Éditions Nouveau Monde : « Oberour ar maro » (Chris B. Honspacq) (partie 1)

Le Collectif Nouveau Monde a vu le jour en octobre 2010. Son objectif : donner la parole à des artistes méconnu·e·s mais talentueux·ses, et leur permettre de se faire davantage connaître du public. En 2012, la revue littéraire Nouveau Monde, spécialisée dans les littératures de l’Imaginaire, a pris son envol : 14 numéros, 4 hors-séries, 296 nouvelles publiées, des tonnes d’illustrations et des milliers de pages… la revue a tiré sa révérence en 2018. Son blog, quant à lui, a porté des dizaines de matchs d’écriture, 6 tournois des nouvellistes, 2 tournois des illustrateur·rice·s, des centaines de nouvelles, des dizaines d’auteur·rice·s, des amitiés et des projets professionnels.

Comment reprendre une vie « normale » après cette odyssée ? L’équipe de Nouveau Monde n’a pas voulu s’arrêter là : l’idée d’un site littéraire collaboratif a germé peu à peu, jusqu’à accoucher d’Un Monde de Mots en 2018 et, dans la foulée, d’une anthologie parue en format numérique et papier.

Puis vint l’année 2020, si étrange et anxiogène… L’heure était venue de donner vie à Légende, la revue des Mondes et Merveilles SFFF, une revue littéraire SFFF (Science-fiction, Fantastique, Fantasy) qui publie désormais de manière apériodique des nouvelles, chroniques littéraires, interviews, conseils d’écriture et de publication. Elle a pour mission la promotion des auteur·rice·s des littératures de l’Imaginaire, la mise en lumière de talents inconnus… mais propose aussi de nombreux défis d’écriture.

L’intégralité des textes de Nouveau Monde et Légende est à retrouver sur leur site respectif.

L’autrice du jour

Lectrice invétérée, Chris B. Honspacq a commencé à poser des mots sur le papier vers l’âge de douze ans. Ce n’est que bien plus tard qu’elle a décidé de partager ses écrits. Et c’est désormais à dos de dragon qu’elle parcourt les plaines de Seine-et-Marne, le pieu à la main qu’elle sillonne les rues la nuit, quand elle ne court pas à travers bois au milieu des créatures de toutes sortes…

Parmi ses écrits, vous pouvez retrouver entre autres : « Dernier délai » (nouvelle publiée chez L’Imaginarius en 2013), « Le goût du sang » (nouvelle dans le webzine Corbeau, 2014), « Fuir » (nouvelle dans Créatures des Otherlands 2, éd. Otherlands, 2015), Les monstres sont lâchés (recueil de nouvelles, L’Ivre-Book, 2017), Des rêves et du sang (roman, Mots en Flots, 2018)… et de nombreux autres textes encore !

Suivez son travail sur SON SITE !

* * *

Oberour ar maro (partie 1)

Une silhouette glissa devant la fenêtre. Des ongles crochus crissèrent contre la vitre. Le cœur de Martin sauta un battement. Les draps remontés jusque sous les yeux, il lorgnait les carreaux donnant sur la nuit. Il avait oublié – erreur qu’il regrettait vivement – de fermer les volets, et désormais, l’obscurité à peine éclairée de lune s’invitait dans sa petite chambre. Et avec elle, ses ombres inquiétantes. Il les guettait malgré lui, son regard se portant sans cesse sur l’extérieur bien qu’il se contraignît à n’en rien faire. Une main se plaqua soudain contre la vitre, longue et squelettique. Martin jeta un cri et se redressa, les doigts crispés sur la couverture. Une tête apparut. Le sombre capuchon relevé ne laissait voir que deux yeux rouges et brillants qui dardèrent sur le garçon terrorisé leur lueur maléfique. Avec lenteur, les battants de la fenêtre qu’il avait cru fermés s’ouvrirent, poussés par la créature. Elle commença à se hisser à l’intérieur ; la tête, les épaules, puis le buste étaient déjà dans la pièce lorsque Martin, trempé de sueur, se réveilla au milieu de son lit défait.

