela m’étonnerait que cette pandémie nous force, pour la première fois de l’histoire, à changer de trajectoire.

Merci à Aline Gampert, pour le Crève-Coeur, d’avoir répondu à nos questions !

Propos recueillis par l’équipe de La Pépinière

Photo : © Loris von Siebenthal

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