Spartivento: Portrait d’un doux été

Aujourd’hui, La Pépinière vous emmène au sein de l’atelier de critiques qu’elle organise pendant le festival Visions du Réel. Les participant-e-s ont visionné un film et se sont livrés à un exercice de critique courte. En voici une dernière autour du poétique Spartivento. Elle est signée Abril Trujillo.

Dans un petit village balnéaire au bord de la Méditerranée, Rosetta et son petit-fils Ariele passent des vacances d’été ensemble. Rythmées par la routine, leurs journées s’écoulent entre l’intérieur d’une maison aux murs crème, un jardin frémissant de vie et la plage, où les cheveux de la nonna se confondent avec l’écume des vagues.

La première image de Spartivento (2022) place l’histoire du couple grand-mère / petit-fils sous le signe de la transition. Aurore ou crépuscule, cette ouverture teintée de rose promet de la douceur et annonce une relation dont la tendresse dépassera le cadre serré des quinze premières minutes du moyen-métrage italien. Assistons-nous à la fin ou au début de quelque chose ? Comme s’il déployait devant nous un album photo de famille, Marco Picarreda nous emmène dans le monde des personnages à travers une succession de plan fixes : les premières lueurs du jour filtrées par les feuilles du jardin, un sac plastique oublié, Rosetta qui lit au petit matin. Cependant, très vite, l’énergie vibrante d’Ariele vient perturber ce réveil en douceur. En constant mouvement, le jeune homme entre et sort du champ visuel de la caméra à sa guise. Ainsi, il existe au-delà de l’objectif de Picarreda, qui ne fait que capturer des étincelles d’un été partagé. Au fur et à mesure que la journée avance, nous apercevons grand-mère et petit-fils chanter « Sei bello et sei mio amore » à deux voix, discuter à table et se disputer au retour de la plage : bref, ils s’accompagnent et profitent au maximum d’un séjour qui s’avérera être leur dernier ensemble au sud de l’Italie.

Cet émouvant instantané de famille laisse derrière lui une vague et douce tristesse qui, comme le bruit de la mer, se prolonge au-delà des images projetées sur l’écran. Au terme des vacances, la frontière entre le bleu du ciel et celui de la mer effacée, le sentiment que chaque fin est un nouveau commencement résonne en nous.

Abril Trujillo

Références : Spartivento, de Marco Picarreda, Italie, 2022, 38 minutes.

Photo : © DR

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