Les réverbères : arts vivants

La Maison Saint-Gervais laisse mission aux artistes de porter ce qui les animent

En présentant la saison à venir de la Maison Saint-Gervais, Sandrine Kuster a rappelé sa volonté de ne pas proposer de thématique ou de ligne esthétique. Cette saison, beaucoup d’auteurs et d’autrices seront au programme, parmi les 23 spectacles, dont 8 créations de compagnies genevoises, 8 coproductions et 7 accueils. 

Coréalisations avec des festivals 

C’est, comme de coutume, avec La Bâtie – Festival de Genève, que s’ouvrira cette nouvelle saison. Sophie Perez se produira pour la troisième fois à la MSG, avec Le Sturbzep, entre bordel pop et raffinement avant-gardiste, dans un co-choix effectué avec la direction du festival. On y parlera de canulars, entre monstre du Loch Ness et supercheries. Un spectacle « catastrophe » pour ouvrir la saison. Il sera suivi par les Confabulations de Diederik Peeters, pour sa première genevoise. L’artiste explore les zones troubles entre réel et imaginaire à travers des rituels envoûtants et hypnotisants. 

Au cœur de l’hiver, c’est avec Antigel que la MSG collaborera, pour accueillir Nicolas Heredia et La fondation du rien du 10 au 12 février. Au septième étage, on nous propose un spectacle où il ne se passera… rien ! On nous en aura parlé avant, mais toutes les activités prévues seront annulées. La fondation du rien, c’est un espace de rupture total, qui permet d’explorer la relation au public sans véritable sujet de spectacle. 

Des coproductions 

Vidy, Le Pommier, le TPR, Nebia, La Grange – UNIL, Usine à Gaz, Annecy, Chambéry… les collaborations cantonales et transfrontalières seront nombreuses, et permettront de couvrir les besoins de certaines créations, entre artistes émergent-es et confirmé-es. Cela permet aussi de renforcer le temps d’exploitation des spectacles, qui peuvent être joués dans plusieurs lieux. La première d’entre elles se jouera du 24 au 27 septembre. Dans Six heures plus tard, Robert Cantarella s’empare du dernier texte écrit par Stéphane Bouquet avant son décès. On y retrouvera un homme et une femme en quête de silence, dans un lien énigmatique au cœur du propos. 

Guy Cassiers et Valérie Dréville présenteront, en novembre, Thésée, sa vie nouvelle. La comédienne y incarnera tous les personnages, avec également une utilisation de la vidéo pour présenter toute la constellation familiale de ce héros. Dans ce texte dense, un homme tente de comprendre comment les drames familiaux sont transmis de générations en générations, en se demandant comment on peut couper cette transmission tragique. Juste après, François Herpeux reprendra La Force de la Farce, avec pour but premier de s’amuser. Un comique raté enregistre une capsule des meilleures blagues terrestres pour les transmettre aux extra-terrestres. Jeux de mots et autres absurdités seront donc au programme. Pour conclure novembre, on retrouvera Orélie Fuchs, qui place ses trois comédien-nes sous un mobile de tables et de chaises, pour parler de La misère du monde. Il y sera question d’actualité, de travailleur/euses, de classe moyennes… Tan Chen, Claire Deutsch et Vincent Fontannaz donneront corps et voix aux entretiens de Pierre Bourdieu, qui ont inspiré le spectacle. 

En décembre, Philippe Quesne proposera Le paradoxe de John, suite de L’effet de Serge. Ce dernier a disparu, et son appartement est devenue une sorte de galerie, permettant de perpétuer son art. Il sera suivi de Fabrice Gorgerat, avec un récit intime sur sa mère. Dans Le corps de Claudine, il raconte les expérimentations et la médicalisation autour de sa mère atteinte de Parkinson. Trois comédien-nes porteront la voix de cette femme qui a tant subi. 

La coproduction suivante interviendra en mars, avec Au nom du ciel, de Yuval Rozman. Dans le dernier volet de sa Quadrilogie de ma terre, il fait parler trois oiseaux sur scène, qui tentent de comprendre les attitudes humaines dans le conflit israélo-palestinien, en partant d’un fait divers. Enfin, en avril, place à la Masterpiece de Luisa Fernanda Alfonso. Elle créera ce spectacle à la MSG, en parallèle d’un autre au Pavillon ADC. Elle, qui vient de la danse, s’attaque à une proposition pluridisciplinaire, encore en construction. 

