Les réverbères : arts vivants

Histoire et identités à l’Arsenic

À Lausanne, l’Arsenic dévoile, comme de coutume, sa saison par trimestre. Celui-ci est d’abord marqué par un changement de l’équipe d’accueil. En fil rouge, on se demandera qui raconte les histoires, tout en gardant toujours en tête la quête d’identité et sa construction.

L’Arsenic nous souhaite WELCOME le 29 août prochain, avec sa nouvelle équipe d’accueil. Au programme, dès 18h, des DJs sets, rafraîchissements et autres surprises. Tout au long de la saison, cette équipe sera l’interlocutrice privilégiée pour tout ce qui se passe au café, mais aussi à la billetterie, ainsi que dans l’expérience scénique et diverses questions d’accessibilité.

Qui raconte les histoires ?

La saison débutera le 9 septembre avec HALTE, qui donne la parole à de jeunes adultes sortant du système de protection de l’enfance. Deuxième volet du spectacle IRINA, cette co-production avec la Comédie de Genève fait entendre huit voix de la GenZ, qui racontent leur entrée dans l’âge adulte, après les tumultes vécus au sein du système de protection de l’enfance et la sortie de celui-ci. Marika Dreistadt y clôt un cycle en collaboration avec des jeunes marqué-es par le décrochage scolaire, le placement ou encore la migration. On se retrouve ensuite du 17 au 20 septembre, avec un spectacle entre danse et performance. Dans Acting Fantasma, Samir Laghouati-Rashwan s’inspire du jeu vidéo pour interroger les stéréotypes assignés aux hommes BIPOC. Comprenez par-là des individus de genre masculin racisés ou issus de minorités non-blanches. En s’inspirant des danses virales de TikTok, le chorégraphe tente de rendre visible la façon dont l’image qu’on a de soi-même se forme, et comment les stéréotypes peuvent y contribuer.

Délia Antonio sera ensuite seule-en-scène, dans Le bout du rouleau. Elle y incarnera une femme qui reprend possession de son histoire face à une intelligence artificielle qui lui en a confisqué la narration. Dystopie ou projection de la réalité ? Il faudra le voir pour le savoir. En parallèle, on changera totalement d’ambiance avec HiHiHaHa ! La Grande Bibli’ Cracra. Derrière ce titre d’apparence enfantine se cache en réalité une archive intime d’émotions. Ou comment les transformer en espace de jeu pour mieux les comprendre, accompagné-e par une esthétique haute en couleurs.

Fin octobre, avec Back/Bridge, Habibitch relit les violences coloniales avec le filtre du présent. La danseuse et chorégraphe sera accompagnée du musicien Arezki Benoufella, en portant son attention sur la diaspora algérienne. Comment les violences systémiques perdurent encore aujourd’hui à travers d’autres discriminations ? Entre mouvement et image, elle s’efforcera d’apporter des éléments de réponse.

Construction de l’identité

Le mois d’octobre débutera avec Jour de fête. Si le titre évoque une dimension divertissante, la réalité est toute autre : il y sera surtout question de dispositifs d’enfermement et de surveillance. Entre parc d’attraction et prison, on ne sait plus très bien où l’on est. Une personne placée au centre pourra observer les autres sans être vue. Qui regarde qui ? Qui surveille ? Qui est qui ? Dans ce panoptique, la réalité pourrait bien être différente de ce que l’on croit.

Du 29 octobre au 1er novembre, Bilal El Had remet en question les modèles de masculinité dans Ch’ttahh – littéralement « danseur ». S’inspirant du chaabi marocain, si populaire dans les mariages, il s’interroge sur les normes de genre et tout ce que cela implique en termes de masculinité. Puis, en novembre, Caroline Lam nous embarque dans ses Burning Threads, où elle explore les questions de transmission, d’héritage colonial catholique en Asie, mais aussi de résilience féminine et de construction identitaire. Pour elle qui a grandi entre Saigon, Rome et la France, la mémoire familiale est traversée par l’exil et tout ce qu’un enchaînement de déplacements implique. Comment construire une identité qui lui est propre à travers tout cela ?

Du 12 au 15 novembre, il sera encore question d’identité, à travers la possession cette fois. MAJNÛN signifie « possédé par un djinn ». Sorour Darabi tente de réinventer cette figure si chère aux cultures persane et arabe. Il met en avant le contraste entre l’Iran médiéval rayonnant intellectuellement et l’imaginaire de repli suscité aujourd’hui, avec la danse comme moyen d’expression.

Trois autres spectacles encore

Du 10 au 15 novembre, Tiphanie Bovay-Klameth revient avec Paix. Forte de son succès, elle est en tournée dans différents lieux romands, pour incarner toute une galerie de personnages.  Entre vie quotidienne et scènes de création, elle nous montre comment chacun-e lutte pour sa propre paix, avec différentes définitions de ce mot selon les personnages.

Pour terminer ce premier trimestre, on pourra retrouver Mellina Boubetra et son Intro, dans laquelle elle imagine une conversation dansée à cinq, où la transe permet la communication des corps. Un spectacle joyeux pour terminer le grisâtre mois de novembre. Puis, c’est Primala Casse qui clôturera les débats. Après La Cantine de Nasreddine à l’Orangerie, voici Vieille, avec un format tout à fait différent. Il s’agit du premier épisode d’une série de pièces radiophoniques, enregistrées en live. Tout y sera produit en direct. On y retrouvera une vieille femme râleuse et solitaire, inspirée par l’œuvre de Delphine Panique, pour interroger la condition des femmes âgées, et la manière dont la société les perçoit et les traite.

Pour résumer ce premier trimestre, on pourrait se poser cette question simple : comment reprendre possession de son récit, de son corps et de son histoire dans un monde qui nous attribue sans cesse des rôles, des identités et des récits préfabriqués ?

Fabien Imhof

La programmation complète et les détails de chaque spectacle sont à retrouver sur le site de l’Arsenic.

Photo : ©Arsenic

Fabien Imhof

Co-fondateur de la Pépinière, il s’occupe principalement du pôle Réverbères. Spectateur et lecteur passionné, il vous fera voyager à travers les spectacles et mises en scène des théâtres de la région, et vous fera découvrir différentes œuvres cinématographiques et autres pépites littéraires.

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