Le désaccord en la personne de Violencia Rivas

Faire bonne figure, courber l’échine ou se prêter au jeu… Violencia Rivas est de celles qui auraient dit trois fois non ! Bien que ce personnage fichtrement décalé n’existe pas hors scène, sa critique du monde, elle, collerait plutôt bien avec les évènements de notre quotidien. Du 30 avril au 9 mai au Théâtre Saint-Gervais pour rire de ce qui est socialement figé ou que l’on croyait figé…  

Le verbe punker ne se décline qu’en bouche de Violencia Rivas (Léa Pohlhammer) – femme, non des années 80 mais, à l’entendre, des années 60 en Argentine. Sa coupe de cheveux annonce le personnage : frange relevée pour un panache sans fin, bigoudis immenses pour un caractère bien trempé, se fichant du l’on-pourrait-penser-que-… et des cheveux bruns opaques, pour marquer son air prêt à en découdre. On boit ses paroles, ses chants, nous, ayant l’impression soudaine d’être des praires, des mollusques juste assis là, devant elle, incapables d’être aussi brillants qu’elle sur scène. Et qu’importe finalement si cette dame existe hors du théâtre ou non, elle a nous assène une leçon de vie semblable à un coup de poing violenc…ia. Leçon, oui, mais d’une maîtresse si décalée et narcissique, qu’elle en devient plaisante, jouissive même.

Sur l’instigation de Violencia

La punkette, dotée de délicats talons de danseuse et affublée d’un jogging baillant, entrave les codes et s’en amuse. Telle une star, qui, pourtant, se moque des stars, elle ne viendra pas tout de suite sur scène mais s’assure que son jules, mi branquignol, mi play-boy canin (Adrien Barrazone) prépare sa venue. Pif paf pouf, est-ce que les lumières criardes de l’arc-en-ciel rendent bien ? Les mélopées latino piquantes résonnent-elles avec brio ? Wouf wouf. Voilà qu’il agite les oreilles de plaisir. Un bon toutou, qui se fera allègrement gratter le ventre. Quel pouvoir cette Violencia…

Mais pourra-t-elle vraiment profiter des privilèges d’une star, tant chaque statut social semble être la cible de ses combats les plus hargneux ? Starlette de la télé, sociologue ou psychologue comme ses filles – ARGH ! Elle explique aux téléspectateurs comment tout ceci, enfants et métiers socialement valorisés, la répugnent. Et ainsi, elle demande, elle questionne et déblatère contre le monde entier, qui s’en va aux fitness, écouter des chansons d’amour à la noix sans aucune mélodie originale. Nous – les encéphales zéro, notre cher pseudo, nous sommes d’accord sans réfléchir. Et c’est elle qui dessillera nos yeux, c’est à travers elle que nous nous réveillerons de notre torpeur idiote. (Quelle gourou !)

Le présent, ce mélange sulfureux de passé et futur

Le spectacle est multi-dimensionnel et nous semble venu d’un autre temps, tant il était devenu normal, avec la pandémie, de balayer uniquement devant sa porte et de faire son prêchi-prêcha quotidien avec soi et ses cercles sociaux comme seule référence. Le manager canin est polyglotte (oui, enfin ! D’autres langues !), maîtrise son élément, décide de pauses lorsque sa maitresse s’emporte dans ses colères et enseigne au public, tout ce qu’il ne faudrait pas enseigner. Faudrait… encore une cible de Violencia Rivas. Il n’y a pas que le simultané qui compte, il y a bien plus, il y a ses effets d’attente, de suspense, propre au spectacle dont il est chargé – propre au spectacle que nous regardons. Guetter les comédiens, attendre le climax d’une scène, bon sang, quelle respiration retrouvée !

La punkette aux poils d’aisselle interminables – tout est là pour titiller, provoquer -, nous parle de ses succès du passé (tous… sauf ses cinq filles), puis de ceux à venir. Son manager porte d’ailleurs toute son attention dans un grand show mais on ne sait pas trop s’il surviendra sous peu, ou si le show, c’est déjà, ça ? Après tout, il y a des paillettes et des beaux spots mais on se coupe la parole à quelques reprises – alors peut-être que ce n’est qu’une répétition de ce qui viendra, bientôt ? On salive, mais sans baver, car nous, nous, ne portons pas de masque aux airs de museau de chien.

La révolte est manifeste mais elle nous laisse amplement le temps d’y réfléchir et de rire franchement. C’est une rébellion contre toute forme de code, à quelques instants, arrogante, comme on aime se faire piquer. La révolte est poétique, puisqu’il s’agit, derrière ces formules de vie toute faite à déconstruire de retrouver nos pulsions premières, nos envies, l’amour, l’humain et de se prendre les bras pour sentir le souffle de l’autre et nous avons le feu vert, voire multicolore, de Violencia. Ouf.

Laure-Elie Hoegen

Infos pratiques :

Violencia Rivas, de Léa Pohlhammer, du 30 avril au 09 mai 2021 au Théâtre Saint-Gervais.

Conception, texte et jeu : Léa Pohlhammer et Adrien Barazzone

Photos : © Anouk Schneider

Laure-Elie Hoegen

Nourrir l’imaginaire comme s’il était toujours avide de détours, de retournements, de connaissances. Voici ce qui nourrit Laure-Elie parallèlement à son parcours partagé entre germanistique, dramaturgie et pédagogie. Vite, croisons-nous et causons!

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