Protéger notre diva

Dépasser ses peurs, réparer ses blessures ou sentir le pouls d’une nouvelle communauté : Einari Paakkanen porte à l’écran un véritable plaidoyer en faveur du karaoké. Si l’autre P. est souvent inatteignable, Karaoke Paradise, lui, est à portée de micro.

La Finlande est ce territoire vaste, marqué par les forêts infinies et giboulées de neige à gogo. Si le drapeau du pays désigne les lacs qui s’enchaînent ; il évoque aussi l’hiver interminable qui fait place à une grande monotonie… que l’on pourrait craindre ! Le film de Paakkanen est traversé par cette peur de l’oubli, de la grande solitude au beau milieu des bouleaux. Une ambiance calfeutrée, des tons gris clair comme enfumés par les brumes glacées que l’on apprécie pour entrer rapidement dans ce nouvel univers. Et pourtant, chants berçants et folkloriques en arrière-fond, la tristesse n’aura pas lieu d’être. Nous suivons le parcours d’une femme déterminée à rassembler tous ces Finlandais désorientés par les tracas d’une vie nordique autour d’une joyeuse activité : le karaoké, portatif (vous verrez pourquoi !)

Il n’y aura pas d’autres musiques, ou presque, pour accompagner l’ambition de notre héroïne que celle produite par les différentes voix qui défilent devant elle. Elles nous captivent d’ailleurs. Habituée aux kilomètres, elle nous explique qu’elle a déjà tout vu sur la route mais rien ne la refroidit (un comble !). Elle va là où il faut apporter le bonheur ou un instant bref de légèreté, en musique. Impressions d’une caméra à l’épaule lorsqu’elle décharge et replace, à chaque fois, ses appareils pour lancer le karaoké. On devine l’effort constant mais elle ferait tout pour être à l’écoute des blessés de la vie qui vivront leurs émotions portées par les paroles d’un autre. On ne sent pas d’empathie démesurée mais le plaisir d’être ensemble, au bon moment. Comme ce contraste semble important !

Il y a, parallèlement à la première histoire, ce garage perdu en Finlande centrale, dans lequel le propriétaire, divorcé et à la recherche d’une seconde âme sœur, s’est aménagé un espace de chant pour accueillir ses compères et chanter. Il y a aussi cette femme, dévorée petit à petit par la maladie de Parkinson, qui chantera jusqu’aux dernières minutes avant l’opération. Il y a des flots d’alcool derrière les micros, certes, œuvrant comme des réparations superficielles aux petits maux mais la chanson est plus forte. L’on ne juge pas les voix, on les accueille dans leur différence. L’évaluation n’a pas sa place ici. Très Finlandais, tout ça.

Laure-Elie Hoegen

Référence :

Karaoke Paradise, d’Einari Paakkanen, Finlande, 2022, 72 min.

Photo : © DR

Laure-Elie Hoegen

Nourrir l’imaginaire comme s’il était toujours avide de détours, de retournements, de connaissances. Voici ce qui nourrit Laure-Elie parallèlement à son parcours partagé entre germanistique, dramaturgie et pédagogie. Vite, croisons-nous et causons!

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