Espuma Antigua : un voyage sur les traces du Spleen Baroque

Une fusion douce entre la musique baroque et contemporaine, à travers les chemins du jazz moderne et de l’improvisation. Embarquez sur les flots tranquilles de l’ensemble Espuma Antigua, pour une croisière sur les traces du Spleen Baroque.

Dès les premières notes de l’album Spleen Baroque, on plonge tête la première dans une ambiance particulière :  de la rondeur, une douceur frémissante, avec une pointe de tristesse, de mélancolie qui traverse parfois l’auditeur, à l’image du flux et du reflux de vagues sur les berges d’une plage. Le jeu musical entre voix, violoncelle et guitare électrique – qui se pare pour l’occasion d’une sonorité presque (atmo)sphérique – nous entraîne dans un univers sonore étonnant, comme un voyage bercé par des courants venus d’ailleurs, de loin. Partons aujourd’hui à la découverte de ce trio novateur, qui surfe sur la vague de la musique baroque et propose un projet très original à toutes les amoureuses et les amoureux de la musique (qu’elle soit ancienne, ou non !)

Une genèse avec un goût baroque

Espuma Antigua est un trio créé en 2018 qui est formé d’une chanteuse (soprano), d’une violoncelliste et d’un guitariste (électrique !). Cet ensemble rend hommage dans son premier album à la musique baroque. La genèse de ce projet tient , entre autres, d’une rencontre fortuite sur les bancs de l’école, et plus précisément sur ceux de la Haute école de musique de Lausanne (HEMU). Flora Ageron, créatrice de l’ensemble, est diplômée d’un master d’interprétation lyrique et cherche à développer des projets artistiques originaux autour de la voix, toujours à la recherche d’innovation, de nouvelles textures et d’esthétisme. Elle est accompagnée par la violoncelliste Emilie Coraboeuf, diplômée d’un master Concert, qui affectionne aussi particulièrement la musique ancienne et pratique notamment le violoncelle baroque et la viole de gambe. Rejointes par le guitariste jazz Erwan Valazza, diplômé d’un master en performance. Ce dernier provient du milieu du jazz moderne, et touche des univers musicaux évoluant dans les cercles de la musique électronique et de l’improvisation. Le parcours de ces trois musicien·ne·s et leurs profils très diversifiés apportent une richesse et un équilibre dans Espuma Antigua, ouvrant la porte à de nombreuses originalités et idées novatrices autant que créatrices !

Mais l’album Spleen Baroque, c’est avant tout une ode revisitée à la musique baroque, à ses influences, et aux portes musicales que ce répertoire peut ouvrir. À travers des retranscriptions et des arrangements, Espuma Antigua offre de nouvelles possibilités qui visent à garder le patrimoine baroque vivant, modernisé. L’album s’ouvre sur un arrangement de la sonate K466 du célèbre compositeur Domenico Scarlatti, et apporte toute la rondeur nécessaire au trio pour nous entrainer à travers neuf tableaux musicaux différents, mais donc l’ancre est semblable : la musique baroque associée à la modernité d’Espuma Antigua.

On s’immerge alors dans un univers musical qui s’étire et laisse place à l’improvisation, au silence parfois. Passant d’un jeu serré à une liberté totale, le trio jongle entre des phrases musicales à l’unisson, en décalage, en réponse, entrecoupées de quelques cadences qui pourraient nous rappeler les airs baroques originaux. La voix transperce le ciel et nous fait tomber dans ce spleen recherché, touchant la corde sensible et vibrante des auditrices et auditeurs.

La richesse de la période musicale baroque offre des perspectives infinies pour travailler sur de telles œuvres ou chez tel compositeur ou compositrice. La musique ancienne fait office de terreau fertile pour l’improvisation et les œuvres clés de cette époque sont appréciées de par leur sonorité et leur diversité. En parcourant neuf chapitres musicaux, l’auditeur·trice découvre à la fois des revisites d’Haendel, de Vivaldi ou de Bach, dans un univers mélancolique, improvisé, et surtout empreint de liberté et d’une énergie douce et profonde. Mais il n’y en a pas que pour le baroque ! Il est aussi possible de se délecter d’œuvres plus contemporaines, comme Alfonsina y el mar, qui oscille entre texte narratif et musique : la voix de Wetu Le Passant (slam) vous emporte dans un paysage maritime, minimaliste, imagé. Le trio prend aussi parfois le large, comme pour rappeler toutes les influences que la musique baroque a apporté à notre musique actuelle, avec notamment aatini alnay wa ghanni, de la chanteuse Fairuz. Deux arrangements sont dédiés à la compositrice Barbara Strozzi, qui a vécu au XVIIe,  dont le célèbre air Che si puo fare qui clôture cet album, avec comme guest Zacharie Kysk à la trompette, portant encore plus loin l’improvisation et offrant une nouvelle couleur musicale.  Une dernière touche de mélancolie qui nous – ou en tout cas m’a… – laissé avec un sentiment de plénitude, comme une finalité heureuse, nous quittant las mais dans un état de bien-être profond.

100% local : un bijou visuel

Enregistré à l’ABRI (Genève), puis mixé au Kitchen Studio (Genève – Eaux-vives) et masterisé au studio du Flon à Lausanne, ce CD 100% local est une très jolie découverte. La pochette, vive en couleurs, garde une sorte de mystère mais invite au voyage, à suivre cette sirène dans les eaux claires et douces de cette musique improvisée en hommage au baroque. La pochette, créée par l’illustratrice genevoise Alice Izzo (Studio Les Amazones), vous ravira par sa qualité visuelle. En trois mots : à écouter d’urgence !

Natacha Bossi

Référence :

Spleen baroque, un album de Espuma Antigua.

Photo : © Alice Izzo

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