Genève : vers les arts vivants de demain

À Genève, après un printemps morose et un été incertain, douze institutions culturelles saisissent à bras le corps les difficultés et se lancent de nouveaux défis. C’est l’essence même des « arts vivants » qu’elles repensent, avec audace et enthousiasme.

Qu’on se le dise : l’heure n’est plus à la paralysie ! Une fois le choc du confinement encaissé, une fois la réouverture amorcée, la vie doit se réorganiser selon de nouveaux paradigmes.

Ils sont venus, ils sont tous là

C’est précisément à cette réorganisation que réfléchissent collectivement douze institutions genevoises des arts vivants, réunies le vendredi 21 août sur la terrasse ombragée du Galpon. Ils représentaient le Galpon, le TMG, la Comédie de Genève, l’ADC, le Théâtre de Carouge, le Théâtre du Loup, le Théâtre de Saint-Gervais, le POCHE/GVE, le Grütli, le Théâtre Forum Meyrin, le Théâtre de l’Usine, ainsi que le projet transversal de feuilleton théâtral Vous êtes ici.

Sous les arbres, ils ont dévoilé à la presse leurs rêves, leurs projets, leurs envies… bref, leur volonté farouche de continuer à inventer, malgré le virus. Avant tout, le fragile équilibre entre institutions, artistes et public doit être préservé : soutenir les un.e.s en leur permettant de créer, tout en redonnant confiance aux autres, voilà tout le défi ! Un tour de table, un tour de piste : l’enthousiasme était communicatif. C’est un programme foisonnant, penser pour évoluer selon la situation sanitaire, qu’ils ont égrainé au fil des différentes prises de parole.

Penser aujourd’hui pour mieux penser demain

La crise de la Covid-19 n’a épargné personne. Sommés, comme tout le monde, de se mettre à l’arrêt, les arts vivants ont vécu une reprise timide : les saisons théâtrales débuteront à l’automne, si tout va bien. Personne ne peut faire de prédictions fiables, mais les projections tendent à montrer qu’un retour « à la normale » (tant au niveau de la programmation que des finances) ne devrait pas être possible avant deux ans…

S’ouvre un large chantier de questions auxquelles il faut chercher (si ce n’est trouver) des réponses : peut-on continuer à monter des spectacles « comme avant » ? Avec les mêmes délais, les mêmes sources de financement, les mêmes exigences en matière de temporalité, par exemple ? Sans doute pas – et c’est ce qui ressort de cette rencontre commune. Chacune des douze institutions en est consciente : rien ne sera plus comme avant, la politique culturelle doit être revue en conséquence. Alors, plutôt que de s’enfermer dans une déploration passéiste vaine, autant aller de l’avant ! Adaptation, flexibilité et transversalité seront donc les maîtres-mots de la saison 2020-2021.

Penser le théâtre d’aujourd’hui pour mieux penser le théâtre de demain, voilà le programme. Trois types de projets communs se dessinent, articulés autour de préoccupations collectives :

  • Une envie / un besoin de solidarité : Vous êtes ici est un feuilleton théâtral que proposent seize théâtres de la place. L’idée ? « Tricoter de nouvelles relations » entre les institutions en créant ensemble une série de pièces pour (ré)inventer demain. Neuf épisodes, une intégrale et des projets de médiation culturelle seront programmés de septembre à mai, dans tout le canton. Le public voyagera ainsi dans une fiction post-apocalyptique, où un monde nouveau est à construire. Vous êtes ici, c’est une grande aventure qui permet de traverser la crise que nous vivons de manière solidaire – et non solitaire.
  • Une envie / un besoin de contact : le contact avec le public, voilà qui a manqué aux arts vivants ces derniers mois ! Bien que touché par la crise sanitaire, qui l’oblige à revoir certains points de sa programmation, La Bâtie – Festival de Genève est toujours là pour remédier à ce besoin. C’est lui qui ouvrira cette rentrée théâtrale, avant le début officiel des saisons des différents théâtres. Pas de panique ! Tout est mis en place pour assurer la sécurité de tous et accueillir les spectateurs dans un cadre artistique convivial. N’hésitez pas à vous y rendre !
  • Une envie / un besoin d’écoresponsabilité : la crise sanitaire a été l’occasion de nombreuses remises en question – dont certaines avaient fait leur bonhomme de chemin avant mars 2020. Au Théâtre Forum Meyrin, on se lance à l’automne dans une étude de grande ampleur : un diagnostic sur l’impact carbone de l’ensemble de la chaîne théâtrale (des déplacements du public à l’accueil des artistes, de la gestion du restaurant attenant à la salle de spectacle à celles de déchets, en passant par l’efficience énergétique du bâtiment). L’idée ? Mettre en évidence les points faibles et y remédier, afin de se tourner vers une pratique des arts vivants plus responsable. Affaire à suivre, qui pourra faire des émules.

Et ce n’est pas fini ! On notera une certaine tendance à privilégier les circuits courts et locaux dans la production des spectacles ; une envie de se tourner vers des formats brefs plus facilement adaptables aux aléas actuels ; un grand souci de la précarité économique des artistes (que les institutions se doivent de soutenir et d’accompagner), mais aussi du public (qui se voit régulièrement proposer des soirées ou des abonnements « prix libre »)… sans oublier une envie d’aller vers une pratique artistique plus respectueuse de l’humain : créer, ça prend du temps – et c’est ce temps qu’il est précieux de valoriser et de favoriser.

Si ce survol n’est pas exhaustif, il montre en tout cas la vitalité des théâtres et des institutions culturelles genevoises, qui n’hésitent pas à se retrousser les manches pour continuer à exercer ce qu’ils pratiquent le mieux : faire rêver, encore – toujours. Merci à eux !

Magali Bossi

Infos pratiques : retrouvez toutes les programmations des différents théâtres sur leur site respectif et dans notre rubrique Réverbères ! galpon.ch, marionnettes.ch, theatredecarouge.ch, comedie.ch, saintgervais.ch, poche—gve.ch, amstramgram.ch, grutli.ch, forum-meyrin.ch, theatreduloup.ch, adc-geneve.ch, theatredelusine.ch, vousetesici.ch

Photo : ©Frank Mentha

Magali Bossi

Magali Bossi est née à la fin du millénaire passé - ce qui fait déjà un bout de temps. Elle aime le thé aux épices et les orages, déteste les endives et a une passion pour les petits bols japonais. Elle partage son temps entre une thèse de doctorat, un accordéon, un livre et beaucoup, beaucoup d’écriture.

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