House of Gucci : Le rouge et le vert

Le Milan des années 70, Patrizia, secrétaire dans la compagnie de son père, rencontre Maurizio, jeune homme timide mais héritier de l’une des plus prestigieuses familles italiennes. Ridley Scott nous revient avec un film aux airs de tragédie shakespearienne et porté par un casting… de marque.

Il serait difficile de trouver un nom aussi iconique au sein de de la haute couture que celui de Gucci. Ses célèbres bandes vertes et rouges sont recherchées ou répliquées à travers le monde par toutes celles et ceux voulant paraître mener un train de vie digne des tabloïds. Mais quid de la famille derrière cette entreprise tombée dans le domaine publique il y a 20 de cela ? Le nouvel opus de Ridley Scott nous narre la grandeur et la décadence de la fameuse maison.

D’entrée, on peut apprécier le grand écart artistique que le réalisateur a effectué entre son dernier film, The Last Duel, et celui-ci. Passant de la France médiévale à l’Italie contemporaine, un parallèle est toutefois traçable : le choix de Scott de donner à deux personnalités féminines fortes le rôle central. Alors que ce rôle dans The Last Duel était tenu par Jodie Comer (que l’on devrait retrouver dans un prochain projet de Scott sur Napoléon), le rôle de Patrizia Reggiani est interprété par la chanteuse Lady Gaga. Surnommée la Veuve Noire par la presse de l’époque pour avoir commandité le meurtre de son mari Maurizio Gucci, l’histoire ayant conduit à cet événement paraît prometteuse.

Et, à dire vrai, le film retraçant la quinzaine d’année que compose la durée de la relation entre Patrizia et Maurizio offre de beaux moments ou tout du moins intéressants. Mais, et que les fans de la Mother Monster me le pardonnent, Lady Gaga n’y est pour rien et l’on pourrait féliciter l’équipe du film pour être parvenu a monter le film malgré sa performance peinant à convaincre. Il faudrait alors féliciter sa prise de risque (et peut-être aussi son ego) pour assumer le décalage entre son jeu est celui des acteurs, mythiques pour certains, auxquels elle donne la réplique.

Car c’est bien là le principal attrait du film : son casting incroyable. Le simple fait d’assister à un échange entre les monstres sacrés que sont Al Pacino et Jeremy Irons vaut le prix du billet. Et si le dernier nous offre une performance impeccable dans le rôle du mélancolique Rodolfo Gucci, le premier crève l’écran ! C’est à se demander où Pacino arrive encore à chercher cette énergie après toutes ces décennies de carrière et à parvenir à toujours sonner juste. Magistral dans le personnage du patriarche, il parvient à fédérer le reste du casting autour de lui.

Adam Driver, déjà présent dans The Last Duel, dans le rôle du fade Maurizio est convaincant comme à son habitude, même si l’on est en-dessous de la qualité atteinte dans le précédent film. Pourtant, et peut-être à cause de sa partenaire, on a l’impression qu’il occupe le rôle principal du film. Personnage influençable, lâche, assisté et accessoirement responsable de la perte de contrôle de la famille Gucci sur l’entreprise, il est l’exemple type du personnage que l’on aime mépriser. On se surprend même à prendre pourtant son parti face à son épouse qu’il a pourtant fui du jour au lendemain tant celle-ci nous agace. Le décalage entre les personnages et leur interprétation est tel que cela serait même presque à se demander si cela ne serait pas voulu.

Restent Jared Leto et Salma Hayek qui viennent compléter ce casting de luxe. Le premier, grimé et méconnaissable, surjoue comme à son habitude. La dernière offre une performance plus anecdotique qu’autre chose dont il y a peu de choses à dire.

La mise en scène quant à elle est assez sobre et efficace. Pas particulièrement de moments exceptionnels mais Scott parvient à nous garder avec lui pendant les plus de deux heures et demie de film. Petit bémol, le rythme. Le film va à 100 à l’heure sans le moindre temps mort qui nous laisserait le temps de souffler ou même d’apprécier l’évolution de l’histoire. Si l’on était mauvaise langue, l’on pourrait donc dire qu’on la subit presque plus qu’on ne l’apprécie. Cette critique est à mettre en perspective avec la filmographie incroyable de Scott qui fait partie de cette race de réalisateurs dont on juge chaque nouveau film à l’aune des prestigieux sortis précédemment et ayant marqué l’histoire du 7ème art.

En définitive, Ridley Scott paraît offrir avec House of Gucci un terrain de jeu à un casting prestigieux dans une saga familiale dont le rythme et le propos pourraient nous rappeler à certains égards ceux de The Wolf of Wall Street de Scorsese mais sans parvenir à en atteindre ni la qualité ni la profondeur. Le film réussit pourtant à nous faire passer un bon moment sans trop nous faire ressentir sa durée. En d’autres termes, il ne s’agit pas là, et de loin, de la meilleure œuvre de Scott mais elle a le mérite de nous donner l’impression qu’il s’est amusé à tourner avec son casting.  À voir pour les inconditionnels du réalisateur et surtout pour Pacino.

Alexandre Tonetti

Référence : House of Gucci de Ridley Scott avec Adam Driver, Al Pacino et Jeremy Irons, États-Unis, 2021 (sortie en salles le 24 octobre 2021)

Photo : © DR

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