Il cligna des yeux dans la noirceur de la chambre. Seule luminosité, les deux heures quatorze minutes qu’indiquaient les chiffres rougeoyants du radio-réveil. Il alluma la lampe de chevet et parcourut d’un œil hagard la pièce qu’il ne reconnaissait pas, avant de se rappeler que ses parents avaient décidé de passer les vacances dans une ancienne ferme transformée en chambres d’hôtes, située dans un bled paumé de Bretagne. Première journée dans ce trou perdu, et tout ce qu’il avait gagné, c’étaient des ampoules aux pieds et un sommeil cauchemardeux. Ça, c’était à cause de la vieille. C’est elle qu’on avait dû prendre pour jouer dans Psychose IV – téléfilm qui lui avait filé quelques sueurs froides… En tout cas, elle n’avait pas l’air plus fraîche. Avec ces histoires macabres, elle avait vite fait oublier celles de l’aubergiste, improvisé conteur, qui avait exposé sur un mode burlesque des récits de lutins et de korrigans ; Martin avait fait celui qui s’ennuyait, mais s’en était régalé et avait rigolé intérieurement. Et puis l’autre était intervenue. « Il est des mythes dont on doit se garder de rire ! » avait averti la voix discordante. Tout le monde avait sursauté et s’était tourné vers un recoin obscur du salon éclairé aux bougies, pour découvrir une forme noire recroquevillée dans un fauteuil. La masse de châles et de couvertures avait remué, dévoilant le corps chenu et le visage fripé de la grand-mère de l’aubergiste. Un mort-vivant. C’était ce qui avait tout de suite traversé l’esprit de Martin à sa vue. Il en avait même eu quelques frissons. Elle s’était mise à parler d’âmes en peine, d’Ankou, de bisclaveret et autres créatures… Une voix d’outre-tombe. Comment voulez-vous dormir correctement après ça ? Il avait fait le brave devant son frère de seize ans, s’amusant avec lui des délires du cadavre ambulant, mais une fois dans sa chambre, il avait verrouillé la porte, s’était blotti sous les couvertures et avait eu bien du mal à s’endormir. Et maintenant, il était réveillé à cause de ce rêve ridicule et une envie pressante le taraudait. Seulement, il n’osait pas bouger. Il loucha du côté de la fenêtre : les volets étaient clos. Bien que se trouvant idiot, il jeta un œil sous le lit et ne put s’empêcher de se sentir rassuré en constatant qu’il n’y avait rien. Mais pour son besoin d’uriner, rien à faire, il allait devoir y remédier sous peine de vider sa vessie sur le matelas. Il se leva péniblement avec l’affolante impression qu’il ne pourrait pas se retenir ; il voyait déjà la face hilare et les moqueries de Clément si cela se produisait, sans parler de tous ces inconnus, clients et hôtes, qui ne manqueraient pas d’apprendre ce honteux incident. Il colla l’oreille à la porte. Tout était silencieux. Les toilettes étaient situées tout au bout du couloir. Martin se déplaça à la faible lueur que diffusait la lampe de chevet depuis sa chambre. Il tâtonna pour trouver la poignée de la salle d’aisances, toutefois, il eut beau faire, la porte ne s’ouvrit pas ; pourtant, ni bruit ni lumière ne filtrait pour indiquer que les lieux étaient occupés. Il ne restait qu’une solution : l’aubergiste les avait prévenus qu’en cas de nécessité, il y avait des toilettes dehors. « Comme dans le temps ! » s’était-il esclaffé. Trop drôle… Autant aller faire contre un arbre. Il rebroussa chemin, traversa le long corridor au pas de charge, et buta contre quelque chose qui l’envoya au sol. Une lumière gicla, l’aveuglant, puis elle se déplaça et frappa un visage par en dessous, ce qui lui donna un aspect effrayant ; il connaissait le truc, mais là, ça fichait vraiment les jetons. Au milieu des ombres fantasmagoriques de ce masque d’épouvante, il reconnut Loïc, père de l’aubergiste et fils du zombie. L’homme lui sourit et lui tendit la main pour l’aider à se relever. Martin accepta, non sans une seconde d’hésitation.

