Peter Zumthor : le temps qui passe comme ami / die vergängliche Zeit als Freund

Zwei Seelen wohnen, ach! in meiner Brust. Parce qu’il y a sûrement une présence germanique dans votre arbre généalogique, La Pépinière fusionne deux grandes régions linguistiques suisses et vous propose des articles culturels pour une (re)découverte de l’allemand.

Pour vous, l’allemand, c’est … et c’est à vous de jouer, dans les deux langues ! (Et qu’on ne se préoccupe pas des fautes !) Expliquez-nous votre choix en bref en allemand et ce qui vous a plu, en détail, en français ! Ou inversement !

Illustrez votre coup de cœur, parlez-nous d’un Renner, Knaller oder Kleinod, les pieds en éventail, confortablement posés sur le fauteuil d’Oma & Opa.

Notre pigeon de la Pépinière tient à son perchoir, mais non le crachoir !

 

Warum Peter Zumthor?

«In der Regel vermeide ich Farbe. Ich will nicht, dass man die Gebäude unterhalten muss, ich will, dass sie aus sich heraus schön altern.»[1], erklärt der aus Basel stammenden Architekt Peter Zumthor. Seinen Werken begegnet man zum Beispiel in den Graubünden in Sumvitg, in Vals und in Churwalden und sie lassen trotz einer massiven Farbneutralität nicht kalt. Sie unterhalten den Blick nicht, sondern sie imponieren durch ihre archetypen Formen. Die Vasler Thermen, 1996 gebaut, schreiben sich in das Felsen-Umfeld und imitieren die Geometrie der Berge:

Zumthors Werk reflektiert die bestehende Struktur und baut das neue Gebäude, in dem er das schon Dagewesene mithineinprojiziert. Zum Beispiel die Capelle sogn benedetg (1989) in Sumvitg wurde mit Lärchenschindeln aus der Gegend gefertigt, deren Farbe mit dem Regen, Schnee und der Sonne variieren wird – ganz wie der Wald drumherum.

Die Imitation und der Respekt des Umfelds wirken auf den Zuschauer, als ob man durch Zumthors Gebäude den Raum besser wahrnehmen könnte. Der Blick fokussiert sich auf das massive Gebäude und dadurch lernt man das Umfeld kennen. Das Spannungsverhältnis mit den bereits existierenden Gebäuden lässt den Eindruck entstehen, dass Zumthors Gebäude schon immer da waren und da sein werden.

Dass Zumthors Gebäude ermöglichen, sich in eine ferne Zukunft zu projizieren, verdanken sie auch den Materialen, die er benutzt. Beton und Holz altern auf eine Weise, welche zu den Grundelementen der Ästhetik des Architekten gehören.

Die Fussspuren in der Kapelle sind ein Beispiel dafür. Im Serpentine Gallery Pavilion in London kommen die Passanten durch einen langen dunklen Flur zum Zentralgarten. Hier werden die Pflanzen im Laufe der Jahre wachsen, indem es die Struktur bereichert. Dadurch kommen Zumthors Werke mit der Zeit zu einer Art Vollendung. Dies ist eine schöne Metapher von dem Älter-Werden, nicht?

 

Etwas länger / Plus en détail:

Prenons la route des Grisons – disons à partir d’Andermatt –, une route très fréquentée depuis l’effervescence du tourisme local en Suisse – une retombée quelque peu positive du Covid ?! – et faisons une halte à Sumvitg. Non pour goûter à la fameuse tourte aux noix du canton mais plutôt pour admirer la patte unique, marquante et célèbre de l’architecte bâlois Peter Zumthor. D’abord menuisier spécialisé dans les meubles, puis consultant en construction pour la conservation des monuments aux Grisons, les différents métiers exercés par Peter Zumthor lui assurent des perspectives plurielles et variées lorsque l’architecte se lance dans un nouveau projet.

