Libération d’une femme et d’un fils

« Une hypothèse : ce que je crois, c’est que s’il n’y avait pas eu notre rapprochement ces dernières années, ce rapprochement qui a commencé par notre éloignement, je ne me serais pas souvenu de cette histoire. C’est parce que notre relation a changé que je peux maintenant voir notre relation avec bienveillance, ou plutôt, faire renaître les fragments de tendresse dans le chaos du passé. » (p.89)

Une mère c’est toujours une histoire. C’est un univers qu’on ne maîtrise pas. Elle est une partie de son enfant, il est une partie d’elle, mais ce sont deux personnes différentes. Il est parfois difficile de dire à sa mère qu’on l’aime, de l’amener à se confier sur sa vie. Comme si une pudeur étrange régnait entre une mère et son enfant. Et que reste-t-il quand la parole est difficile ? L’écriture.

Combats et métamorphoses d’une femme d’Édouard Louis (2021) revient ainsi sur la vie de la mère de l’auteur. Sa vie de mère, qui n’est d’abord que mère, sa vie difficile qui prend du temps à s’adoucir. C’est l’histoire d’une femme oppressée par son mari, une femme qui semble passer à côté de sa vie et qui un jour décide d’être libre. Édouard Louis offre là un récit touchant, celui d’un fils à sa mère, en essayant de reconstituer sa vie, de comprendre son propre éloignement d’elle : « Je ne savais pas avant cette scène qu’il était mal de vouloir une autre mère. » (p. 37) Par l’intermédiaire de mécanismes qui rappellent les tropismes du nouveau roman (notamment Enfance de Nathalie Sarraute), Édouard Louis explore le lien qui l’unit à sa mère. On suit le mouvement de sa pensée et on découvre avec lui l’estime, jusque-là muette, qu’il éprouve pour elle. L’écriture, un peu décousue, alterne entre des chapitres aux allures de petits poèmes, un style notationnel et une prose littéraire plus construite. Deux photos qui suggèrent également le du pouvoir des mots : on y voit l’auteur et sa mère à certains moments de leur vie ; on y voit leur regard et ce qui n’a pas encore été dit.

Bien que, par son texte, Édouard Louis tienne à offrir à sa mère « une demeure dans laquelle elle puisse se réfugier » (p. 117), c’est aussi un message d’espoiru’il livre à son lecteur. Comprendre sa mère et son enfance, c’est se comprendre soi-même. L’écriture répare et les mots apaisent, l’auteur lui-même semble s’être libéré. Derrière une mère, il y a toujours une histoire et celle-ci vaut la peine d’être lue.

Laura Joy Stresemann

Références : Édouard Louis, Combats et métamorphoses d’une femme, Paris, Seuil, coll. Cadre rouge, avril 2021, 128 p.

Photo : © marvelmozhko

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