Quand l’authenticité devient fiction

Unité Modèle, une pièce grinçante du québécois Guillaume Corbeil, allie le drame à la comédie. Elle est présentée au POCHE/GVE jusqu’à mi-mai. Alors que la société nous démontre que l’être humain se laisse convaincre de presque tout par un storytelling bien ficelé, Unité Modèle nous donne ici l’espoir de constater que tout un chacun possède une réelle capacité de réflexion et d’analyse.

Deux personnages sur scène, interprétés par Céline Nidegger et Aurélien Gschwind, deux commerciaux qui font de la propagande en faveur d’un projet immobilier de rêve. Elle et lui pourraient former un couple en devenir, qui vivrait une belle histoire d’amour dans ce cadre de vie idyllique qu’est le projet Diorama, où tout a été prévu et uniformisé pour satisfaire le client, une vraie réussite néo-libérale, un mode de vie.

Le storytelling commence, pourtant, la protagoniste ne croit en rien à ce qu’elle raconte, elle bute sur les temps, faut-il utiliser le futur ou le conditionnel ? Elle et lui racontent une histoire hypothétique et parlent de manière saccadée, comme deux personnages irréels. L’histoire est simple, celle d’un couple qui s’installerait pour vivre dans un complexe immobilier qui procure tout confort, la modernité et une technologie de pointe. La promesse : un lieu qui exauce le moindre des desiderata. Est aussi fournie aux clients, une solution à quelconque besoin qu’ils pourraient avoir. Ils font l’apologie de ce complexe immobilier en imaginant ce que serait un chapitre de vie idyllique en son sein.

La pièce se déroule dans cet appartement idéalisé, un écran est à quelques reprises déroulé et nous découvrons sur ces images l’existence d’un jeune garçon malade.  Les comédiens passent de leur rôle de commerciaux, à celui d’amoureux au quotidien, ils donnent l’image d’un couple parfait. Les représentants mettent en parallèle les matières luxueuses dont est composé le lieu de vie avec les gestes des amoureux, les deux sont ainsi reliés. Ils idéalisent tout, même ce qui ne va pas. Puis, la mention d’une amie d’enfance qui serait venue à la maison rendre visite à la femme, et y a même dormi semble obscurcir la belle histoire d’amour. Leur idylle s’effrite graduellement, le couple bat de l’aile, il souffre. L’homme découvre que sa compagne a un jardin secret.

La commerciale s’ouvre à son protagoniste masculin, dans un monologue où elle cite la façade en elle, cet autre « moi », une femme qui n’est pas elle. Elle critique tout ce qu’ils avaient vanté jusqu’ici à leur clientèle sur cette Unité modèle. Elle mentionne son fils et parle de la femme qu’elle aurait voulu être, puis du rêve qu’ils voulaient vendre pour Diorama, plus exactement, de la poudre aux yeux alors que son fils, malade est lui bien réel. Elle se montre ici assoiffée d’authenticité.

Dans Unité modèle, l’auteur image le besoin de possession dont la société de consommation souffre et critique à sa manière le marketing notamment, le storytelling créé pour offrir du rêve et commercialiser les objets de marque. Il va plus loin en dénonçant le phénomène qui pousse l’être humain à être assisté et pieds et poings liés. C’est exactement ce que le projet Diorama représente. Mais heureusement, Guillaume Corbeil a fait le choix de donner une fin positive et pleine d’espoir à sa pièce. Une soirée théâtrale intense, un rythme enlevé, un excellent duo de comédiens !

Valérie Drechsler

Infos pratiques :

Unité modèle, de Guillaume Corbeil, du 4 mars au 14 mai 2022 au POCHE/GVE.

Mise en scène : Céleste Germe

Avec Aurélien Gschwind et Céline Nidegger

Photos : © Mélanie Groley

Valérie Drechsler

Le cœur et l’esprit de Valérie vibrent au rythme des découvertes de créations artistiques ; théâtre, danse, musique, cinéma, beaux-arts. Née dans le monde culturel, elle a étudié les arts, y travaille et cultive cette richesse qui sans cesse appelle à être renouvelée.

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