Aux Grisons, on comptera, entre autres, l’épicentre intellectuel et littéraire de l’hôtel Waldhaus à Sils Maria dans le district de la Maloja, là où Nietzsche et Hesse conversaient longuement, l’hôtel de style Art Nouveau sur la Schatzalp sur les hauteurs de Davos que l’on retrouve engrammé dans l’œuvre de l’écrivain allemand de Lübeck Thomas Mann et la maison Nietzsche plus bas dans la plaine, où le philosophe s’attarda sur Zarathoustra. Plus récemment, le dramaturge Christoph Marthaler y a proposé une performance pour le centenaire de l’établissement.

Pour compléter ce parcours esthétique, Peter Zumthor s’inscrit dans le canton par deux œuvres centrales : la Capelle sogn benedetg à Sumvitg, construite en 1989, et les thermes de Vals (1996), les deux dans le district de la Surselva. Nous parlons d’une inscription dans l’environnement préexistant pau point que l’on pourrait parfois confondre le bâtiment avec l’arrière-plan. Le bâtiment révèle en effet la région dans laquelle il s’enracine parce qu’il s’en inspire et en souligne les traits. Les thermes de Vals, à titre d’exemple, donnent l’impression d’être nés avec la source qui les alimente : ils reflètent le poids des roches alentours et redonnent le côté brut mais accueillant, rassénérant des grottes :

En créant un nouvel espace à l’image de la Nature, Zumthor établit un pont entre le passé du lieu et son devenir, désormais habité par l’une de ses œuvres. Il est d’ailleurs également un architecte du temps, qui imagine et anticipe le vieillissement des bâtiments. Aussi tient-il aux matériaux tels que le bois, l’acier, le béton dont les modifications au cours du temps sont, à ses yeux, d’un grand intérêt.

Dans la Capelle sogn benedetg, le bois de mélèze, dont les teintes varieront au fil du temps d’ensoleillement, donnera l’impression d’une œuvre animée et ajoute une donnée esthétique à l’ensemble architectural.

Les traces du temps prennent sens, comme par exemple à Sumvitg. Les pas des visiteurs ajoutent un nouvel élément à contempler dans l’ensemble.

Peter Zumthor ne se sert également que peu dans la palette de couleurs car la beauté du bâtiment prend le chemin d’une structure sur laquelle le temps s’inscrira de façon esthétique. La beauté, ici, ne découle pas d’un assemblage coloré qui déteindra rapidement. Les thermes de Vals assoient leur notoriété par des gris qui varient au gré de la lumière des saisons.

Un autre bâtiment de l’architecte, situé à Mechernich en Allemagne est représentatif du temps long des œuvres de Zumthor: la chapelle Saint-Nicolas ou Bruder-Klaus-Kapelle (2007), faite de béton et du bois des arbres alentour. L’on rassembla une dizaine de troncs de pins en forme de tipi, dont la base est constituée du gravier, du sable et du ciment. Les troncs furent brûlés puis travaillés de manière à ce que les dentelures rappellent les arbres confrontés aux éléments extérieurs. La lumière entre par des billes de verre insérées dans le béton qui font penser aux ajours dans une clairière.

 

Avec Peter Zumthor, l’on se demande de quel bois nous sommes faits et comment l’entretenir au mieux pour que le temps devienne ou demeure notre ami. Une réflexion à mener sur la route du col de l’Albula, non?

Laure-Elie Hoegen

Repères temporels :

L’architecte Peter Zumthor vit au cœur des Grisons, à Haldenstein. Montagnard et voyageur, il s’envole depuis Zürich pour suivre la construction de ses œuvres. Il reçoit en 2009 le prix Pritzker, équivalent du prix Nobel de l’architecture après Zaha Hadid en 2004.

 

Photos : © MentalGentlemen (Banner et inner 1), Anna-Lena Walther (inner 2), Thermes de Vals (inner 3), Berulle (inner 4)

[1] Interview auf der Webseite < https://www.espazium.ch/fr/node/16537> veröffentlicht.

Laure-Elie Hoegen

Laure-Elie H. souhaite contempler, observer puis archiver et causer de la vie des scènes romandes. Voici ce qui la nourrit parallèlement à son parcours partagé entre germanistique, dramaturgie et pédagogie. Vite, elle vous attend au café des Planches ou pour une lecture inattendue !

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