Lexique autobiographique : détourner les définitions…

Depuis plusieurs années, le Département de langue et littérature françaises modernes de l’Université de Genève propose à ses étudiantes et étudiants un Atelier d’écriture, à suivre dans le cadre du cursus d’études. Le but ? Explorer des facettes de l’écrit en dehors des sentiers battus du monde académique : entre exercices imposés et créations libres, il s’agit de fourbir sa plume et de trouver sa propre voie, son propre style ! 

La Pépinière vous propose un florilège de ces textes, qui témoignent d’une vitalité créatrice hors du commun. Qu’on se le dise : les autrices et auteurs ont des choses à raconter… souvent là où on ne les attend pas ! 

Aujourd’hui, Michael Gavaggio se raconte, en quelques mots, au fil de la plume…

* * *

Confucius : « Que le souverain soit souverain, le sujet un sujet, le père un père et le fils un fils. »

Je suis le Confucius dérisoire d’enfants irrévérencieux et libres.

Glacier : Durant l’été, mon père m’a emmené à la montagne. La veille, au son de la vieille radio crachotant un air de jazz, nous avions préparé notre barda : gourdes, pulls, cordes, crampons et carte au 1/50 000. Je nous revois partir au petit jour, cheminant sur le sentier entre les mélèzes, calant ma marche sur son pas lent et sûr, tandis que la lumière dorée, des sommets, gagnait la vallée. Arrivés sur la crête, nous nous sommes arrêtés un instant. Sous nos yeux, le glacier s’étendait, étincelant et immuable. L’air vif et l’éclat du soleil sur la neige me brûlait les pommettes, l’acier de son lourd piolet militaire pesait dans ma main, mais tout n’était que sérénité.

Nous parlions peu. Parfois, il me désignait tel groupe de bouquetins sur un éperon rocheux, ou tel sommet au loin, se souvenant à voix haute d’une de ses expéditions de jeunesse ; Ulysse des Alpes évoquant une lointaine Ogygie à son petit Télémaque. Les mots n’étaient guères utiles, et dans cet univers minéral et immaculé, si près du ciel, il semblait que nos pensées pouvaient se rencontrer dans l’éther.

Puis nous sommes redescendus ; moi, vers mes pérégrinations, lui, vers sa retraite, au bord de l’océan.

Le glacier a bien fondu depuis.

Livre : Heureux soit-il, l’obscur Sumérien qui inventa l’écriture. Sans lui, l’ensemble des connaissances du monde me seraient restées inaccessibles.

Heureux soit-il, ce Chinois méconnu qui inventa le papier. Sans lui, m’adonner à la lecture en voyage, chargé de tablettes de cire ou de peaux de mouton, eut été bien incommode.

Heureux soit-il, cet Égyptien anonyme qui le premier relia des feuillets pour en faire un codex. Sans lui, ordonné comme je suis, les trois-quarts de ma bibliothèque seraient déjà perdus.

Heureux soit-il, ce brave Gutenberg de Mayence, qui conçut les caractères mobiles. Sans lui, pour tenir un livre entre mes mains, j’eus dû entrer dans les ordres ou me ruiner.

Heureux soient-ils, enfin, les Anciens, d’où qu’ils viennent, qui inventèrent la poésie et les contes. Sans eux, c’est toi, livre, qui aurait disparu sous l’aridité de notre pensée.

Rêve :

– Disposition de l’esprit, la plus naturelle chez l’être humain.

– Matière principale dont est constituée la précédente entrée.

Samba :

De l’allégresse du peuple il fut, né sans couleur

Sur les pavés disjoints des rues il cavalcade

De la paume de la main jusqu’à l’écho des chœurs

Du gringo égaré caresse la saudade

Michael Gavaggio

Photo : ©aatlas

Ce texte est tiré de la volée 2020-2021, animée par Éléonore Devevey.
Retrouvez tous les textes issus de cet atelier ICI.

 

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