Des créations 

Le mois d’octobre débutera avec la nouvelle création de Manon Krüttli, accompagnée de Jonas Bühler. Dans La Table d’Amour, elle partagera un moment de convivialité. Dans ce spectacle qui devait d’abord être documentaire, elle choisit un angle plus intimiste, loin de ses précédentes propositions, inspirée par une tradition venue de l’île de Tinos, en Grèce. Caroline Bernard s’installera en parallèle au Centre-Espoir Genève, où logent des personnes en situation de handicap psychologique. Radio Dojo, projet transfrontalier, vise à ouvrir le micro à plusieurs endroits, accompagnée notamment de Belkacem, éducateur marseillais qui utilise les arts martiaux comme thérapie. Pour clore ce mois et ouvrir novembre, Barbara Baker et Xavier Fernandez-Cavada nous emmèneront en montagne, avec Impossible. On y suivra l’interrogatoire d’un témoin d’une mort en montagne. Petit à petit, des doutes sur son innocence s’immiscent…  

On se retrouve ensuite en janvier, avec Laura Den Hondt et Hell. Fille d’un père testeur de jeux vidéo, elle a décidé de monter un spectacle à partir de tous les matériaux qu’elle avait sur elle-même (avatars, archives…), avec cette question centrale : comment exister au travers des écrans, avec des personnages fictifs… Puis, Kiyan Koshoie, artiste associé à l’Usine à Gaz, présentera son Body Electric, une première pièce de groupe pour célébrer le plaisir de la danse. 

Du 4 au 14 mars, Maya Bosch s’emparera de la figure d’Hélène de Troie, dans Norma Jeane Baker de Troie. Barbara Baker – qui d’autre, vu son nom ? – y incarnera ce mélange entre la figure antique et celle qui s’est fait appeler Marylin Monroe, dans un texte féministe à la grande force poétique. Au mois d’avril, la Cie Absent·e pour le moment réécrira son Vielleicht, pour la jeunesse, dès 11 ans. Ce spectacle, qui interroge les traces coloniales qui persistent encore, notamment à Berlin, et la manière dont les nouvelles générations les rejettent ou s’en emparent, sera suivi chaque soir d’une discussion et d’une médiation. La dernière création de la saison se jouera du 27 mai au 6 juin : dans Almo BB, Davide Brancato et Noémie Griess présenteront, dans un spectacle queer et extravagant, les échos que le cinéma d’Almodovar crée en elle et lui. 

Des accueils 

Il faut faire vivre le spectacle vivant, et c’est la raison pour laquelle la MSG accueille aussi des spectacles en tournée. À commencer par Patatas Fritas Falsas, fin janvier. Un spectacle coup de poing, au sens propre comme au figuré. Agnés Mateus et Quim Tarrida, artistes engagé-es, reviennent sur 40 ans de dictature franquiste en Espagne, en reprenant les codes physiques et verbaux pour faire exister cette véritable machine à laver. Avec cette question sensible du retour des fascismes en Europe, en toile de fond… 

En avril, on retrouvera un diptyque signé Stéphanie Aflalo. Dans L’Amour de l’Art, accompagnée d’Antoine Thiollier, le duo incarnera des historien-nes auto-proclamé-es, dans une conférence désuète et loufoque sur l’histoire de la peinture. Un spectacle classé dans la collection philosophie. Ensuite, dans LIVE, avec des moyens tout aussi désuets que sa conférence, elle viendra, seule cette fois-ci, raconter les plus grands concerts pop, sur un plateau totalement nu. 

La saison se clôturera avec le spectacle de sortie de la Manufacture promo 0, dans une mise en scène de Marcia di Fonzo Bo, d’après les textes de Rodrigo Garcia. On n’en sait pas encore beaucoup plus pour l’instant, le tout étant encore en création… 

Alors, envie de découvrir les missions portées par les différent-es artistes de la saison ? 

Fabien Imhof 

La programmation complète et les détails de chaque spectacle, ainsi que les activités, sont à retrouver sur le site de la Maison Saint-Gervais. 

Photos : ©Matthieu Croizier x Dual Room 

Fabien Imhof

Co-fondateur de la Pépinière, il s’occupe principalement du pôle Réverbères. Spectateur et lecteur passionné, il vous fera voyager à travers les spectacles et mises en scène des théâtres de la région, et vous fera découvrir différentes œuvres cinématographiques et autres pépites littéraires.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *