Le cri du passé

« Nous portons les secrets qui nous sont tus encore davantage que ceux qui nous sont confiés. » (p. 108)

La Pythie est un roman de Mélanie Chappuis, autrice, journaliste, chroniqueuse et dramaturge. Nous suivons l’histoire d’Adèle Meurice, une jeune étudiante en psychologie à Genève. Tout comme la pythie, l’oracle grec de Delphes qui communique avec les esprits par la transe, Adèle se découvre un jour un don : celui de prédire l’avenir et, plus précisément, d’entrevoir le décès de son partenaire pendant l’orgasme. Ces moments d’extase sont ainsi révélateurs de morts. D’où lui vient cette clairvoyance ? Que faire de ses visions ? Doit-elle les partager avec ses partenaires ? Continuer à avoir une vie sexuelle et des partenaires ? C’est ce qu’Adèle cherche à découvrir après la disparition de son premier amour, survenue dans les circonstances exactes de sa prémonition.

Au fil des années, elle explore différentes voies afin de comprendre ce phénomène ; elle se consacre ainsi à un travail de recherche intitulé « L’extase, une transe », dans lequel elle démontre que l’orgasme est un moyen pour atteindre un état modifié de conscience. Devenue ethnopsychologue, elle réalise que, bien que la jouissance lui permette d’atteindre ces moments de transe, cela n’explique pas pour autant son don : comment parvient-elle à prédire la mort irréversible de ses amants ?

Aidée par son ancien directeur de thèse, Adèle s’essaye à l’hypnose qui aura sur elle un effet révélateur, car la réponse à ses questions se trouve dans le secret de ses propres origines. En entrevoyant ses vies antérieures, la jeune femme (qui ignore tout de ses origines) ira à la rencontre d’elle-même, de sa propre histoire. « La mémoire ne se donne qu’à ceux qui consentent à se souvenir. » (p. 99) Adèle, impregnée par la mémoire des femmes qu’elle a incarnées au cours de ses vies antérieures, sera tiraillée entre deux mondes, le passé et le futur, la vie et la mort, mais aussi entre deux lieux géographiques : la Suisse et le Chili.

L’intrigue de Mélanie Chappuis est une exploration du passé, une quête identitaire. L’histoire d’Adèle est d’abord celle d’un cri, d’un appel venu du passé – un appel qui traverse le temps, les époques et les océans pour se révéler de manière orgasmique. La Pythie nous transporte ainsi à Genève, au Tessin et au Chili, sur la trace des ancêtres d’Adèle, les Mapuches. La plume délicate de l’autrice, son écriture fine nous permettent de plonger dans la psychologie complexe de son héroïne. La musicalité des mots rythme le texte et fait voguer l’histoire entre réel et mysticisme. L’autrice explore également, de manière détaillée et sensible, le plaisir féminin. Ces descriptions sont enivrantes, empreintes de magie et baignées par une lumière bleue, à l’image de la photo de couverture du roman. « Adèle est traversée par une chaleur qui explose ses frontières. Elle a la sensation de fondre, de se dissoudre. Son enveloppe ne la contient plus. Elle la quitte, pour laisser son âme se déployer, ailleurs, dans un monde sombre, bleu foncé. » (p. 27) Livre envoutant aux mille facettes, La Pythie laisse une marque indélébile.

« Un condor n’a rien à faire au pied d’un arbre, il doit voler. » (p. 165)

Noah Grisoni

Références : Mélanie Chappuis, La Pythie, Éditions Slatkine, Genève, 2018, 192p.

Photo : © Noah Grisoni

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