Et la Marmite se brisa : épisode 37

Vous aimez les enquêtes et les énigmes ?

Vous rêvez de courir après les meurtriers, d’élucider des crimes, d’être aussi habile que Sherlock Holmes, aussi perspicace qu’Hercule Poirot ? Les interrogatoires ne vous font pas peur et les indices, c’est votre rayon ? Bienvenue dans Et la Marmite se brisa, une fabuleuse enquête de Miss Apfel !

Et la Marmite se brisa est un nouveau récit participatif lancé par La Pépinière à l’automne 2020. Entre le feuilleton et le cadavre exquis littéraire, nous avons réuni des autrices et auteurs de tous bords : amateur.trice.s, confirmé.e.s, déjanté.e.s, sérieux.ses, jeunes ou plus âgé.e.s… Après le succès de nos récits participatifs précédents (Du jardin au balcon et La Geste d’Avant le Temps), les voilà prêt.e.s à s’embarquer pour une nouvelle aventure, sans savoir ce qui les attend. Cap sur le polar helvétique !

Pour cette première aventure de Miss Apfel (qui évoque bien sûr la Miss Marple d’Agatha Christie), plongez dans les secrets historiques de Genève…

Alors, ça vous tente ?

Retrouvez le début du feuilleton ICI !

* * *

Épisode 37 : un légiste sur la brèche

Poste de police.

Le 12 décembre, 4h30.

Au cœur du poste de police, en ébullition depuis le coup de fil de Tabazan il y a un peu moins d’une heure, le légiste Pierre Dunant tente de contribuer à l’effort collectif, à sa manière. C’est toujours mieux que de rester tout seul en salle d’autopsie… Pendant que la plupart de ses collègues policiers courent dans tous les sens et passent le centre-ville au peigne fin –enfin, essayent, en tout cas, vu le peu de résultats obtenus aux dernières nouvelles… –, Pierre s’est assis à un bureau vide, devant un ordinateur à triple écran qui n’est pas le sien. Ce qu’il tente ? Rechercher la moindre information qui pourrait aider Tabazan et les autres à mettre la main sur le criminel. L’inspecteur ne le porte pas dans son cœur, mais Pierre Dunant n’est pas rancunier et n’a pas envie de devoir planter son scalpel dans une nouvelle victime…

Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’enquête a fait un bond en avant pendant la nuit : on connaît maintenant le nom de la criminelle et de son complice. À la façon de tous ces geeks qui tapotent sur leur clavier à la vitesse de l’éclair, Pierre recherche dans toutes les bases de données disponibles – celles, habituelles, de la police : fichier Interpol, Europol, dossiers criminels, répertoire des casiers judiciaires… et les moins habituelles et pas toujours légales, mais pas moins efficaces pour autant : réseaux sociaux, darknet, données personnelles piratées.

Ding. Après quelques minutes de recherche, une alerte sonne et une icône brille dans un coin d’un des trois écrans. Une de ses recherches vient d’aboutir sur les mots « Cathy Piaget » – le nom de la criminelle en fuite. Pierre Dunant parcourt rapidement le document et, au fur et à mesure que ses yeux balayent le texte affiché dans la pénombre du bureau éclairé par la seule lumière des écrans, sa stupéfaction grandit. Bigre ! Il faut que je prévienne Tabazan. Sans même détourner le regard de sa lecture, il se saisit de son téléphone et compose d’un geste le numéro de l’inspecteur.

Tuuuut…

Tuuuut…

Tuuuut… – Il sent ses mains devenir moites. Allez Tabazan, répondez !

Tuuut…

Tuuut…

Bip. « Vous êtes bien sur la messagerie… » Sans attendre la fin du message débité par le répondeur, Dunant raccroche, anxieux de ne pas réussir à joindre l’inspecteur à un moment aussi critique. Que faire ? L’inspecteur a beau être un indécrottable malotru, c’est quand même le meill… minute ! Une pensée se fraie dans l’esprit de Pierre Dunant, comme un feu d’artifice qui illumine soudain un marécage boueux. Mais bien sûr ! Miss Apfel ! Elle est toujours derrière… ou devant lui ! Si j’arrive à la joindre, elle pourra passer l’information à Tabazan. Et d’une traite, le jeune légiste compose le numéro de l’inspectrice amatrice.

*

Quelque part sous terre.

Le 12 décembre, 4h32.

Cela fait plus d’une demi-heure que Miss Apfel erre dans les souterrains, en suivant avec difficulté une direction qu’elle espère être la bonne. Elle s’oriente tant bien que mal à l’aide du parchemin nauséabond, éclairé faiblement et par intermittence grâce aux grilles d’acier qui laissent filtrer la lumière de la nuit, au-dessus de sa tête. Après une énième hésitation, elle s’élance à droite à une intersection, quand elle sent son téléphone vibrer dans sa poche. Elle se saisit de l’appareil et regarde le nom qui s’affiche, curieuse. Tabazan ? Heidi ? Numéro inconnu ! Par tous les diables, j’ai laissé Heidi et l’inspecteur derrière, dans le feu de l’action, réalise-t-elle avec un petit pincement au cœur. J’espère que ce sont eux qui veulent me joindre.

Elle décroche.

« Allô ? » chuchote-t-elle.

Autant ne pas se faire repérer ; qui sait où se cache l’ennemi ?

« Miss Apfel ! Pierre Dunant à l’appareil, vous êtes avec l’inspecteur Tabazan ? J’ai des informations cruciales pour lui ! » s’écrie son interlocuteur, d’une seule traite et d’un ton paniqué.

Il faut un instant à Simone pour remettre ses idées en places. Dunant… Dunant… ah oui, le légiste !

« Non », répond-elle tout aussi rapidement. « J’ai perdu l’inspecteur de vue, nous sommes séparés… mais on finit toujours par se retrouver, vous savez. Dites-moi ce qui vous… »

« Je… » Dunant s’interrompt, comme s’il hésitait.

Puis il reprend au bout de quelques secondes s’étant manifestement ravisé face à la situation plus que critique

« Très bien, Miss Apfel, alors écoutez-moi bien, je n’aurai pas le temps de répéter. J’ai lancé des recherches sur notre tueuse. Je vous prierai de ne raconter qu’à Tabazan, et à lui UNIQUEMENT, ce que je vais vous dire, parce que ce n’est pas très légal et que je risque gros. Je ne suis pas censé avoir accès à ces informations, mais vu les circonstances… bref. J’ai réussi à trouver son dossier médical. Cathy Piaget a été internée pendant quatre ans dans une unité psychiatrique à Lausanne. Je vous passe les détails des circonstances qui l’ont conduite là, mais les classiques absence d’environnement familial sain, mère malade et alcoolique, père absent ressortent franchement… En gros, elle a fait l’objet de nombreuses évaluations psychiatriques et les conclusions sont unanimes :  délire psychotique, troubles de la personnalité paranoïde, je vous cite un passage de son dossier… Mlle Piaget a une tendance systématique à générer des explications imaginaires à l’ensemble des problèmes auxquels elle est confrontée dans son quotidien… Je vous passe les détails techniques, beaucoup de blabla, le sujet montre une propension à identifier des liens de cause à effet parfaitement impossibles matériellement, dans le but d’expliquer les situations les plus simples de la façon qui lui convient le mieux, dans le but de justifier ses motivations personnelles…

« Pierre », coupe abruptement Miss Apfel, « je ne comprends pas la moitié de ce que vous me racontez… »

« Ah, je vois, excusez-moi… »

Dunant marque une pause et réfléchit quelques instants avant de reprendre :

« En résumé, Cathy Piaget est une tarée, Misse Apfel ! Une cinglée qui s’invente des problèmes qui n’existent pas et qui les résout de la manière qui lui chante. Donc, une tarée dangereuse… mais une tarée qui tisse sa toile, dans laquelle vous et l’inspecteur avez foncés tête baissée ! »

Simone digère doucement les informations que Dunant lui jette par le combiné du téléphone, sans savoir que le plus indigeste est à venir…

« Mais attendez, c’est pas tout ! » poursuit Dunant avec rapidité. « Ça, c’est pour le côté maladie mentale. J’ai aussi lancé une recherche dans les fichiers de l’état civil de tous les cantons… et je suis tombé de ma chaise quand j’ai vu ça. Cathy Piaget est née Cathy Burnier ! Oui, Burnier, comme l’inspecteur de chez nous qui est mort il y a dix ans. Je l’ai à peine connu, mais les dates, le lieux, l’état civil correspond, notre meurtrière est la fille de Franck Burnier ! Vous y croyez, à ça ?! »

Non.

Non, elle n’y croyait pas. L’information venait de la transpercer de part en part et Miss Apfel n’y croyait pas. Franck… Franck… une fille !!!

Arrêtant sa course, qui n’était plus qu’une marche lente, Miss Apfel s’effondre brusquement en sanglots dans le souterrain, sombre et lugubre comme la découverte qui venait de lui éclater au visage. Elle en oublie presque le téléphone, qu’elle tient toujours à la main.

Arnaud Chiaradia

La suite, c’est par ICI !

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Photo : © geralt

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