— Alors, mon p’tit gars, on se balade ?

— J’vais aux toilettes.

— Ah ah ! Attention de pas te faire pincer les fesses par les petits lutins… ou être emporté par la bête pharamine… ajouta-t-il, sinistre.

Martin répondit d’un rire nerveux. Loïc libéra le passage et le garçon se dépêcha de dévaler les escaliers qui menaient au rez-de-chaussée.

— Pas couché, gamin ?

Martin se figea au bas des marches. Personne ne dormait donc jamais dans cette maison ?! La vieille était toujours à la même place, emmitouflée telle une momie, une bougie mourant à ses côtés.

— Besoin d’aller au petit coin, marmonna-t-il, et c’est fermé là-haut.

— Je t’ai demandé de me raconter ta vie ? répliqua-t-elle d’un ton revêche.

— Bah…

Ne sachant que répondre, il prit la fuite pour sortir dans la fraîcheur de la nuit. Froideur eut été plus juste. Quelle idée d’aller passer les vacances d’été – déjà pourri – dans le Finistère ! Dehors régnait un silence de mort. Un quartier de lune voilé de nuages menaçants n’apportait qu’une chiche luminosité à l’arrière de la ferme. Un vent léger faisait frissonner les feuilles des arbres et danser des ombres évanescentes. La cabane était droit devant et il courut jusqu’à elle. La porte lui résista un instant avant de céder dans un grincement abominable. Il sentit quelque chose lui frôler le dos et fit volte-face, le cœur à la débandade. Il ne vit rien, mais s’enferma rapidement dans les toilettes – un trou avec un seau dedans et de la tommette autour, pour ce qu’il en avait vu avant de tirer la porte. Viser dans le noir, ça allait pas être évident. Et pour peu qu’il fasse à côté, on trouverait bien le moyen de l’en accuser. Autant faire dehors, une fois de plus. Pas de pudeur inutile – Clément en rigolait bien assez –, il n’y avait personne et il faisait suffisamment sombre pour ne pas être remarqué. Il s’apprêtait à déverrouiller quand un cri inhumain déchira la nuit. Martin, pétrifié, n’osa plus remuer un orteil. Oublié, son problème de vessie. L’oreille tendue, il écoutait les bruits de la nuit. L’aboiement d’un chien au loin. Le chuchotis des feuilles. Les couinements de quelque rongeur. Le chuintement inquiétant d’une chouette tout près… Un grattement contre le bois de la cabane. Il s’arrêta de respirer. Jamais il n’oserait décamper de là… Mais il ne se voyait pas y rester toute la nuit non plus. Ça puait. Et puis, il ne s’y sentait pas trop en sécurité. Il essayait d’être brave, de ne pas avoir peur, cependant, c’était plus fort que lui et il suait à grosses gouttes. Il pourrait cavaler jusqu’à la porte de la ferme ; il avait de bonnes notes en course de vitesse… Allez, il pouvait le faire ! Martin prit une grande inspiration, tira le loquet avec précipitation et s’élança. Il poussa un cri lorsqu’on le chopa au passage. Affolé, il se débattit, ruant, donnant des coups de poings. Des bras le ceignaient fermement, une respiration haletante exhalait une haleine chaude sur sa nuque. Il geignit quand des dents touchèrent la peau de son cou. Un liquide chaud coula le long de ses jambes. « Bouh ! » souffla-t-on à son oreille. Martin arrêta de gesticuler, interloqué. Un grand rire éclata.

