“GGG” 2020-2021 : Au Galpon, au grand galop !

Retrouver le sol de la scène et faire croître un nouveau monde peuplé de pensées nouvelles. C’est ce qui nous avait tant manqué. Gabriel Alvarez et Nathalie Tacchella placent la saison du Galpon sous l’arche du Zénith et du Nadir et redonnent ainsi au mot de croissance, un bagage poétique.

Nous parlions récemment de littérature suisse, dans l’idée que les environs les plus proches enrichissent les imaginaires : le Galpon pare le chemin vers le local des tableaux de Jonathan Delachaux, originaire du canton de Neuchâtel, pour illustrer sa saison sur le web. Les toiles, photographiées par Cyril Vandenbeusch, donnent le ton : corps dansants, vus de près, de loin ou dissimulés. Les créations présentées pour la nouvelle saison naviguent en tout bord !

Pour le théâtre, d’abord (et ça commence dès demain !), urgeons vers le Next Stop, dont la conception revient à Hèctor Salvador Vicente. Vous êtes-vous déjà rendus à un RDV d’une importance indicible…dans les six derniers mois… sans natel ? Sans cet engin devenu échasse du quotidien mais aussi barrière aux réflexes et à l’orientation ? La compagnie la Temeraria interroge, en riant le rôle dudit objet, en plein air, pas très loin de la scène du Galpon. Au besoin demandez la route à votre voisine. Cassandre, dans Cassandre hallucinée la prophétesse déchue, celle dont on ne veut percevoir les signes, les paroles (est-ce bien la seule, de nos jours ? G. Alvarez nous rendait déjà attentifs aux voix des femmes, comme dans Antigone) viendra compléter le questionnement du vivre-ensemble en septembre. Parce que… tous confinés… l’on a bien cru devenir fou, Gabriel Alvarez poursuivra sa tournée grecque avec une adaptation d’Euripide Les Bacchantes, une nuit de folie ordinaire, où Dionysos surgira, cette fois, d’un asile : L’ivresse prend des formes différentes, surtout dans le brouillard de novembre !

Modifier les histoires pour peut-être s’y projeter est une façon d’honorer les classiques. Comme pour Julie Meyer qui se penche sur les Contes de Canterbury (en février), et rappelle ces récits médiévaux du Kent à notre mémoire, dans une conviviale auberge. Tout autre domaine, L’âge de la prune (toujours en février) de Yumani Zaldívar, ravive indirectement le film de Radu Mihaileanu, La source des femmes. Quand un prunier, comme l’eau, deviennent confidents des marasmes du quotidien féminin.  En mars, La nuit juste avant les forêts, mis en scène par Gilles Lambert et joué par la compagnie Marcheur sur la Lune, portera une rencontre fortuite sur le devant de la scène, comme il y en a tant durant les nuits d’hiver.

À l’arche choisie par les programmateurs, j’opterai pour celui de l’albâtre suivant l’onyx, dont les scènes vides étaient serties, avec la ferme d’intention de recevoir, à nouveau, quantité d’impressions. Face aux différentes compagnies maniant l’art de la danse de la musique, vous ne pourrez rester de marbre…

Retour en septembre, avec un jeu d’apparition et de disparition au cœur de la forêt avec Quelqu’un d’autre, de Pascal Gravat et la compagnie revolver. La tentation du vert se retrouve dans Sismes, avec Marion Baeriswyl et D.C.P, une pièce allant de pair avec Tropiques. Allons explorer le travail de la chorégraphe, en octobre, puis en mai ! Dans la création jeune public, Cap sur Oqaatsut !, porté par Natacha Garcin et la compagnie En cie d’eux, on valse vers le Grand Nord, en plein hiver. Moment d’aventure aussi par grand froid avec le Klaus Nomi Projekt, en décembre, de Pierre Lepori. Klaus Nomi, dans une forme de théâtre musical, à réserver, sans hésiter !

Les tornades de neige ne balaieront point nos empreintes, nos passés, observés de près, au printemps naissant, par Victoria Chiu, Jozsef Trefeli, Rudi van der Merwe dans Genetrix.  Dans Loin d’Olympe, de Nathalie Tacchella avec la compagnie de l’estuaire, les Dieux profitent d’un séjour humain, près de nos constructions en cartons – toujours mobiles -, nos petites habitudes du quotidien et nous donc, par ce mouvement, de monter en direction des grands cieux : Oui, nous avons sûrement quelque chose de divin, dans nos manières de faire !

En quête de détours ? Road trip musical de Melissa Cascarino et Pascal Gravat avec la compagnie Velvet Blues à l’horizon ! Wild Rose, en juin, posera les trames d’un bel été, à bicy ou à pied pour ne rien perdre des paysages !

À la croisée des genres, de ces créations aigres-douces qui marquent, on compte : L’épisode 9 de la série “Vous êtes ici” porté par 3615 Dakota au début du mois de mai. Cette série traverse les différents lieux culturels du canton, voire du Léman, avec comme question centrale : Oui, mais comment allons-nous tous vivre demain ? La réflexion sera collective, vive, instantanée.

Débats et tables rondes feront l’objet des évènements Colère et Fureur au fil de la saison :  une façon d’établir un feed-back de ce qui se passait en back-stage ces derniers mois où l’on pouvait craindre pour son feed ! En évolution constante, on vous en dira plus sur les marionnettistes et musiciens dans Fil, une création de Padrut Tacchella et de la compagnie À Hauteur des Yeux et les musiciennes de l’Ensemble Batida.

En voguant vers votre siège, vous pourrez flâner à votre guise en consultant l’ouvrage de Gilles Lambert : Le marcheur sur la lune. Scénographie, et en caressant ses dessins des yeux. Au détour de vos promenades au sein du théâtre, les ateliers théâtre du Galpon, sous la direction de Clara Brancorsini  vous auront aussi concocté quelque chose de beau… curieux ?

Laure-Elie Hoegen

Infos pratiques :

Le programme complet et les détails sont à retrouver sur le site du Théâtre du Galpon / Maison pour le travail des arts de la scène

Site de Jonathan Delachaux :

http://www.jonathandelachaux.com/public/bio.php

Photo : ©Jonathan Delachaux (Série : Ruelle du Confinement, 10)

Laure-Elie Hoegen

Nourrir l’imaginaire comme s’il était toujours avide de détours, de retournements, de connaissances. Voici ce qui nourrit Laure-Elie parallèlement à son parcours partagé entre germanistique, dramaturgie et pédagogie. Vite, croisons-nous et causons!

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