Rire de la banalité du quotidien

« Ça va ? Bien et toi ? », on l’entend des dizaines de fois chaque jour. Ce sont ces expressions et bien d’autres qui sont questionnées dans Si ça va, bravo, de Jean-Claude Grumberg, à voir jusqu’au 17 octobre au Théâtre Le Crève-cœur. La promesse d’Aline Gampert est tenue : on rit !

Si ça va, bravo est une suite de scénettes toutes plus hilarantes les unes que les autres – à l’exception de la dernière – qui proposent des dialogues entre des personnages hauts en couleurs. Dans les diverses intonations des « ça va ? », « Et toi ? », et autres « Bravo ! », ce sont les différentes intentions, si subtiles soient-elles que l’on perçoit et dont on a parfois tendance à oublier le vrai sens. Car oui, ces expressions ont bien un sens et ne sont pas de simples conventions sociales, comme le pensent certains protagonistes du spectacle ! Ce qui donne lieu à des quiproquos et autres jeux de mots à se tordre de rire !

Une écriture ciselée

On connaît Jean-Claude Grumberg pour ses textes dramatiques et son ironie assassine, comme les extraits qu’on avait pu entendre dans le Festival de la paranoïa l’an dernier ou, il y a un peu plus longtemps, dans le bouleversant Votre maman au Théâtre Alchimic. Il revient cette fois avec un texte beaucoup plus léger, et ce, bien qu’au fond, la pièce vienne taper où ça fait mal ! On retient avant tout le côté comique et les rires francs du public. Dans la première partie de la pièce, la part belle est faite aux jeux de mots et à l’humour grinçant, comme avec ce personnage (notons que presque aucun d’entre eux ne porte de nom) qui aime être seul, mais à deux, et l’autre (Camille Figuereo) qui tente de lui faire comprendre qu’elle veut être vraiment seule. Terminer sa réplique par « Tu me suis ? » n’était sans doute pas la bonne idée… Par la suite, ce sont surtout les quiproquos, façon théâtre de boulevard, qui sont à l’honneur. On évoquera ici cette scène où deux femmes d’un certain âge discutent d’Henri et Robert, deux hommes qu’elles connaissent et qui semblent souffrir d’une embolie pulmonaire. Le dialogue est si bien fait qu’on ne s’y retrouve plus entre les deux hommes cités, donnant lieu à un moment qui dure, et dure, sans qu’on ne s’en lasse ! Dialogue de sourds, vous avez dit ?

Des comédiens et comédiennes exceptionnel au service d’une mise en scène riche et colorée

Le début du spectacle est déroutant : alors qu’on nous a annoncé une comédie, on croit d’abord se sentir à l’étroit dans une atmosphère des plus angoissantes. Quelques notes aiguës de piano résonnent, la scène, entourée de miroirs déformants, est remplie de têtes de mannequins montées sur des tiges. Au milieu de celles-ci se trouve Florian Sapey, d’abord aussi inexpressif que les têtes qui l’entourent, et tout de blanc vêtu. L’ambiance rappelle celle d’un asile, sans doute pour nous rappeler la folie ordinaire et quotidienne dont on va nous parler. Bien vite, on retombe toutefois du côté de la comédie, avec tout le talent du comédien qui discute avec les têtes autour de lui et leur donne vie. Et alors qu’il préfère parler aux muets qu’aux sourds, on a l’impression d’entendre les répliques de ces têtes qui pourtant ne prononcent pas un mot ! Et cela, il fallait le faire !

Au fur et à mesure des scènes, tout est de plus en plus coloré : les perruques sont de plus en plus loufoques, la musique de plus en plus joyeuse, et les comédiens et comédiennes prennent un plaisir non-dissimulé ! On citera la scène d’après le théâtre entre Anne-Catherine Savoy (et ses expressions faciales hilarantes) qui interprète une actrice ratée reconvertie en prof de théâtre pour enfants, et Simon Romang, en prof d’histoire-géo qui déteste le théâtre mais qu’elle prend pour l’un des acteurs du spectacle, donnant lieu, encore une fois, à un sacré quiproquo. Et pour donner encore plus d’aspects comiques à sa mise en scène, Cédric Dorier n’hésite pas à insérer des extraits quelques classiques de la chanson française (Résiste, Ma gueule…) au milieu des répliques des acteurs. Sans oublier le côté revue des scènes collectives chantées, avec des paroles très simples : « Si ça va, bravo », avec quelques variations… Tout cela donne à l’ensemble un air de joyeuse troupe, dont la bonne humeur est communicative !

Seule la scène finale jure un peu avec l’ensemble : plus triste, plus profonde – et encore une fois magnifiquement écrite – on peine d’abord à comprendre le lien avec le reste. Avant de se dire que, malgré l’aspect comique de ce qui nous est raconté, ces expressions et le monde en général peuvent aussi souffrir d’un certain désenchantement. Et c’est là qu’on retrouve, encore une fois, toute la verve de la plume de Jean-Claude Grumberg, à laquelle la superbe mise en scène de Cédric Dorier rend parfaitement honneur !

Fabien Imhof

Infos pratiques :

Si ça va, bravo de Jean-Claude Grumberg, du 21 septembre au 17 octobre 2021 au Théâtre Le Crève-cœur.

Mise en scène : Cédric Dorier

Avec Camille Figuereo, Simon Romang, Florian Sapey et Anne-Catherine Savoy

https://lecrevecoeur.ch/spectacle/si-ca-va-bravo/

Photos : ©Loris von Siebenthal

Fabien Imhof

Titulaire d'un master en lettres, il est l'un des co-fondateurs de La Pépinière. Responsable des partenariats avec les théâtres, il vous fera voyager à travers les pièces et mises en scène des théâtres de la région.

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