— Clément ! Salaud ! s’écria-t-il.

Toutefois, rassuré, il se détendit, avant de se tortiller de nouveau afin de se dégager, tout en priant pour que son frangin ne s’aperçoive pas qu’il avait mouillé son pantalon.

— Hé ! Pas de gros mots, prévint son frère en relâchant son étreinte, tu sais ce qu’en pensent les parents ?…

— Parce que t’irais cafeter ?

— Pourquoi pas ? l’asticota Clément. Et c’était quoi ce cri de fillette ?

— C’était pas un cri de fillette ! Et c’est pas malin de faire peur aux gens comme ça, ça aurait pu être un kidnappeur ou j’sais pas quoi.

— Mais mon pauvre, qui pourrait bien avoir envie de t’enlever ?

Martin se renfrogna davantage devant l’air rigolard de Clément.

— T’es…

Le garçon se tut en percevant un étrange bruit qui semblait à la fois proche et lointain. C’était une sorte de grincement qui se répétait à intervalles réguliers.

— Qu’est-ce que c’est ? murmura Martin.

— Pourquoi, t’as peur ?

— Bah non, je suis curieux, c’est tout.

— Ouais, ouais, à d’autres.

Le même hurlement qu’auparavant retentit au-dessus des plaines ; Martin en eut encore la chair de poule.

— Et ça, c’est quoi ?

Il ne put empêcher sa voix de trembler, et même son aîné, un instant saisi, en oublia ses sarcasmes. Finalement, celui-ci haussa les épaules avec dédain.

— C’est qu’un renard, j’ai déjà entendu ça dans un reportage.

L’autre bruit se poursuivait, insistant, obstiné, se rapprochant insidieusement.

— On dirait (Martin hésita, le nez froncé)… un truc mal graissé…

— Hé ! Ouais ! Ça fait penser à l’histoire de la vieille, là… avec la Mort sur sa charrette, la faux à l’envers…

— C’est pas la Mort, mais son envoyé, l’Ankou… corrigea son cadet avec un frisson, les mots résonnant encore à ses oreilles : « Si vous l’entendez, c’est signe qu’un proche mourra, et prenez garde d’aller voir, où c’est votre dernière heure qui sonnera ».

— Ouais, c’est pareil, lâcha Clément avec indifférence.

Il tourna soudain son regard vers Martin, l’obscurité masquant la lueur malicieuse qui y brillait.

— Je parie que t’aurais pas le courage d’y aller.

— Parle pour toi !

Son frère ricana.

— Alors on y va.

Il partit dans la direction du son qui s’était considérablement rapproché et Martin le talonna, non sans éprouver quelque inquiétude, en plus d’être mal à l’aise dans son pantalon mouillé. Ils marchèrent sur les bords herbeux d’un passage caillouteux afin d’avancer en silence. Plus le grincement se précisait, plus les battements du cœur de Martin s’accéléraient. Quand ils jugèrent être à peu de distance de l’étrange bruit, ils sautèrent le fossé qui les séparait d’un champ de maïs surplombant le sentier. Là, ils se camouflèrent dans les fourrés et attendirent. Dans le ciel, les nuages se déchirèrent au moment même où un attelage apparut au détour du chemin, éclairant sa venue. Un homme tenait par la bride un cheval étique qui précédait dans les traits un congénère à la lourde carrure. Ils tiraient une charrette aux essieux mal huilés sur laquelle était juché un homme de haute taille, vêtu d’un manteau sombre aux bords déchiquetés. Un large feutre coiffait sa longue chevelure blanche et dissimulait en partie un visage sec, presque squelettique. Ses doigts maigres enserraient le manche d’une faux à la lame montée à l’envers. Martin crut défaillir : c’était à peu de chose près la description que la vieillarde avait fait de l’Ankou. Il fut incapable d’étouffer pleinement le cri qui lui montait aux lèvres. Son frère lui donna un coup de coude dans les côtes, mais c’était trop tard, les regards du premier homme et d’un troisième qui fermait la marche convergèrent dans leur direction. Celui qui se tenait debout dans le chariot tourna lentement la tête vers les observateurs. La lune éclaira en plein sa face aux joues creuses, aux os saillants, sur lesquels s’accrochaient quelques lambeaux de chair en décomposition ; dans ses orbites brillaient deux billes luisantes et blanches qui fixèrent l’endroit où les garçons étaient cachés. Au comble de l’horreur, Martin se leva d’un bond. La créature braqua sur lui un index osseux, avant de sauter lestement du véhicule, son long manteau virevoltant autour de son corps cachectique. L’enfant brailla et se sauva dans les maïs. Il courut, courut, s’enfonçant toujours plus dans le champ. Tout à coup, son pied achoppa et il s’étala. Il se relevait, le souffle court, quand une main se referma sur son épaule. Un hurlement fusa de sa bouche.

