Le POCHE/GVE : être ensemble, encore

Jeudi 23 septembre dernier, Mathieu Bertholet inaugurait la nouvelle saison du POCHE/GVE en présentant l’ensemble de la nouvelle saison, en rappelant les trois valeurs fondamentales de son mandat : éthique, durable et local.

C’est tout de blanc vêtu que le directeur du POCHE/GVE, tout juste auréolé d’un prix suisse des arts de la scène, s’est présenté au public venu nombreux dans le petit théâtre sis en Vieille-Ville de Genève. Pour sa septième saison à la tête de l’institution, il a tenu a rappelé qu’il s’agissait désormais du plus vieux théâtre de la Cité, du haut de ses presque 75 ans, et des 40 dans ce bâtiment. Évoquant l’âme du lieu, il a insisté sur son intérêt pour les textes et les mots, devant le public réuni en « assemblée poélitique » (un mélange de poétique et politique). Revendiquant ce terme, il a parlé de l’utilisation du féminin générique depuis plusieurs années dans tous les textes qui accompagnent les spectacles, de l’ensemble, mais aussi des trois couleurs primaires qui agrémentent les affiches de la saison, et qui symbolisent les trois valeurs : éthique, durable et local. Éthique d’abord, car il engage autant de femmes, voire plus, que d’hommes, autant d’émergent·e·s que de comédien·ne·s pétri·e·s d’expérience, autant d’artistes que de membres fixes de l’administration ; durable ensuite car les artistes s’engagent pour au moins 5 mois de représentations, qu’un même décor se module pour six spectacles, que la taille des flyers a été réduite et parce que le site internet se veut aussi plus écologique ; local enfin, car il s’agit de faire travailler des personnes du cru, ou qui sont au moins de passage à Genève, sans les faire venir de loin pour l’occasion. Et tout cela ne serait pas possible dans le comité de spectatrices, qui assiste à chaque générale, les billets suspendus qui permettent à des non-habitués d’assister à des spectacles, au comité de lecture qui sélectionne les textes de la saison ou encore à toute l’équipe du théâtre, qui a d’ailleurs beaucoup changé pour la saison é venir ! Une saison qui s’annonce riche d’ailleurs, puisqu’elle reprendra les spectacles prévus la saison dernière, avant d’en proposer six nouveaux, pour un total de douze spectacles au répertoire !

Une saison haute en couleur

Le blanc du costume du directeur ne sera pas resté longtemps immaculé, puisqu’au moment de présenter les spectacles de la saison, les comédien·ne·s et membres de l’équipe administrative s’en sont donné à cœur joie pour l’asperger de peinture, afin qu’il soit assorti aux couleurs de sa saison ! Après avoir présenté le nouvel ensemble, composé des ancien·ne·s (Valeria Bertolotto, Angèle Colas, Jeanne De Mont, Fred Jacot-Guillarmod et Jean-Louis Johannides), des nouveaux·elles (Aurélien Gschwind, Barbara Baker, Zacharie Jourdain, Céline Nidegger et Zoé Sjollema), ainsi que de la guest-star Caroline Gasser, est venu le temps de dévoiler les spectacles au programme.

Jusqu’à fin 2021, ce sont les pièces prévues au répertoire de la saison dernière qui seront proposées. À commencer par La maison sur Monkey Island, dès le 11 octobre, ce spectacle de Rebekka Kricheldorf dans lequel quatre scientifiques travaillent sur la viande de synthèse, croit-on. Alors que le vrai sujet n’est autre que la surveillance de nos données digitales… Une semaine plus tard, Edith (Le journal d’Edith) reviendra au programme. Jeanne De Mont excellera à nouveau en y mélangeant la vie triste d’une femme d’intérieur des années 50 et celle qu’elle s’invente dans son journal intime. Ou quand fiction et réalité se confondent pour ne faire plus qu’une.

En guise de pendant à Edith, les mots de Julia Haenni résonneront dès le 1er novembre dans femmes disparaît, qui interroge les rôles donnés aux femmes dans les théâtres, mais aussi dans la société. Au milieu des conflits générationnels qui s’ensuivront, c’est un spectacle joyeux, libéré et drôle qui nous sera proposé. Et dès le 17 novembre, retour du texte méconnu de Tennessee Williams, Dans le bar d’un hôtel de Tokyo, un de ses rares écrits où la protagoniste s’en sort bien et où l’intrigue ne se déroule pas aux États-Unis, mais bien au Japon. L’histoire d’une femme de pouvoir, une « couguar » avant l’heure, qui ne laissera pas indifférent…

La fin de l’année se consacrera aux relations de couples, avec, dès le 22 novembre, Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, qui mettra en scène des couples « différents », autant en termes de sexualité que d’âge, alors que, une semaine plus tard, débutera Qui a peur de Virginia Woolf ?, où les couples dits classiques et hétérosexuels seront à l’honneur. Une manière de dire que tout peut exister, mais que les problèmes – et l’amour – sont toujours là, quel que soit le type de couple !

Après la pause dévolue aux fêtes de fin d’année, la nouvelle saison débutera dès le 24 janvier, avec Concert à la carte, une longue didascalie littéraire, dans laquelle une femme rentre chez elle et effectue des gestes banals du quotidien, que Maya Bösch a choisi de transformer en chœur. Un texte intriguant à découvrir en 2022 ! Pour clore le mois de janvier, les mots de Max Frisch se dévoileront sur la scène du POCHE/GVE, dans L’Homme apparaît au Quaternaire, un spectacle raconter le séjour d’un homme dans son chalet du Val Maggia durant un été encore plus pourri que celui qu’on vient de vivre. Il y sera question d’érosion de la nature, mais aussi de celle sa mémoire… Poétique, non ?

Pour la Saint-Valentin, quoi de mieux qu’un En attendant Godot moderne ? Dans Privés de feuilles les arbres de bruissent pas, ce sont deux femmes, dont l’une vient de quitter un mari violent, qui attendent devant un camping. Avec impatience ou peur ? À vous de le découvrir dans ce texte à la fois drôle et tragique. Drôle et tragique, la re-création d’Unité modèle, le sera aussi ! Alors que deux promoteurs veulent nous vendre un appartement-témoin de rêve, avec la vie de rêve qui va avec, la réalité se craquelle, et on découvrira qu’eux-mêmes ne vivent pas cette vie si parfaite qu’ils cherchent à refourguer…

Dès le 15 mars, rendez-vous dans le quartier des stars, avec Pacific Palisades, qui nous conduira à une enquête autour d’un étrange fait divers, qui conduira Guillaume Corbeil dans des histoires toutes plus rocambolesques les unes que les autres… Et la saison se conclura en apothéose culinaire avec Spaghetti bona fide, qui nous montrera que parler de ce qu’on mange peut nous éviter d’évoquer les sujets qui fâchent. Et ceci est d’autant plus vrai quand le dialogue met en scène deux politiciens issus de partis aux idées différentes et qui doivent collaborer pour monter un gouvernement…

Riche et colorée, tels pourraient donc être les maîtres-mots de cette nouvelle saison, intitulée « Ensemble encore », au POCHE/GVE !

Fabien Imhof

Tous les détails de la saison sont à retrouver sur le site, écologique, du POCHE/GVE !

Photos : © Samuel Rubio

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

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