— C’est moi, c’est moi ! annonça Clément après avoir plaqué une paume terreuse sur les lèvres de son frère.

Martin se tut et regarda autour d’eux, effrayé.

— Viens, on rentre, décida son aîné. Enfin, si on retrouve le chemin, ajouta-t-il avec un soupir.

— Ils nous ont peut-être pistés…

— Mais non, tu vois bien, et puis, c’est qu’un canular.

— Alors pourquoi tu t’es sauvé aussi ?

— Pour jouer le jeu… et parce que les parents me tueraient si je te laissais t’égarer dans les maïs.

Martin ne fut pas très convaincu par ses explications. Le serviteur de la Mort avait l’air un peu trop réel à son goût. Il suivit Clément avec crainte, dans la pénombre à la fois protectrice et dissimulatrice. Il aurait aimé pouvoir s’agripper à la manche de son frère pour être sûr de ne pas le perdre, mais il en aurait été quitte pour ses habituelles railleries. Après quelques minutes de marche, ils débouchèrent à une dizaine de mètres de la ferme.

— Hé, heureusement que je suis doué en orientation, hein ? se rengorgea Clément.

Martin n’y prêta pas attention, tout à son observation furtive des alentours. Clément alluma sa lampe torche et ils empruntèrent le chemin lumineux. Pourquoi ne l’avait-il pas mise en route avant s’il avait vraiment pensé que leur mésaventure n’était qu’une farce, hein ? songea Martin, un rien suspicieux. Le garçon franchit la porte de la maison avec soulagement, mais poussa un couinement quand des doigts se refermèrent sur lui.

— Vous l’avez entendu, n’est-ce pas ?

Clément braqua sa lampe sur la vieille femme qui serrait avec férocité le bras de Martin. La lumière blafarde conférait à la face fripée une certaine ressemblance avec la figure d’épouvante de la charrette, paralysant le benjamin.

— Vous y êtes allés ? subodora la nonagénaire en lâchant d’un coup Martin, pour reculer de deux pas, alarmée. Vous avez passé outre ma mise en garde… L’un de vous deux mourra !

— Foutaises ! répliqua Clément, agacé. Viens, Martin, on va dormir.

— Vous verrez, prophétisa la voix vibrante dans leur dos, alors qu’ils montaient les escaliers, vous verrez !

Chris B. Honspacq

Cette nouvelle a été publiée en août 2016 dans le Livre 1 du 3e numéro de la revue Nouveau monde. Ce livre est à retrouver à l’adresse suivante : https://ymagineres.wixsite.com/galerienouveaumonde/nm3—livre-1-telechargement

« Oberour ar maro » est également à lire sur les pages des éditions Nouveau Monde : https://editionsnouveaumonde.wordpress.com/2021/12/21/oberour-ar-maro-de-chris-b-honspacq/

Photo (couverture) : © Pascal Vitte

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